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Par Sébastien Fontenelle - 1er avril 2011

Arnaud Pense Avoir Toutes Ses Chances

Probablement consciente que la montée de la Pen dans le PPF [9] l’assure à terme, pour 2012, d’une victoire à la Chirac [10], « la gauche » [11] ne peut cependant pas non plus complètement négliger que ladite Pen, dès lors qu’elle planque sous des manifestes qu’on dirait copiés d’un vieux tract léniniste circa 1915 que son programme est d’une orthodoxie capitaliste auprès de quoi feu Reagan pourrait facilement passer pour un kolkhoziste exalté, l’oblige.

Résultat, la gauche fait comme elle fait toujours, depuis un quart de siècle, aux veilles des scrutins où l’électorat menace [12] de lui signifier son irritation : elle s’avise, dans ce qui ressemble assez fort à l’aveu qu’elle a trop consulté Alain Minc (rires), et pas assez Jean-Pierre Minc, chômeur-zingueur à Noeux-les-Mines (Pas-de-Calais), qu’il ne messiérait point qu’elle se rapprochât du peuple, dont tout indique, hélas, qu’il a encore son mot à dire, dans ces affaires électorales, et qu’il est de moins en moins discipliné - on l’a même vu, ces derniers temps, voter hors des passages qu’avait cloutés pour lui le dévoué (mais talentueux) Alain Duhamel.

Concrètement, ça se passe en trois temps.

Premier temps : le quotidien du matin Libération, qui fut (donc) pionnier dans l’injection de plusieurs denses volumes de capitalisme dans la gauche, puis de toutes les fustigations de la plèbe mal éduquée qui n’en vote qu’à sa tête [13], publie des avis d’expert(e)s d’où ressort que la gauche s’est trop « coupée du peuple », et qu’il serait bon qu’elle fasse maintenant l’effort de serrer quelques mains calleuses, sauf vot’respect, m’sieur Joff... M’sieur Demorand.

(Hiii, haaan.)

Deuxième temps : le quotidien du soir Le Monde, qui fut de son côté premier dans la scansion qu’il fallait que le président Sarkozy, léchées soient ses talonnettes, ait le courage, nonobstant la pression des ligues collectivistes, de « s’arc-bouter sur son programme de réformes » (gros de toujours plus d’inégalités et de précarité, mais de toujours moins de pouvoir d’achat pour qui n’est pas Alain Minc), brait qu’il faut maintenant répondre « aux préoccupations principales des Français, qui portent sur le pouvoir d’achat, le chômage, la précarité, les inégalités ou la recherche de ce que Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, appelle "la solidarité de proximité" ».

Troisième temps : la gauche, convenant, avec l’éditocratie progressiste, qu’il est en effet temps qu’elle redécouvre, l’espace d’une campagne, les joies simples d’un tâter de pouls de prolétaire-de-terrain, barrit qu’en effet, ça serait bien que tout le monde ait demain de quoi s’acheter plus d’un paquet de coquillettes, mais que ça se prépare - et que si François se porte candidat aux primaires, très bien, mais faut qu’il mesure que ça risque de nuire à la candidature de Martine, qui ne serait pas (quant à elle) contre un accord avec Arnaud (qui de son côté pense avoir toutes ses chances), en attendant que Dominique se déclare, comme le souhaite très fort Jean-Christophe (mais il faudrait alors que Manuel renonce, et se décide une bonne fois pour toutes à rejoindre la Droite populaire, où on l’attend avec impatience).

Pour le dire autrement (et pour mettre un peu de poésie dans le truc) : la gauche, nonobstant qu’elle a (jure-t-elle) vu la nécessité d’être plus à l’écoute de Jean-Pierre Minc, a de la difficulté à mettre fin à ses pignolades picrocholines - et de la difficulté, aussi, à le reconnaître, puisque, si t’as noté, le préféré leitmotiv de ses représentant(e)s « socialistes », ces temps-ci, est qu’ils travaillent d’arrache-pied à la confection d’un vrai programme (donnant pour de bon l’impression qu’ils seraient de gauche), et qu’ils aimeraient pouvoir nous en parler, mais que les journalistes, ces obsédé(e)s, font rien qu’à les saturer de questions débiles, du genre, mais si François se porte candidat, quid de l’alliance de Martine avec Arnaud (qui a lui-même des projets persos), et, surtout, qu’est-ce qu’il attend, Dominique, pour se déclarer ?

