Cher Michel Soudais, ce que je trouve dans cette contribution confirme entièrement ce que je pense.
Je viens de rédiger, sous le coup de l’indignation, une "lettre ouverte" à RM.Jennar, mais je ne suis pas sûre qu’elle soit publiable...
Si elle l’était, il faudrait que ce soit in extenso. De toutes façons, je vous fais confiance .
Je vous la recopie ci-dessous :
09/05/09
Cher R-M. Jennar
J’ai fait votre connaissance par votre livre sur Europe, la trahison des élites, qui avait reçu le prix du Monde Diplomatique, et par un meeting que vous avez tenu à Besançon au cours de la campagne pour le NON au TCE.
Jusque là, tout va bien...
Depuis je trouve que votre Part de vérité s’est un peu distordue.
Deux, entre autres, de vos récentes prises de position, m’ont inspiré la présente lettre.
Après avoir "passé la main dans le dos" complaisamment et indistinctement à tous nos candidats à la présidentielle de 2007, et entre autres à M-G. Buffet, voilà que vous lui crachez à la figure en l’accusant publiquement de complicité avec le OUI du PS et avec l’acceptation du traité de Lisbonne, ce qui est foncièrement malhonnête.
Je n’ai aucune tendresse particulière pour M-G. Buffet, au contraire, je ne lui pardonne pas la façon dont elle a imposé sa candidature fin décembre 2006 , en affirmant au JT que "seule une poignée d’intellectuels parisiens" y étaient opposés ; alors qu’il était clair pour le plus grand nombre d’entre nous que seul un candidat hors-parti avait des chances de faire le plein du NON de gauche, et de générer ainsi le mouvement réel capable d’empêcher la consolidation du bi-partisme, le PS étant devenu clairement la roue de secours du "libéralisme".
Je n’ai non plus aucune tendresse particulière pour le PCF, dont j’ai été exclue en 1989 , après 25 ans de militantisme actif : j’avais pris la parole au XXVIème Congrès pour défendre les dissidents de la Fédération du Doubs, celle-ci étant, depuis un certain temps déjà, majoritairement opposée à la ligne Marchais, et réclamant la modification de nos statuts ; moyennant quoi nous avons tous été exclus en bloc (j’étais alors secrétaire de cellule de la faculté des Lettres).
Autre indice désobligeant : non seulement vous vous posez en donneur de leçons vis-à-vis des personnalités qui ne font pas les mêmes choix que vous, comme "votre ami" Yves Salesse ou "votre ami" J-L. Mélenchon, mais voilà que vous accusez Paul Ariès (encore un que vous "respectez" en l’insultant publiquement, ainsi qu’en sa personne, tous les autres économistes, aussi sérieux que vous-même, qui se sont prononcés pour le Front de gauche) – de s’être détourné du NPA uniquement pour cause de déception personnelle, suite au refus de sa candidature.
Dès lors, ne risque-t-on pas de penser que si le NPA possède tous les mérites à vos yeux, c’est parce qu’il soutient la vôtre ?
J’en viens donc au fond.
Depuis que vous avez retiré votre signature de l’Appel de Politis, sous prétexte que JC Gayssot y avait mis la sienne - montrant ainsi que vous aviez EN VÉRITÉ bien peu de respect pour nous tous les autres signataires,– la promotion du NPA est devenu votre priorité, pour ne pas dire votre idée fixe.
Or c’est là un choix au moins discutable, pour qui a vécu directement mai 68 et ses suites, et qui connaît tant soit peu l’histoire de nos partis politiques.
Oui, nous avons de la mémoire ; et en vérité, à la LCR...RIEN DE NOUVEAU !
Résurgence dominante du stalinisme (comme au PCF, on écarte les dissidents, c’est-à-dire les vrais unitaires) ; démarche toujours utopique quant à la façon de gagner l’ensemble du peuple, c’est-à-dire une majorité réelle, à nos idées communes et à l’action ; et surtout illusion complète du prétendu NPA sur ses propres possibilités à REMPORTER DES VICTOIRES sur le capitalisme qu’il veut combattre ; ce qu’il présente comme de l’intransigeance sur la question des alliances relève du sectarisme "avant-gardiste" le plus éculé, doublé de l’opportunisme électoraliste qui va avec (pourcentage oblige !).
Sous prétexte de "ne pas décevoir" à l’avenir (quand donc ? quand ils seront tous morts ? et la planète irréversiblement gangrenée ?) les acteurs réels et potentiels d’une vraie gauche, – les chômeurs, les exclus, les jeunes, mais aussi le grand nombre des travailleurs pauvres et des exploités, ainsi que le grand nombre des intellectuels et des créatifs dont on bafoue les vies et les valeurs, – le NPA préfère... les décevoir tout de suite, et pour longtemps ! Espère-t-il donc, compte tenu de l’URGENCE VITALE de contrer la droite et le PS, que Besancenot pèsera à lui tout seul 51% l’année prochaine ? Et qu’alors on sera en mesure de commencer à légiférer contre les profiteurs, pour l’emploi et pour les services publics ?
