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Par Jean-Claude Renard - 12 janvier 2012

Bedos, la dernière pour la route

Guy Bedos entame avec Rideau ! un dernier tour de piste. Féroce et drôle.

Allez hop ! Une dernière pour la route ! À 77 ans, Guy Bedos reprend la scène. Et boucle son demi-siècle de planches avec un spectacle titré justement Rideau !, sans omettre le point d’exclamation, cette ponctuation qu’il affectionne depuis une dizaine de lustres. Mais nuance de taille. Il ne tire pas sa révérence, il pousse le rideau. Et dans le cabas, du pur jus Bedos. Il le sait, il en joue (sans en rajouter, devant un public conjuguant plusieurs générations), espiègle en masse, trublion en pot, comédien en grand, citoyen chevronné. Un condensé.

Rideau ! n’est pas un spectacle fin de règne, aux confins d’une carrière, ni l’enterrement de première classe d’un artiste. Bedos quitte la scène (ou estime la quitter, on peut espérer le contraire) en cette année 2012, en pleine bourre. Quatre mois de tournée devant lui, un retour au théâtre du Rond-Point en mai, un film de Stéphane Robelin, Et si on vivait tous ensemble  ?, avec Géraldine Chaplin, Jane Fonda, Pierre Richard et Claude Rich, en salle ce 18 janvier, et un coffret de 10 DVD, Tout Bedos, ou presque, rassemblant l’essentiel de son travail. La musette est pleine. Si on y ajoute ses fonctions de délégué à la Ligue des droits de l’homme et son engagement au DAL, c’est à ne pas y tenir. Et c’est avec cette musette pleine qu’il s’avance sur scène, costaré cravaté, dans l’élégance suprême, la joliesse roublarde d’un petit rat de l’Opéra qui entend bien rigoler un bon coup – le bras d’honneur derrière la grâce malice.

Au reste, il prévient d’emblée : il n’en a pas fini. Balle peau pour les misérables misant sur une fin de partie fleurant le sapin. La scène, Bedos en a besoin. Quand il a livré son check-up mirifique (« pour son âge »), il allusionne sur Constantine et les pieds-noirs, sa mère, morte (« mais qui ne le lâche pas »), son métier de « cannibale », poursuit avec des sketches puisés dans son répertoire.

Tombe ce que Guy Bedos a inauguré en 1976 à l’Olympia : « Bon, allez ! Revue de presse ! Rideau ! La dernière ! La der des ders ! Mais ça va taper, je vous préviens ! Faire du drôle avec du triste !… La dette souveraine… J’en ai tellement ras la frange du petit Sarkozy qui n’arrête pas de faire la leçon… Souvent, on me dit : “Vous faites de l’antisarkosysme primaire.” Ce à quoi je réponds que le sarkosysme est primaire. On lui répond dans sa langue ! » Cible privilégiée, donc, la droite, et le locataire de l’Élysée, dit Tom pouce, le Nabot-Léon, teckel à poil dur, le « Sarkophage ayant accroché la Légion d’honneur au veston de Servier ». Avant d’imaginer « une primaire de la Star-Ac d’en face, avec Copé, Morano, Hortefeux, Guéant et Besson le traître »… À chacun sa fiche cuisine. Virulente. Itou pour Carla, pour la réception de Kadhafi, les agences de notation, « le gros con de Xavier Bertrand et toute la bande de voyous qui gravitent aux étages supérieurs de la République irréprochable, comme disait Little Big Man ».

Dans le concert de louanges, Eva Joly, « qui ferait bien de se taire parfois », et François Hollande n’y échappent pas. « Il ne fait pas rêver. Il est… normal… Face à un fou furieux, c’est déjà ça ! J’aime à reprendre une formule de Françoise Giroud : “En politique, il faut savoir choisir entre deux inconvénients.” Nous y sommes ! » Mais convenons-en avec Chateaubriand, « que j’ai corrigé pour rendre accessible aux hébétés abonnés du Figaro : économisons notre mépris, eu égard au nombre de nécessiteux ».

Cinglant, coriace et lucide. Mais, à côté des clins d’œil à Brel, Desproges, Signoret (ponctuant sa vie d’artiste), pas de Bedos ni de rideaux tirés sans tumescence/turgescence devant les souris et demi-mondaines dévêtues sur papier glacé. « Ah ! Les salopes ! » D’entre lesquelles Bedos croise Michèle Alliot-Marie. On n’exagère jamais assez. En guise de final, sur un air de Nino Rota, Bedos reprend Fellini et ses clowns. « Comediante, tragediante ! La vie est une comédie italienne ! » Celle de Guy Bedos est bien remplie. Merci.

Nota Bene :

Rideau !, Guy Bedos, théâtre du Rond-Point, 2 bis, av.Franklin-D.-Roosevelt, Paris VIIIe, jusqu’au 14 janvier ; reprise entre le 9 et le 20 mai. Rens. tournée : www.guybedos.com

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Commentaires de forum
  • 15 janvier à 14:01

    Guy Bedos,l’homme, l’acteur et l’humoriste,je n’aime pas du tout l’humoriste, dans sa revue de presse, trop méchant, ça me choque, comment nos enfants peuvent avoir du respect, oui le "casse toi pauvre con" on nous le sert à toutes les sauces, je continuerai à apprécier le Gui Bedos d’avant, mais il doit laisser la place aux autres humoristes qui me font rire
    sans rancune !!!

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    •  
      Danièle Dugelay 2 février à 00:29

      Le "Casse-toi, pauvre con", ce n’est pas Guy Bedos qui l’a dit ! Prenez-vous en à l’auteur et, en particulier, pour le bon exemple qu’il donne, selon vous, à nos enfants. J’espère bien que les miens seront capables de le dire,dès le premier tour des Présidentielles. Quant à toi, mon cher Guy Bedos, acccepte s’il te plaît le tutoiement d’une dame de presque ton âge que tu as accompagnée avec tant de bonheur à chaque nouveau spectacle. Surtout ne te casse pas. Nous sommes nombreux à te sentir comme faisant partie de notre vie. Personnellement, j’aimerais partir avant pour ne pas avoir à te pleurer. Toi, cela ne te fera ni chaud, ni froid : tu ne me connais pas. Je t’aime, vieille bête : tu m’as fait trop rire et trop réfléchir.

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