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Par Denis Sieffert - 27 septembre 2012

Bravo les Verts !

Nous ne sommes pas toujours très amènes avec les Verts. On se gausse souvent de leur « plasticité idéologique », pour employer une formule aimable. Récemment encore, les talents d’illusionnistes de certains de leurs dirigeants, capables de transformer le plomb d’un échec électoral en or d’une représentation parlementaire surdimensionnée, nous ont laissés perplexes. Mais, cette fois, il faut leur tirer notre chapeau. Et le dire sans ambages : le vote du conseil fédéral d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) est à tout le moins un acte courageux. En se prononçant à 70 % contre la ratification du fameux traité budgétaire européen, ils s’attirent les foudres des caciques du PS, et la critique virulente de quelques éditorialistes en vue. On ne badine pas avec l’Europe libérale ! Quant à la droite – mais elle est dans son rôle –, elle demande à Jean-Marc Ayrault de virer séance tenante Cécile Duflot et Pascal Canfin, les deux ministres Verts du gouvernement.

Cet épisode en dit long sur l’état de nos mœurs politiques. Il est bien vrai que les Verts sont dans une contradiction que nous avions d’ailleurs analysée dans un récent dossier (Politis du 6 septembre), mais doit-on leur en faire reproche au moment où, précisément, ils prennent une position de principe ? Ils ont agi en vertu d’une équation imparable : hostiles au fameux traité budgétaire européen avant la présidentielle, hostiles ils restent après. Et cela pour la bonne raison que le traité n’a pas changé d’un iota. Le lynchage médiatique dont ils sont la cible depuis la décision de leur conseil fédéral révèle donc une étrange conception de la part de ceux qui s’y adonnent (voir la rage froide de l’éditorialiste du Monde). On reproche en quelque sorte aux Verts un manque de cynisme. De ce cynisme qui ne leur fait pas toujours défaut, mais qu’on ne saurait soupçonner au moment où ils sont fidèles à leur parole. Oui, mais dit-on, entre l’engagement de François Hollande à « renégocier » le texte élaboré par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, et aujourd’hui, le « contexte a changé ». On pense à la fameuse formule de feu Edgar Faure : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. » Or, nonobstant le fait que le « contexte » n’a pas vraiment changé, c’est d’un « texte » qu’il s’agit. Et ses effets prévisibles sur nos sociétés, ainsi que les mécanismes institutionnels qu’il met en place restent exactement les mêmes. Le traité condamne toujours les peuples européens à une politique d’austérité ; il interdit toujours aux gouvernements, quels qu’ils soient, d’autres options économiques que néolibérales ; enfin, et peut-être surtout, il soumet toujours les Etats à un pouvoir administratif dépourvu de légitimité populaire. Un pouvoir qui s’arroge un droit de coercition. La prise de position des Verts est d’autant plus intéressante que ce mouvement est profondément et historiquement fédéraliste. Il est donc difficile de leur donner des leçons de fédéralisme.

Il ne suffit pas de baptiser « fédéralisme » ou « transfert de souveraineté » le renforcement des pouvoirs de la Commission de Bruxelles pour transformer une réalité qui est têtue. Fi donc de tous ces arguments accablants de mauvaise foi ! Ils visent à masquer une vérité toute simple : ce ne sont pas les Verts qui ont changé de position, c’est François Hollande. Après tout, pourquoi pas ? Mais cela aurait mérité un vrai et grand débat public. On touche du doigt le problème de la construction européenne sur des bases néolibérales : ses architectes s’emploient à tenir les peuples à distance. La « gouvernance », comme l’on dit, se rapproche de plus en plus d’une conception entrepreuneriale. C’est un conseil d’administration que l’on est en train de promouvoir, et non un pouvoir européen fédéral et démocratique. Et les moyens auxquels on a recours sont adaptés à l’objectif. Les Verts, dans cette affaire, sont coupables d’avoir attiré grossièrement l’attention de l’opinion sur une opération qui devait se passer dans la plus grande discrétion. Certes, il y a toujours l’embarrassant Front de gauche et sa manifestation de dimanche, exigeant un référendum, mais on sortira à cette occasion les adjectifs habituels et rancis : « Populistes », « souverainistes », « anti-européens »…

Cela n’empêche pas le Front de gauche de rester le lieu d’une résistance cohérente au libéralisme. Mais, avec les Verts, le coup est rude d’une autre façon : on les croyait réduits au silence, et voila qu’ils bougent encore ! Cela dit, nous avons été assez aimables avec nos amis écolos pour ne pas voir les limites de leur fronde. Ils voteront le budget qui sera pourtant la première mise en application du traité budgétaire européen. Leur audace s’arrêtera sur la rive de ce Rubicon infranchissable. L’inverse remettrait en cause leur stratégie participationniste. Ce qui n’est visiblement pas à l’ordre du jour. Au cœur de cette contradiction, les deux ministres, Cécile Duflot et Pascal Cantin, passent un mauvais quart d’heure. Mais qu’est-ce qu’un quart d’heure en politique ?


- Retrouvez l’édito vidéo de Denis Sieffert.


Nota Bene :

Photo : Pascal Durand, secrétaire national d’Europe Écologie - Les Verts, le 18 septembre 2012. AFP / Jean-Sébastien Evrard

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Commentaires de forum
  • thomas 27 septembre 2012 à 20:10

    "Cela n’empêche pas le Front de gauche de rester le lieu d’une résistance cohérente au libéralisme. "

    Le jour où on sera convaincu que Melenchon et son parti défendent véritablement les intérêts de la France et des Français au lieu de se polariser sur la défense des immigrés - surtout s’ils sont nord-africains - les sondages changeront. Mais ça, il faudrait que Melenchon descende de son piédestal d’idéologue qui possède la vérité, dépasse son passé, et qu’il aille véritablement à la rencontre des classes populaires.

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