Vous critiquez les compromissions passées ou présentes, réelles ou supposées, du PCF avec le PS. Mais vous oubliez que justement, en refusant les listes communes dès l’échéance européenne, ce qui aurait permis de faire la clarté, vous précipitez vous-même dans les bras du PS et de ses représentants au Parlement européen, virtuoses du double-langage, les millions de gens qui auraient pu mettre en nous tous leurs espoirs s’ils nous voyaient unis ! Les points de convergence sont suffisamment nombreux et solides pour faire la preuve de notre efficacité !
Et sur les points importants de désaccord, comme par exemple le nucléaire ou la question du productivisme, le débat ne demande qu’à être mené par tous et au grand jour...comme le font justement Politis et le Monde diplomatique.
Dénier la vocation de la gauche anti-capitaliste, telle qu’elle est, à s’unir, c’est non seulement manifester le plus profond MÉPRIS pour le peuple du NON de gauche, mais c’est aussi rendre de jour en jour plus difficile l’effort à faire pour remonter la pente...
Car contrairement à ce que semble croire votre NPA, le temps ne travaille pas pour nous ! Le capitalisme a déjà trouvé et trouvera encore quantité de moyens efficaces pour se perpétuer et pour asseoir son règne sur les consciences, en tirant justement parti, – comme il le fait avec un tranquille cynisme – de ses propres déboires !
Pourquoi faites-vous semblant de confondre les électeurs du PS, qui ont majoritairement voté NON au TCE (désavouant ainsi la direction !), – avec la bande d’énarques façon FMI et OMC qui manipule désormais l’appareil ?
Pourquoi faites-vous semblant de confondre aussi, avec ces derniers, quantité de vrais militants DE TERRAIN, présents dans les instances locales et dans la vie associative, et qui n’attendent qu’une perspective réelle de victoire politique sur la droite pour s’engager avec nous ? Les récentes manifestations l’ont montré.
Le NPA, évidemment, compte lui aussi quantité de bons militants. Mais politiquement, il n’est rien d’autre qu’un fauteur de division, à contre-courant même du mouvement que sont pourtant parvenus à lancer pour le 1er mai nos malheureux syndicats, si décriés soient-ils !
Oui, le MÉPRIS DU PEUPLE, apanage congénital de la droite et des sociaux-libéraux du PS, voilà pourtant ce que me semblent paradoxalement exprimer, – à leur corps défendant sans doute, – nombre de cadres politiques pourtant dévoués, dans leur façon de concevoir la stratégie de leurs partis respectifs. Cette forme d’organisation ne répond décidément plus aux urgences du 3ème millénaire. Que représentait, par rapport à l’élan si prometteur des CUAL, la "majorité" des membres de la LCR qui a refusé de s’y associer et qui a décidé ensuite de maintenir la candidature de Besancenot ? et que représentait la "majorité" des membres du PCF qui a voté pour le maintien de celle de M-G. Buffet ? Que représente aujourd’hui, par rapport aux espoirs du peuple, la "majorité" des membres du NPA qui a décidé de faire bande à part face à l’Europe de Lisbonne ? Vous-même naguère (dans une intervention sur le site de l’IPRD) critiquiez cette sorte de "démocratie" partisane, qui se prévaut de "majorités" si infimement minoritaires...Et vous voilà vous-même otage et acteur d’une écoeurante concurrence !
Le refus, la peur, de prolonger les CUAL en un type nouveau d’organisations de base vraiment révolutionnaires, autonomes à l’échelon local mais coordonnées nationalement en réseau, contribue à perpétuer ce qui est bien une pathologie du militantisme, à tous les niveaux : unanimisme qui attribue aux "instances" une sorte d’infaillibilité pontificale, et surdité complète vis-à-vis des tenants de points de vue différents, immédiatement taxés d’incompréhension, d’ambition intéressée ou de collusion avec l’ennemi. Tant que les responsables politiques du NON ne se seront pas réunis autour d’une table, toutes affaires cessantes, pour discuter de leur NOUVELLE organisation COMMUNE, leurs proclamations resteront inaudibles pour le grand nombre des citoyens, et les efforts des militants de terrain, dévoyés et stérilisés par les mauvaises décisions "d’en haut".
L’histoire récente est la preuve qu’il faut dès maintenant changer de perspective, de comportement et de fonctionnement. A partir du moment où l’on reconnaît la nécessité d’utiliser aussi les élections pour développer le mouvement, faute de pouvoir prendre la Bastille impromptu, – la révolution authentique, c’est d’être le pain quotidien du peuple, c’est-à-dire, politiquement, une incarnation à la fois multiforme et COOPÉRATIVE de la défense de nos intérêts anticapitalistes ; c’est mentir aux gens que de leur faire miroiter un avenir meilleur en leur proposant une brioche "pur NPA" .
Une vieille militante