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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 14 janvier 2013

À Lille, les sans-papiers suspendent leur grève de la faim

Alors que la préfecture du Nord a infléchi sa position, vendredi soir, les sans-papiers en grève de la faim depuis 72 jours ont annoncé la fin de leur jeûne.

Article mis à jour lundi 14 janvier à 10 h

Dernière minute

Les sans-papiers grévistes de la faim ont mis un terme à leur mouvement après la publication, vendredi soir, d’un communiqué de la préfecture du Nord qui s’engage à faire « un examen bienveillant » des dossiers qui seront déposés en préfecture « dans le cadre des textes en vigueur » et à établir « un calendrier échelonné » des demandes de régularisation. Elle formule ainsi deux des trois expressions expressément attendues par les grévistes. Emmaüs, le CCFD-Terre solidaire, la Cimade, le Secours Catholique saluaient de leur côté les propositions de la préfecture du Nord « consistant à délivrer un récépissé de séjour aux personnes grévistes. Ce délai de séjour provisoire permettrait ainsi à ces personnes de reprendre une alimentation, de se rétablir, de recevoir les soins et le suivi médical dont elles ont besoin. »

Au 71e jour de jeûne, vendredi 11 janvier, la situation restait bloquée pour les sans-papiers lillois en grève de la faim. Ils espéraient mercredi une sortie de crise, mais à l’issue de la 4ème rencontre des représentants des grévistes avec la préfecture, le communiqué publié a déçu. « On attendait que des termes précis soient employés, pour confirmer l’ouverture apparente de la préfecture : un “calendrier”, à 6 mois ou un an, pour l’examen des dossiers et une “bienveillance” des services de la préfecture devant la situation “humanitaire” des sans-papiers », explique Annick Batallan, militante lilloise de la LDH.

La préfecture rejette la responsabilité de la sortie de crise

Il n’en était rien. Le texte publié mercredi après-midi prévoyait l’examen au cas par cas, « dans les meilleurs délais », des situations des 161 personnes liées au mouvement de grève, sans fixer de calendrier. Il proposait aussi « la réintégration du Collectif des sans-papiers du 59 (CSP59) dans une instance formelle de dialogue », à condition qu’il se structure en association. Cela satisfait une des revendications des grévistes, car le collectif, jugé trop vindicatif, avait été exclu des réunions de travail avec la préfecture en 2007. Le collectif refuse en revanche d’avoir à se constituer en association loi 1901.

Quant aux demandes de régularisation, la préfecture rejettait sa responsabilité en fustigeant « la lenteur dans le dépôt des dossiers ». Selon elle, seules « 5 personnes ont à ce jour déposé un dossier ». La balle serait donc dans le camp des grévistes.

Mais cet affichage nie la réalité des situations. « Les critères de la circulaire Valls sont trop restrictifs. La plupart des grévistes ne peuvent pas justifier de 5 ans de présence en France (pour les conjoints de Français), ou présenter 8 fiches de payes (pour les travailleurs), comme l’exige la nouvelle réglementation. Ils travaillent pour la plupart chez des artisans ou des petits entrepreneurs qui ne peuvent pas risquer d’avouer qu’ils les embauchent au noir », raconte Annick Batallan.

« Nous sommes profondément déçus par la gauche »

Sur les 126 grévistes déclarés début novembre 2012, 28 poursuivaient leur jeûne jeudi 10 janvier, selon le décompte du journal Libération. Ils acceptent désormais de recevoir des vitamines par perfusion, tandis que 3 personnes sont hospitalisées selon le CSP59. « Ils n’en peuvent plus, il fait froid et les conditions d’hygiène sont très mauvaises », alerte Annick Batallan, écœurée par l’attitude du nouveau pouvoir face à cette mobilisation « de désespoir » : deux Algériens en grève de la faim ont été expulsés alors qu’ils jeûnaient depuis 60 jours.

« L’arrivée de François Hollande au pouvoir a suscité un espoir. Nous sommes profondément déçus aujourd’hui », témoigne la militante.

- Le communiqué de la préfecture du Nord :

- La réponse du CSP59.

Nota Bene :

Photo : AFP / BERTRAND GUAY

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