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Par Benjamin Dessus, Bernard Laponche - 8 juin 2011

Accident nucléaire : une certitude statistique

Comment mesurer le véritable risque nucléaire ? Une tribune de Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, président de Global Chance, et Bernard Laponche, physicien nucléaire, expert en politiques de l’énergie.

Le risque d’accident majeur dans une centrale nucléaire a été généralement considéré comme la combinaison de la gravité extrême d’un tel accident et de la très faible probabilité de son occurrence. Certes, la multiplication de zéro par l’infini pose quelques problèmes mais les promoteurs du nucléaire, mettant en avant cette très faible probabilité, affirmait qu’il n’y avait aucun danger. Si la gravité des conséquences d’un tel accident a bien été confirmée par Tchernobyl et Fukushima, que peut-on dire aujourd’hui de la probabilité de son occurrence ?

Il y a deux méthodes pour estimer la probabilité d’un accident. La méthode théorique qui consiste à la calculer sur la base de scénarios de simulation d’accidents prenant en compte les systèmes de défense et les risques de dysfonctionnement, et la méthode expérimentale qui consiste à prendre en compte les accidents survenus (ce que l’on fait par exemple pour les accidents de voiture). Les résultats de l’approche théorique, issus des travaux des experts de la sûreté nucléaire, nous indiquent que, pour les centrales actuellement en fonctionnement dans le monde, on distingue deux types d’accidents : « L’accident grave » avec fusion du cœur du réacteur, dont la probabilité serait de moins de 1 pour 100 000 « années-réacteur » (un réacteur fonctionnant pendant un an) et « l’accident majeur », accident grave non maîtrisé et conduisant à d’importants relâchements de radioactivité, dont la probabilité serait de moins de 1 pour 1 million d’années-réacteur.

Le parc actuel de réacteurs des centrales nucléaires étant estimé à 14 000 années-réacteur, ce qui correspond à environ 450 réacteurs fonctionnant pendant 31 ans, la probabilité théorique ainsi calculée conduit à un résultat de 0,014 accident majeur pour l’ensemble du parc et pour cette durée de fonctionnement. Résultat très faible : l’accident majeur serait donc extrêmement improbable, voire impossible.

Mais, sur ce parc, cinq réacteurs ont connu un accident grave (un à Three Mile Island, un à Tchernobyl et trois à Fukushima), dont quatre sont des accidents majeurs (Tchernobyl et Fukushima) : l’occurrence réelle est environ 300 fois supérieure à l’occurrence théorique calculée.

Cet écart est considérable et conduit à un constat accablant quand on prend conscience de la pleine signification de ces chiffres. Il y a eu quatre accidents majeurs dans le monde depuis trente ans et le parc européen de réacteurs nucléaires (143 début 2011) représente un tiers du parc mondial. Ne croyez-vous pas que les européens doivent s’attendre à un ou plusieurs accidents dans les années à venir ?

Et cela sans prendre en compte les piscines de stockage des combustibles irradiés, les usines de production et d’utilisation du plutonium, les transports et stockages des déchets radioactifs.

Plutôt que de continuer à calculer des probabilités surréalistes d’occurrence d’événements qu’on ne sait pas même imaginer (cela a d’ailleurs été le cas pour Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima), n’est-il pas temps de prendre en compte la réalité et d’en tirer les conséquences ? La réalité c’est que le risque d’accident majeur en Europe et en France est très loin d’être négligeable.

Croyez-vous que si on le disait comme cela aux Français, il s’en trouverait encore beaucoup pour faire l’impasse sur le risque au prétexte du « on ne peut pas faire autrement » ?


→ Soutenez le premier reportage collaboratif de Politis.fr en Amérique du Nord, à la rencontre des victimes de l’exploitation des gaz de schiste et des militants opposés à cette technique destructrice.

Politis.fr


Nota Bene :

Première parution de cette tribune : 3 juin, Libe.fr.

Photo : Christof Stache / AFP

Commenter (9)

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Commentaires de forum
  • HERVE 8 juin 2011 à 11:54

    La réalité doit prendre le pas sur les considérations théoriques.

