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Par Sébastien Fontenelle - 28 octobre 2011

Ça Serait Bien Que « La Gauche Vertueuse » Foute La Paix Au « Grand Journaliste » Ivan Levaï (Et Qu’On Revienne Aux Temps Bénis Où « Sexe Ne Rimait Pas Obligatoirement Avec Crime »)

Tous les matins, le quotidien Libération publie, sur une pleine page, le « portrait » d’une personnalité.

Ce matin, c’est un certain Luc Le Vaillant qui s’y colle, et qui nous présente : « Ivan Levaï », qui vient d’écrire un livre pour défendre son « ami » DSK contre les odieuses accusations que tu sais [7].

Tu vas voir : c’est, de bout en bout, délicieux.

Ça commence, comme de juste, par un chapeau introductif, qui résume assez bien la tonalité générale des feuillets qui vont suivre, et dans lequel se trouve cette information essentielle : Ivan Levaï « prend fait et cause pour DSK, au risque d’horripiler les vertueux ».

D’emblée, donc, c’est assez nettement suggéré : si tu n’es pas, sur l’affaire DSK, du même avis qu’Ivan Levaï (qui est quant à lui de l’avis que DSK n’a pas du tout importuné Nafissatou Diallo [8]), c’est que tu es de l’inhibée famille des « vertueux ».

(Genre : tu serais limite coincé(e) du cul, que ça n’étonnerait que peu Luc Le Vaillant.)

Ceci posé : le papier de Luc Le Vaillant tient, de son début jusqu’à sa fin, les promesses de cette rapide mais édifiante introduction.

Ça commence comme ça (je te jure que je n’invente rien) : « Quand le photographe » de Libération « sonne » chez Ivan Levaï, « Ivan Levaï est encore sous la douche ».

Résultat : « Il en sort dégoulinant, peignoir enfilé à la diable » - et c’est dans cette tenue, devine-t-on, qu’il reçoit le photographe.

Du coup, forcément : tout le monde s’esclaffe, tellement ça ressemble à la désopilante scène où DSK était lui aussi dans une salle de bain, quand Nafissatou Diallo est entrée dans sa chambre.

Luc Le Vaillant narre, posément, que : « Moqueries et auto-dérision ponctuent ce simili remake ».

(Et c’est vrai que c’est absolument tordant, hein ?)

Pour Luc Le Vaillant, qui a (aussi) quelques solides notions de psychologie des masses françousques : cette divertissante entrée en matière constitue la « preuve que cette scène » où DSK est apparu dans la vie de Nafissatou Diallo « travaille le cortex de l’ex-mari d’Anne Sinclair comme elle travaille la psyché de la société française ».

T’enfuis pas : nous n’en sommes qu’au zakouski.

T’enfuis pas : tu manquerais le meilleur.

Le meilleur, c’est quoi ?

Le meilleur, c’est la description que fait Luc Le Vaillant de la terrible adversité contre quoi s’heurte « le grand journaliste radio » Ivan Levaï [9], depuis qu’il a fait ce bouquin que Luc Le Vaillant présente, fort justement, comme « une défense bec et ongles de Dominique Strauss-Kahn ».

Cette description, la voici, dans toute son horreur - et j’espère très sincèrement qu’elle ne va pas trop te bouleverser la psyché : Ivan Levaï, constate Luc Le Vaillant, se trouve confronté, depuis qu’il a osé prendre le « risque » de défendre son « ami » DSK, à « la détestation époumonée de la gauche vertueuse, du féminisme punisseur et d’une jeune garde déjà quinqua qui braille ses “qu’ils s’en aillent tous” aux oreilles des gloires confirmées qui continuent à leur boucher l’horizon ».

Je te le remets, pour si t’aurais loupé quelques détails : Ivan Levaï endure « la détestation époumonée de la gauche vertueuse, du féminisme punisseur et d’une jeune garde déjà quinqua qui braille ses “qu’ils s’en aillent tous” aux oreilles des gloires confirmées qui continuent à leur boucher l’horizon ».

