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Par Pauline Graulle - Suivre sur twitter - 30 avril 2012

À Bercy, François Hollande se pose en archi-favori

Dimanche à Bercy, l’avant-dernier meeting de l’entre-deux tours de François Hollande sentait déjà le parfum de la victoire. Même si le candidat reste prudent. Reportage.

Il a pris son temps pour faire durer le plaisir. Une bonne demi-douzaine de minutes pour fendre la foule et monter à son pupitre, sur la scène de Bercy, au son des « François, président ! ». Et puis, une fois son discours terminé, une quinzaine de minutes pour un « rappel » inattendu et improvisé. Un épilogue où le favori des sondages a tenu à mettre en garde contre une « confiance excessive », et rappeler l’échéance des législatives : « Tenez bon, ne lâchez rien ! » 

Humour vache 

Entre ces deux moments, une heure s’est écoulée. Une heure pour se féliciter du résultat du premier tour « qu’aucun candidat socialiste n’avait jusqu’à présent obtenu », souligne François Hollande. Mais aussi pour attaquer « l’autre », celui dont jamais il ne prononce le nom mais à qui il adresse quelques traits d’humour vache (« C’est la première fois qu’un président sortant n’est pas sorti en tête au premier tour, mais sortira sans doute au second tour ! » / « Changer c’est sa nature, ce sera aussi, bientôt, son résultat ! »), et surtout de vives critiques. Sur sa manière de faire campagne comme sur le fond de son quinquennat. Accusant Sarkozy de « mensonges », en référence à l’affaire des 700 mosquées et de Tariq Ramandan, Hollande le désigne clairement comme faisant partie de « ceux qui jouent avec le feu, qui mettent l’étranger au cœur de cette campagne, ceux qui mettent en cause les pauvres parce qu’ils seraient des assistés »

Pour son avant-dernier meeting (le dernier sera organisé à Toulouse en fin de semaine), François Hollande semble n’avoir toujours pas réussi à s’émanciper de l’ombre de son adversaire. Et c’est en négatif qu’il brosse à grands traits sa vision de la France : une France « qui ne s’est pas construite sur la peur de l’autre », une France du « patriotisme que j’oppose au souverainisme et au nationalisme ». « Je veux que […] que nous soyons exemplaires. Que nous soyons tellement différent de celui qui nous fait face », martèle-t-il. 

Mais qu’importe si l’élection est d’abord un plaidoyer anti-sarkozyste. Se posant en « héritier » du modèle social issu du Conseil national de la résistance, Hollande décline ses priorités s’il est élu, le 6 mai prochain : « Les enjeux de l’élection, ce sont d’abord des enjeux économiques et sociaux. La première priorité, c’est l’emploi, la seconde la santé ». Mais aussi, l’éducation, « première priorité budgétaire », le logement et la jeunesse. Ainsi que « la réforme de la finance, de la banque, de la fiscalité »

Pas question pour autant de promettre monts et merveilles : « Il ne servirait à rien de promettre si c’était pour se renier ensuite », déclare le candidat qui se présente en fer de lance d’un changement de mentalités dans une Union européenne qui semble tout à coup redécouvrir les vertus de la croissance après n’avoir juré que par la rigueur... 

Remerciant « les écologistes et Jean-Luc Mélenchon », saluant avec gourmandise ceux qui, dans le propre camp de Sarkozy « n’en pensent pas moins », Hollande, homme de synthèse, souhaite parler à « tous les électeurs »  : « Oui, je veux reconquérir les hommes et les femmes en colère et qui parfois s’abandonnent, 100 fois oui, explique-t-il en direction des électeurs du Front national. Mais promettre pour se compromettre, 1 000 fois non ! » Le centre de François Bayrou n’est pas oublié : « La gauche a toujours été capable de redresser les comptes de la nation », rassure Hollande à l’attention de ceux qui l’accusent de présenter un programme trop dépensier. Un discours pour dessiner les contours d’une présidence que le candidat veut à l’image de sa campagne : « volontaire », « digne », « fraternelle » et « rassembleuse »

« Happy end »

Quelques instants plus tôt, en « première partie », les quelques 20 000 personnes rassemblées dans le Palais omnisport criaient déjà à l’unisson « on va gagner ! », démarrant une « Ola » censée figurer cette fameuse « vague » que Nicolas Sarkozy dit sentir monter... sans jamais voir venir. 

Dans les gradins, la famille socialiste s’est efforcée de se montrer unie : Lionel Jospin avait pris place aux côtés de Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Jack Lang, Ségolène Royal, ou Benoît Hamon... On applaudit Jean-Marc Ayrault, que la rumeur donne comme un possible successeur de François Fillon. Et les figures d’Europe écologie-Les Verts : Eva Joly, Cécile Duflot, Jean-Vincent Placé, venus avec Dominique Voynet et Denis Baupin. Mais aussi des représentants de « l’ouverture », tels Robert Hue, Corinne Lepage ou Jean-Jacques Aillagon. 

Sur la scène aussi le beau monde a défilé : claire allusion au président sortant, les deux rappeurs des Nèg marrons ont entonné leur tube « Le bilan », Sanseverino, en « Johnny Cash » anti-sarkozyste, s’est lancé dans une version rock-énervée de : « Comment devenir fin sans devenir fou » - clin d’œil au régime de François Hollande ? -, et Yaël Naïm a poussé fort joliment ses chansonnettes, dont celle finissant par « This is a happy end »

Najat Vallaud-Belkacem et Aurélie Filipetti, dynamiques chauffeuses de salle, ont fait applaudir « Hollande » et huer « Sarkozy » : « Allez voir vos amis, vos voisins, et dites-leur que le changement, c’est Hollande. On a besoin que vous alliez faire du porte à porte pour atteindre les 5 millions de portes frappées » [dans le cadre de l’opération « porte-à-porte », 4 millions de personnes ont été approchées, NDLR]. 

En aparté, Bernard Cazeneuve, député-maire de Cherbourg et l’un des quatre porte-parole du candidat socialiste, se dit confiant : « Cette campagne ne nous plaît pas car elle a été très abimée par une droite aux abois, mais il y a une dynamique de tous les républicains, tous ceux qui ne peuvent plus supporter le discours de Nicolas Sarkozy ». A défaut, peut-être, d’une véritable adhésion pour François Hollande...

Nota Bene :

Photos : Michel Soudais

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