    Un exemple éclairant est celui des navettes spatiales américaines. La probabilité théorique d’un accident est très basse (vu qu’il s’agit d’un engin habité). Pourtant, deux des cinq navettes qui ont été construites ont explosé. Même si on préfère regarder le nombre de vols plutôt que le nombre de navettes, la gravité du risque saute aux yeux.

    Il est aussi intéressant de se pencher sur les séismes. Ceux-ci (comme les inondations) sont étudiés avec une loi de Poisson. Il est assez facile de calculer la probabilité de dépassement d’un séisme donné (par exemple celui pris en compte à la conception). Cette probabilité est bien plus élevée que ce que la population croit.

    En ce qui concerne les bâtiments habituels, la norme européenne EUROCODE 8 considère un séisme de "période de retour" de 475 ans. Ce chiffre ne vient pas de nulle part : avec une loi de Poisson, c’est (le séisme présentant une probabilité d’être dépassé de 10 % en 50 ans : cela n’est pas du tout négligeable mais c’est le niveau de risque qui a été accepté pour des constructions de tous les jours.

    Pour des installations nucléaires, il est souvent question d’une "période de retour" de 10 000 ans. Il est intéressant de voir à quelles probabilités de dépassement (et donc de dommages) cela correspond pour des durées de 10, 20 ou 30 ans. Le résultat est de l’ordre de quelques pourcents !

    En outre, il est clair que certaines installations nucléaires européennes ne résistent même pas à un séisme de "période de retour" de 10 000 ans. Plus grave encore : certaines installations n’atteignent pas le minimum de 0,1 g recommandé par l’AIEA et la NRC...

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  • Je ne suis pas fort en stats, mais une probabilité de 1, ça me semble pas trop un résultat acceptable en proba pour ce genre de calcul... c’est comme si les auteurs disaient qu’en jetant 6 fois un dé à 6 faces, on était sûr d’avoir au moins un 6 alors ...qu’on a que 2 chances sur 3. Mais bon, ça c’est du pinaillage, la proba est quand même assez élevée et c’est ça qu’ils veulent montrer.

    Le problème est ailleurs pour moi : la démonstration n’est pas juste scientifiquement. Les propabilités "théoriques" qu’ils citent (1/100 000 années-réacteurs pour les incidents graves, 1/1M pour les majeurs) sont valables "pour les centrales actuellement en fonctionnement dans le monde", c’est eux qui le disent. Puis ils nous font un calcul "expérimental" mais en prenant en compte notamment la catastrophe de Tchernobyl, donc un évènement ancien sur une centrale qui n’a rien à voir avec les centrales européennes actuelles en terme de norme de sécurité, donc de proba d’accident. Puis ils font comme si les chiffres pouvaient être comparés, enchainent sur une règle de trois, et hop ! 100% de chances d’avoir un accident nucléaire en Europe ! Félicitations !

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  • 8 juin 2011 à 15:18

    A vrai dire, je vous rejoins sur le manque de rigueur de l’analyse statistique. Peut-on raisonnablement comptabiliser Tchernobyl et Three Mile ? J’en sais rien, mais le calcul est plutôt ambigu...

    Oui mais voilà, ça ne change rien à la conclusion "qualitative" : le risque d’occurrence est bien plus élevé que ce qu’on mesure et qu’on veut nous faire croire. Les autorités bidouillent assidûment les statistiques du chômage, de la sécurité routière, comptent minutieusement le nombre de burqas en France (si si, rappelez-vous...) mais pour ce qui est du nucléaire (entre autres bidules) on reste flou, alors que l’observation empirique démolit les statistiques des experts de l’AIEA, ASN ou que-sais-je...
    On sait bien pourquoi le monde nucléaire communique de cette façon. L’article pose la question : si on ne prenait pas les gens pour des cons, n’aurait-on pas de fait une opposition quasi-absolue au nucléaire ?

    Sans doute que vous l’aviez compris. Alors pourquoi jouer le sceptique renfrogné ?