Si tu veux bien : attardons-nous.

Luc Le Vaillant nous dit quoi ?

Luc Le Vaillant nous dit que le monde se divise en deux, mon ami(e).

D’un côté, nous avons Ivan Levaï, qui tient que DSK n’a pas du tout violé Nafissatou Diallo, et qu’icelle en a donc menti.

(Et que, d’ailleurs, mâme Dupont, « un viol, c’est avec un couteau ou un revolver », or, vous l’aurez noté : mon ami DSK n’avait ni couteau, ni revolver, dans sa chambre du Sofitel.

Donc : c’était pas un viol.

CQFD [10].

C’était plutôt une « relation tarifée qui aurait mal tourné » - genre la pute (menteuse) se rebiffe.)

Puis nous avons, de l’autre côté, des gens qui ne sont pas tout à fait d’accord avec Ivan Levaï.

(Des gens qu’émeut éventuellement l’ahurissante dégueulasserie, depuis six mois, des commentaires des copains de DSK - et que l’assertion qu’« un viol c’est avec un couteau ou un revolver », venue couronner ce GROS tas d’insanités, a juste fait gerber à longs traits.)

Vue depuis Luc Le Vaillant, cette dernière catégorie d’individu(e)s se caractérise par sa « détestation époumonée », et se divise, à son tour, en trois sous-catégories - et y en a pas une pour rattraper l’autre.

On y trouve, d’abord, des arrivistes jaloux et prématurément vieillis (nonobstant leurs efforts pour faire jeune), et probablement gauchistes, et qui ne savent pas s’exprimer autrement qu’en hurlant : c’est la « jeune garde déjà quinqua qui braille ses “qu’ils s’en aillent tous” [11] aux oreilles des gloires confirmées qui continuent à leur boucher l’horizon ».

On y trouve, ensuite, les inquiétantes furies du « féminisme punisseur » : sans doute sont-elles de ces meufs, tu sais, impossibles à aborder (comme dans la vieille chanson progressiste de Starshooter [12]), qui poussent le fanatisme jusqu’à considérer qu’un viol, ça peut aussi être sans couteau et sans revolver - autant dire que nous avons là des crypto-fascistes.

On y trouve, enfin, « la gauche vertueuse », dont Luc Le Vaillant ne définit pas précisément les contours, mais où se devine un pénible conglomérat de probables mal-baisé(e)s confits en moralisme - du style, tu sais, qui s’offusque du moindre petit geste déplacé ; aaaaattends, t’es là, t’es en train de te tripoter devant le lavabo, la bonne débarque, et tu vas pas lui dire de te sucer ?

Mais attends, mon gars, t’es un putain de moine, ou c’est juste que t’es pas normal ?

(Tu serais pas un peu pédé, dis ?)

On voit par là qu’Ivan Levaï tient dans Luc Le Vaillant un portraitiste à sa hauteur : un mec pour qui la réprobation de la « défense bec et ongles de Dominique Strauss-Kahn » par l’énoncé (notamment) qu’« un viol c’est avec un couteau ou un revolver » trahit, au choix, une jalousie, ou une (inquiétante) soif de punir, ou une (sourde) tendance à distribuer de gonflants sermons à qui voulait juste se purger l’ADN.

Au reste, Luc Le Vaillant, basculant dans une espèce d’exaltation un peu sidérante, s’empresse de préciser (attention, c’est du lourd) que « le grand journaliste radio » Ivan Levaï « appartient à une génération qui en a vu d’autres » - et ne va donc pas du tout se laisser intimider par une sombre histoire de troussage de domestique (ou de « relation tarifée qui aurait mal tourné » entre une pute de ménage et une gloire confirmée).