À cette jérémiade, qui n’est sans doute pas complètement infondée [14], la réponse la plus évidente est que les « socialistes » ont à portée de main le sûr moyen de mettre fin à leur calvaire, en suggérant à Michaël Darmon, quand il leur demande (d’un ton qui donne à penser qu’il aborde là des sujets vitaux) leur avis sur la candidature de François : « Maintenant, Coco, tu fermes ta petite bouche, on va plutôt parler de la façon dont Canal +, qui t’emploie, fabrique jour après jour du consentement ».

Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe : au contraire, les « socialistes », quand Michaël Darmon les somme (au soir du second tour des cantonales) de lui dire si, oui ou non, l’annonce de la candidature de François (Hollande) restera comme une date essentielle dans l’histoire du genre humain, répondent qu’attendez, ce n’est pas le sujet, nous sommes là pour nous réjouir de notre franc succès cantonal, et pour relever que les Françai(se)s nous ont adressé un message fort, restons dignes, s’il te plaît, Michaël - mais puisque vous le demandez, oui, je crois que François peut nous apporter beaucoup, à condition toutefois que Dominique ne tarde plus trop à se déclarer, durant que Martine fait avec Arnaud un front anti-Manuel.

(Hhhhh...)

On comprend, cela dit, que les « socialistes » soient quelque peu gêné(e)s dans les coins, quand vient le moment de montrer (plutôt que des combats de chefs dont la vérité oblige à confesser que nous n’en avons strictement rien à foutre) qu’ils seraient pour de bon redevenus de gauche - puisque rien, dans la vraie vie (mais alors, rien), ne permet de seulement supposer qu’ils auraient par magie rompu d’avec le tropisme qui leur fit, dans toutes les occasions où le pouvoir leur fut (sottement) donné, faire toutes les sales besognes dont la droite elle-même n’osait plus même rêver, dans un crescendo que Claude Bébéar (connu sous le nom, aussi, d’il-padrino-du-capitalisme-français) résuma par ces mots : « Putain, si qu’on aurait su qu’on avait rue de Solférino de si fidèles sujets, on aurait moins tardé à leur proposer la botte, hein, Ernest-Antoine ? »

(Sacré Claude.)

De fait : nonobstant qu’ils psalmodient avec application que la droite est méchante, les « socialistes » peinent, sitôt qu’on leur gratte le vernis sociétal, à bien se démarquer d’elle - peut-être parce qu’ils s’abreuvent au même tout petit ru, dont le name is Minc ; Alain, Minc.

De fait : quand la méchante droite, qui a le sens du symbole, punit depuis Versailles, par un mini-traité, la plèbe qui a si mal voté en 2005, les « socialistes » lui font, en s’abstenant de la contrer, une haie d’honneur où se mesure leur suprême faux-dercherie.

De fait : quand la méchante droite hurle qu’il faut d’urgence réformes les retraites, les « socialistes » lui répondent qu’il faut plutôt (mais d’urgence) réformer les retraites.

De fait encore : quand la méchante droite veut toujours plus de Staatssicherheit, les « socialistes » lui font dire, par un spécialiste, qu’il faudrait même songer à faire donner dans les banlieues des troupes aguerries dans le maintien de l’ordre en pays nègres [15].

Et caetera - pour le plus grand bénéfice (et la plus grande joie) de la Pen.

Sitôt qu’ils produiront (enfin) leur programme - si du moins Michaël Darmon le permet -, nous verrons, nul besoin d’être de Nostredame pour le prédire, que les « socialistes » n’ont rien changé de leurs coutumes : nous y trouverons, sous la mince pellicule d’un message d’espoir en direction de Noeux-les-Mines (on t’oublie pas, Jean-Pierre), de quoi (finir de) convaincre les mouches du patronat de changer de support élyséen.

