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Par Claude-Marie Vadrot - 19 janvier 2012

Costa Concordia : le big business de la croisière

Le naufrage du Costa Concordia jette une lumière crue sur le gigantisme délirant des bateaux de croisière moderne.

Les plus gros bateaux de croisière du monde ont été mis en service il y a moins de deux ans par la Royal Caribbean Cruise Line : le Oasis of the Seas et le Allure of the Seas, d’une longueur de 360 mètres pour 66 mètres de large. Le premier embarque 5 400 passagers et un équipage de 1 200 personnes et le second 6 360 passagers, accompagnés de 2 100 hommes d’équipage. Ils s’ajoutent au Freedom of the Sea, au Liberty of the Sea et à l’Independance of the Sea, embarquant chacun environ 4 300 passagers qui appartiennent à la même compagnie. L’année dernière, la compagnie Costa Croisière a passé commande d’un palace flottant qui embarquera 5 000 passagers. La démesure s’est d’autant plus installée dans ce secteur du tourisme industrialisé qu’une vingtaine de navires de cette taille restent actuellement en construction dans le monde et qu’il existe un projet de lancer un bateau embarquant 7 500 passagers. Outre qu’il est permis de se poser des questions sur le « plaisir » que l’on peut éprouver à croiser en mer avec des milliers de personnes, cette course au gigantisme pose plusieurs problèmes.

La sécurité de ce mode de transport de masse est évidemment questionnée par le naufrage du Costa Concordia. Quels que soient les équipements sophistiqués et automatisés qui permettent de les manoeuvrer, ces hôtels flottants ne se dirigent pas comme des bicyclettes, surtout à proximité des côtes et des ports. Le montant de plus en plus fabuleux des primes d’assurance en constitue une preuve. Ensuite, les équipages, qu’il s’agisse des marins, assez peu nombreux, ou du personnel hôtelier et de service, proviennent de nombreux pays et n’ont donc souvent aucune langue en commun en cas de situation d’urgence. Sur l’Allure of the Seas, par exemple, et de l’aveu même de ses propriétaires, on compte 65 nationalités différentes. Enfin, il est évident pour la plupart des professionnels de la mer que ces gros bateaux ne peuvent pas résister à des gros temps ou à des ouragans, voire des vagues énormes isolées survenant en pleine mer.

Les circonstances de l’évacuation du Costa Concordia ont montré qu’en quelques minutes la gîte du bateau peut interdire l’accès aux canots de sauvetages et même aux brassières de survie pour ceux qui tombent ensuite en mer. Mais les propriétaires de ces navires tablent sur la chance, c’est-à-dire sur la faible probabilité d’un naufrage rapide après une avarie. Le raisonnement est exactement le même que celui des partisans des centrales nucléaires qui savent que le risque zéro n’existe pas, mais qui font le pari que l’accident ne se produira pas, qu’il ne sera pas trop grave, et surtout qu’il sera rapidement oublié. Illustrations : en 1994, l’Estonia a coulé dans la Baltique en provoquant 852 morts. En mars 2010, une énorme vague a fait 2 morts et 14 blessés à bord du Louis Majesty alors qu’il était ancré au large d’un port espagnol. En 2007, le Sea Diamond a fait naufrage au large des Iles Santorin.

Mais il y a plus grave. Ce nouveau tourisme de masse, et souvent de luxe, représente toujours une menace pour les pays « visités ». Surtout lorsqu’il s’agit, le plus souvent, de pays du Sud. Il faut avoir vu un jour débarquer plusieurs milliers de passagers à Haïti, en Polynésie, au Mexique ou dans un pays d’Amérique centrale ou d’Asie pour mesurer le choc que ces invasions peuvent représenter. A la recherche de « souvenirs » qu’ils ont quelques heures pour acheter, ils déséquilibrent régulièrement les économies locales. D’autant plus que les marchands « autorisés » doivent le plus souvent reverser une soulte aux organisateurs de croisière ou payer (cher) leurs places à proximité du lieu de débarquement de la horde touristique. Enfin, rares sont les passagers qui se posent des questions sur les coûts des croisières tirés vers le bas grâce à l’exploitation de la plupart des marins et du personnel de bord dont les salaires sont en général misérables, grâce au recours aux pavillons de complaisance. Lesquels permettent aux armateurs d’échapper à toute règlementation et à toutes conventions collectives. Ils ne réservent les bons salaires qu’aux personnalités politiques ou artistiques qu’ils embarquent régulièrement pour attirer le chaland... De quoi arborer fièrement des slogans comme celui de la dernière campagne publicitaire du Costa Concordia : « Le Paradis sur mer »...

Nota Bene :

Photo : VINCENZO PINTO / AFP

Commenter (3)

Commentaires de forum
  • Gromitchiensympa 22 janvier à 12:19

    Toujours cet habituel parti-pris et ce manque de connaissances scientifiques en matière d’évaluation des risques, caractéristiques aux billets de Mr Vaudrot.

    Etre journaliste, même d’une presse militante orientée, oblige de mon point de voue à un devoir d’objectivité et de compétence.
    Condition qui n’est pas remplie ici.

    Plutôt navrant.

    Répondre à ce commentaire

    •  
      Claude-Marie Vadrot 22 janvier à 12:35

      Quel parti pris ? Celui de me contredire sans expliquer ? Vous contestez les chiffres ? Vous trouvez l’exploitation des salariés embarqués normale ?

      Je vous signale que j’ai, en plus, un brevet de cabotage

      Donc, je sais de quoi je parle

      Répondre à ce commentaire

  • CéCédille 24 janvier à 18:32

    Intéressant article. Le gigantisme des paquebots, facteur d’insécurité, est dénoncé depuis le Titanic . Joseph Conrad, le grand écrivain avait écrit, sur ce sujet, de manière éloquente et sensée (http://diacritiques.blogspot.com/2011/08/conrad-polemiste.html). Et si l’on parcourt ses écrits, on trouve de nombreuses notations qui s’appliquent tout à fait au cas du Costa-Concordia (http://diacritiques.blogspot.com/2012/01/le-costa-concordia-sous-loeil-de-conrad.html)

    Répondre à ce commentaire

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