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  • Angev GERIDONI 8 juin 2011 à 21:02

    - ALEA JACTA EST
    Autre reflexion :

    USA 1 réacteur pour 2.5 Millions d’habitants = 1 accident grave (Niv 5) 1979
    Japon 1 réacteur pour 2.35 Milliions d’habitants = 3 fusions de réacteurs (Niv 7)
    France 1 réacteur pour 1 Million d’habitant = Le Blaye, pas loin... (Niv 2 ?) 1999

    Va t-on continuer à user de notre chance ? je vous invite à venir en
    débattre sur nos stands ce Samedi 11 Juin Parvis de l’Hotel de Ville
    à partir de 16 heures, ou venir grossir le cortège qui part de république
    à 14h 30mn.
    MOBILISATIONS / CONCERTS POUR SORTIR DU NUCLEAIRE
    http://www.sortirdunucleaire75.org
    http://www.sortirdunucleaire.org/

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  • Fulcanelli 8 juin 2011 à 22:53

    Moi je vous renvois vers cette article :

    http://images.math.cnrs.fr/Accident-nucleaire-une-certitude.html

    C’est des mathématiques et personnellement, j’ai plus confiance en eux qu’en vous.
    Mais les chiffres font peur quand même.

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  • Marguerin Jean-Louis 9 juin 2011 à 00:26

    Certes, la multiplication de zéro par l’infini pose quelques problèmes mais les promoteurs du nucléaire, mettant en avant cette très faible probabilité, affirmait qu’il n’y avait aucun danger.
    fin de citation.
    Par contre ,dans les systèmes totalitaires ou intégristes :
    zéro par zéro=zéro par mille ou par millions=zéro.
    des nuls sont des nuls,on peut même multiplier par moins un-pour les négationistes-,ça fait toujours zéro.
    On peut parler de statistique,de probabilités lorsque l’on connait les données ou les risques,mais un aléa ou un impondérable,l’imprévisible peut arriver.
    Un exemple :
    A Gravelines, Blaye,Paluel,Penly,voire Flamanville,a-t-on pensé aux marées noires,au pétrolier fou qui vient s’échouer sur les buses d’aspiration des systèmes de refroidissement.
    La poisse ,le ferry boite.

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  • Marguerin Jean-Louis 9 juin 2011 à 00:43

    Dans le cas du nucléaire,je me demande si les probabilités ou les statistiques ne servent pas ,justement,à jouer sur le ratio investissements/risques humains ou financiers.
    Un exemple :
    En cas d’incident,il peut y avoir production d’hydrogène,dans les raffineries ou usines pétro-chimiques ,on utilise et travaille aussi avec de l’hydrogène,et ce n’est pas pour cela qu’elles sautent comme à Fukushima.Le matériel est conçu en conséquence et obéit aux normes Atex,la Drire ou Dréal se chargeant de la conformité du matériel selon la zone Atex.
    En centrale nucléaire,il y a probabilité (quelles que soient les stastistiques) pour avoir des zones Atex,donc le matériel électrique et mécanique de ces zones doit être protégé et conçu en conséquence.
    A propos les centrales nucléaires dépendent-elles de la Drire ou Dréal ?,les organismes de contrôle nucléaire n’étant pas au courant,apparemment,des directives Atex.

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  • www.dissident-media.org/info...

    Bulgarie centrale nucléaire de Kozlodouï

    Voir la vidéo (de 1992) en Realvideo 33 Kb du commandant Cousteau demandant la fermeture immédiate de la centrale nucléaire de Kozlodouï, la plus dangereuse selon lui des centrales fonctionnant actuellement dans le monde...

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  • 12 juin 2011 à 21:47

    Pour répondre à Jean-Louis : La DRIRE et la DREAL c’est la même chose, puisque les DRIRE ont disparu lors de la réforme des administrations territoriales de l’état en 2009 et 2010 : elles ont fusionné avec les DRE et les DIREN pour former les DREAL. Quant à l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) ses établissements sont donc sous tutelle des DREAL.

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