Soit : plus d’inégalités, plus de précarité, mais moins de pouvoir d’achat - et si vous souhaitez, on vous l’enveloppe dans un mignon papier rose, avec un joli noeud (les-Mines).

Si donc tu souhaites vraiment que la Pen, soclée dans ces misères, remporte dès le premier tour la présidentielle en 2017 : faut que tu votes pour ces gens-là.

Dans le cas contraire : faut que tu te prépares à subir, en sus de leurs menteries, le minable chantage de leur éditocratie d’accompagnement - qui a déjà commencé, t’auras relevé, à te prévenir que Mélenchon [16] égale Pen, et que si tu votes, à gauche, ailleurs que chez les Rose, t’es par conséquent limite faf.

Autant dire qu’on va bientôt tou(te)s s’appeler Winston Smith, et que ça risque d’être certains jours un peu gonflant - mais don’t panic : à la toute fin, c’est nous qu’on rira bien.

Notes

[1] Paysage politique françousque.

[2] « ¡No pasarán ! », te dis-je, même si je dois pour cela faire alliance avec d’ombrageux républicains de l’autre rive.

[3] Dans la définition qu’en donne Laurent Joffrin, pour qui, rappelons, la gauche n’est la gauche qu’après qu’elle a mis suffisamment de capitalisme dans son (noble) souci d’autrui.

[4] Fût-ce au mépris de la nécessité l’urgence d’un uni « front républicain » (rires).

[5] On se rappelle, par exemple, l’ahurissant « cri » de rage, en 2005, de Serge July, au lendemain du référendum où la populace était passée outre ses consignes.

[6] Car en effet, « la politique », vue de chez Journaleux, doit impérativement se cantonner dans un permanent lâcher de petites phrases - sans quoi on en viendrait vite à remettre en cause, par des débats de fond, le système qui le nourrit, et ça, Journaleux n’aime pas du tout.

[7] Au mois de novembre dernier, François Rebsamen, figure de l’aile digne du Parti « socialiste », a (courageusement) reconnu que certains « quartiers extrêmement difficiles […] devenus aujourd’hui des zones de non-droit où règne la loi du caïdat », comme dans une flaque du vomi d’Éric Zemmour, avant de proposer le déploiement éventuel, pour mater leur indigénat, d’un corps d’élite : « Les gendarmes savent très bien mener ces opérations de “pacification”, ils l’ont plusieurs fois montré à l’étranger ».

[8] Ou Besancenot, tout aussi bien.

[9] Paysage politique françousque.

[10] « ¡No pasarán ! », te dis-je, même si je dois pour cela faire alliance avec d’ombrageux républicains de l’autre rive.

[11] Dans la définition qu’en donne Laurent Joffrin, pour qui, rappelons, la gauche n’est la gauche qu’après qu’elle a mis suffisamment de capitalisme dans son (noble) souci d’autrui.

[12] Fût-ce au mépris de la nécessité l’urgence d’un uni « front républicain » (rires).

[13] On se rappelle, par exemple, l’ahurissant « cri » de rage, en 2005, de Serge July, au lendemain du référendum où la populace était passée outre ses consignes.

[14] Car en effet, « la politique », vue de chez Journaleux, doit impérativement se cantonner dans un permanent lâcher de petites phrases - sans quoi on en viendrait vite à remettre en cause, par des débats de fond, le système qui le nourrit, et ça, Journaleux n’aime pas du tout.

[15] Au mois de novembre dernier, François Rebsamen, figure de l’aile digne du Parti « socialiste », a (courageusement) reconnu que certains « quartiers extrêmement difficiles […] devenus aujourd’hui des zones de non-droit où règne la loi du caïdat », comme dans une flaque du vomi d’Éric Zemmour, avant de proposer le déploiement éventuel, pour mater leur indigénat, d’un corps d’élite : « Les gendarmes savent très bien mener ces opérations de “pacification”, ils l’ont plusieurs fois montré à l’étranger ».

[16] Ou Besancenot, tout aussi bien.

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