Car en effet, explique Luc Le Vaillant, Ivan Levaï, qui est d’origine hongroise, a tôt perdu son père, puis sa mère, « juive », qui avait fui le nazisme : « L’orphelin » est alors passé « de famille d’accueil en famille d’accueil », avant de devenir « instituteur, puis journaliste. »

Luc Le Vaillant écrit : « De ces débuts compliqués, de cette survie miraculeuse, Levaï tire une passion pour le bonheur. »

Luc Le Vaillant ajoute : Ivan Levaï, qui a « grandi seul, avec la mort comme voisine de palier, refuse de pleurer sur ses malheurs passés et se défie de la “victimolâtrie” en vigueur ».

Lui.

(Pas comme Nafissatou Diallo, qui, moins digne que le grand journaliste radio, se complaît de son côté dans son rôle de victime - la honte soit sur sur elle.)

De surcroît : « Levaï est d’une génération qui a senti sur sa nuque le souffle fétide des massacres et des totalitarismes », mais qui a « toujours fait une stricte différence entre vie privée et vie publique ».

De sorte qu’il : « Peine à comprendre que ce monde riche et préservé qui vit en paix depuis soixante ans puisse se tordre les boyaux pour des drames moins géopolitiques que sociétaux. »

(Le viol, c’est vrai, c’est pas bien - mais c’est quand même moins grave que le stalinisme, alors qu’est-ce qu’on s’emmerde à en parler durant des plombes et des plombes et des plombes, mâme Dupont ?)

De même : il peine à comprendre « un monde qui exhibe gaiement sa sexualité et la criminalise tout aussi allègrement, punissant parfois plus sévèrement le viol que le meurtre ».

(Criminaliser le viol, mâme Dupont, revient donc à criminaliser la sexualité - et c’est d’autant plus choquant que certains magistrats perdent parfois de vue qu’il n’y a pas mort d’homme.)

Luc Le Vaillant concède : Ivan Levaï, « géant absolu de la radio », slurp, peut certes se laisser aller des fois à « cabotiner », lorsqu’il « se livre à un exercice dans lequel il excelle, la revue de presse », slurp.

Luc Le Vaillant ajoute : « Mais il est loin de cette “déconnexion d’Hibernatus” que dénoncent les rédacteurs ronchons qui n’ont pas la chance d’entendre sa voix grave et chaleureuse, entre cuir assoupli, velours à grosse côtes et brassée de feuilles mortes, citer quelques-unes de leur phrases, dans un déploiement sonore de papier imprimé » - un « bruit vieillot et doux qui finira par disparaître, comme la mansuétude ancienne des temps où sexe ne rimait pas obligatoirement avec crime »...

Et c’est vrai qu’on les regrette, hein ?

Ces temps bénis où les gloires confirmées (ou naissantes, tout aussi bien) pouvaient trousser l’ancillaire sans qu’aussitôt les ligues de vertu et les hyènes féministes poussent d’hauts cris.

Notes

[1] Si tu as deux minutes, tu compareras ce portrait avec celui que le même Luc Le Vaillant fit hier de Tristane Banon : tu constateras que le ton n’était pas tout à fait le même...

[2] Et qu’il faudrait maintenant cesser d’embêter ce pauvre homme, qui a quand même bien le droit d’être d’un tempérament amoureux.

[3] Sentîtes-vous convenablement ma langue, Mooooonseigneur, quand je la passai à votre fondement ?

[4] Comme dit toujours François M., de Marseille.

[5] Comme dans un meeting de Jean-Luc Chavez.

[6] Je sens que Christine Vazy va adorer.

[7] Si tu as deux minutes, tu compareras ce portrait avec celui que le même Luc Le Vaillant fit hier de Tristane Banon : tu constateras que le ton n’était pas tout à fait le même...

[8] Et qu’il faudrait maintenant cesser d’embêter ce pauvre homme, qui a quand même bien le droit d’être d’un tempérament amoureux.

[9] Sentîtes-vous convenablement ma langue, Mooooonseigneur, quand je la passai à votre fondement ?

[10] Comme dit toujours François M., de Marseille.

[11] Comme dans un meeting de Jean-Luc Chavez.

[12] Je sens que Christine Vazy va adorer.

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