La campagne du Front de gauche continue tambour battant. Mardi 24 janvier avait lieu le deuxième des trois meetings dans l’Est après celui organisé à Metz la semaine dernière – le 3e et dernier aura lieu à Strasbourg le 15 février. En Franche-Comté, le programme était chargé : du rassemblement devant l’usine Peugeot Scooter de Mandeure jusqu’à la fin du meeting au Palais des sports à Besançon, pas moins de 14 heures se sont écoulées. Un marathon de rencontres et de discours. Sans pause. C’est que le sujet du jour, l’industrie, était d’importance à plus d’un titre pour le Front de gauche. Dans la deuxième région la plus industrialisée de France, terre des fleurons Alstom et General Electrics, et où le FN atteint régulièrement 20 % des voix aux élections, il s’agissait, d’une part, de dénoncer la « duperie » nommée Marine Le Pen ; d’autre part, d’ancrer la campagne dans le monde ouvrier.
Marine Le Pen, adversaire numéro 1
9 heures. Sur le parking de l’usine Peugeot Scooter, où PSA s’apprête à supprimer une centaine d’emplois, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, secrétaire du PCF, qui a passé la journée avec le candidat à la présidentielle, affichent leur soutien aux syndicalistes présents (CGT et CFDT). Dans le froid matinal, on a juste le temps de fustiger « les chiens de garde du capital », autrement dit les agences de notation qui ont menacé de baisser la note de Peugeot et ont conduit aux licenciements. 5 000 sont attendus en France chez le constructeur.
10h15. « Le problème, c’est le banquier, pas l’immigré ! Le FN vous ment, vous trompe, vous asservit ! Dites-le aux camarades autour de vous », continue Jean-Luc Mélenchon dans la petite salle polyvalente de Mandeure où l’attendaient une centaine de personnes. Dans le public, des syndicalistes, des ouvriers de la sous-traitance, des personnels hospitaliers... Tous dénoncent la dégradation des conditions de travail du fait de l’augmentation des cadences et la précarisation croissante des statuts. « Chez nous, c’est Germinal, il y a pas de pognon, il y a pas de considération », souffle l’ouvrière d’une usine voisine. « On attend du Front de gauche d’avoir des propositions pour passer à l’offensive, pour créer un autre monde », ajoute Bruno Le Maire, syndicaliste CGT à Peugeot Sochaux. Le Front de gauche, débouché politique au mouvement social ? « Le Front de gauche va au-delà de nous, on peut lever l’espoir », veut croire Pierre Laurent. « On vous donne un horizon, répond Mélenchon, éternelle cravate rouge autour du col de chemise. Nous ne sommes pas seulement en train de faire une campagne électorale, nous sommes en train de faire l’histoire de la gauche. Toute l’Europe nous regarde ! »
« C’est bien qu’il vienne nous voir au travail »
11h30. Quelques autographes plus tard, le bus transportant le staff du Front de gauche ainsi qu’une bonne trentaine de journalistes reprend la route vers le Territoire de Belfort. Un déjeuner à la cantine d’Alstom, avec les employés – « C’est bien que Mélenchon vienne voir comment on travaille », pointe la caissière.
13h15. Et c’est reparti pour un échange avec des syndicalistes, à l’invitation de la CGT. « Nous ne laisserons pas le FN conquérir nos usines ! », reprend, inlassable, inusable, inoxydable, Mélenchon, qui rappelle que le Marine Le Pen est son premier adversaire. Un syndicaliste remémore ce dicton local : « Quand Alstom est enrhumé, c’est tout le territoire qui éternue ». Et la région s’apprête à attraper une sacrée angine de poitrine : en 2010, la direction d’Alstom a annoncé la suppression de 350 postes.
14h30. On se dirige au pas de course dans l’atelier de fabrication d’ailettes d’Alstom. L’atelier qui compte 100 employés va être délocalisé en Pologne. La tension est palpable entre les salariés qui veulent se faire entendre, et la direction, qui tente de les en empêcher.
Ragaillardi
17h. Direction le Palais des sports de Besançon. Ragaillardi par une bonne séquence démarrée il y a une quinzaine de jours avec sa très bonne audience à l’émission « Des paroles et des actes », suivi du décisif meeting de Nantes, Jean-Luc Mélenchon ne cache pas son optimisme – le parti a enregistré un subit afflux d’adhésion. Même s’il avoue que cette campagne, qu’il pressent pleine de surprises, « sera en dents de scie jusqu’au bout ». A ses côtés, Pierre Laurent se réjouit, avec prudence, de cette nouvelle « dynamique populaire d’investissement du champ politique », née en 2005 avec les débats autour du traité constitutionnel et renforcée par la création du Front de gauche il y a trois ans.
20 h. Début du meeting de Besançon. Plus de 4 500 personnes (selon les organisateurs) chauffées à blanc. Clémentine Autain, de la Fase, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon, qui a fait ses études dans cette ville, montent sur scène au son de « ré-sis-tance ! », scandé par la foule. Tour à tour le candidat évoque la « lutte des classes », égrène les propositions du Front de gauche (droit de préemption des salariés sur leur entreprise, salaire maximum, « relance » économique….), défend la nécessité sociale de l’écologie… Il consacre enfin un long moment à démonter les ressorts du discours de Marine Le Pen à qui il dispute le vote ouvrier. Quelques heures plus tôt, Mélenchon tentait de séduire les patrons d’Ethic ; le candidat du Front de gauche raconte la scène et ravit la salle. Il invite aussi « François » (Hollande) à aller plus loin : le candidat socialiste a proposé un dernière tranche d’imposition à 45 % quand « sous Mitterrand c’était 65 %, avec Jospin 52 %, et sous Raffarin 48 %. La gauche ne pas faire moins que la droite ! » Un peu plus tôt, lors d’une conférence de presse, Mélenchon, interrogé sur la prestation de François Hollande dimanche au Bourget, citait Saint-Just : « Qui fait une révolution à moitié creuse son tombeau. » Plus qu’un bon mot, une feuille de route.
Par notre envoyée spéciale, Pauline Graulle




