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Par Sébastien Fontenelle - 20 mars 2011

Dieu Que La Guerre Est Cocasse

Rien ne vaut, pour se réparer l’image, une bonne guerre.

Quand tout le monde sait que tu n’es qu’un rigolo [1], tu peux soit t’exiler aux TAAF pour y méditer qu’honte oblige - soit coucouler que tu n’es certes pas très fiable, mais que t’as quand même des quadriceps, gadez pas mon cerveau, mâme Dupont, matez plutôt mes biscoteaux.

BHL et Sarkozy, que soude un même souci de faire oublier quelques tristes bouffonneries, font dans ce cas le choix de la solution numéro deux, style : c’est nous qu’on raconte n’importe quoi, c’est nous les marchands d’illusion(s), mais voyez si le Kadhafi prend les flubes dès qu’on paraît - fume, Néron, c’est pas du Botul.

Entendons-nous : c’est pas d’ici qu’on lancera de la pétition de soutien à Mouammar.

Le gars dégage ?

Très bien : c’est la juste rétribution de trop d’années de saloperies.

(Dans quoi, tout de même, Sarkozy trouva l’envie de faire avec lui de sains commerces, tiens, Moumou, reprends-nous de ces navions de chez Dassault que t’aimes tant (ça nous vaudra quelques jolis papiers moraux du Figaro de chez Dassault quand ils feront des piqués sur Benghazi), et, tiens, Moumou, prends-nous des centrales fukushimiques, c’est nous qu’on a les plus jolies - sors ton chéquier, Moumou, je t’envoie mes Ollier-Marie de compagnie, des bises, Moumou, t’embrasses tout le monde.)

Mais pour autant : faudrait pas non plus trop pousser la foule dans les orties, hein, les tartuffes.

BHL, retour de Benghazi, raconte sans pouffer, dans Le Parisien : « Je suis quelqu’un qui ne fait pas les choses à moitié ».

Puis : « Je rapporte un reportage sur les horreurs d’une guerre où on envoie des avions mitrailler des populations désarmées ».

Puis : « À mon retour, je suis prêt à tout, vraiment à tout, c’est à dire à aller trouver Sarkozy, le pape, qui vous voudrez, pour aider à ce que s’arrête le carnage ».

Bluffé par tant d’humanité, le burlesque patron du JDD chante [2] « l’inspiration de » BHL, qui « a convaincu, de Benghazi, le président français de prendre la tête » du « combat » contre Kadhafi, « comme il avait convaincu il y a trente-six ans Valéry Giscard d’Estaing d’accueillir les boat people, et, il y a vingt ans, François Mitterrand de soutenir la Bosnie » [3].

Sauf qu’en vrai : non.

En vrai, le gars peut assez facilement tolérer, sans trop secouer Benoît XVI, qu’on massacre durablement des « populations désarmées » : tout dépend de l’état-civil de qui se fait hacher.

(« Le carnage », c’est comme la variété italienne : y a des trucs vachement gonflants, puis d’autres qu’on aime fredonner, le soir, quand le soleil se couche on Saint-Germain-des-Prés, ti amo, apri j’te prie la porta a un guerriero.)

Si Kadhafi tue dans Benghazi des Libyen(ne)s désarmé(e)s ?

Là, oui.

Là, BHL fait, non pas un reportage, comme il prétend (faut pas non plus demander trop), mais un appel à guerroyer, sur le couillu thème : détruisons-lui ses pistes d’envol, à ce foutu SOB - et si quelqu’un pouvait aussi faire des photos de moi près d’un natif, pour le site où se cultive ma personnalité, ça serait ça de pris, merci.

Mais si Barak tue dans Gaza des Palestinien(ne)s désarmé(e)s - allez, Abu, viens mon petit, c’est l’heure de ton phosphore ?

Là, non.

Là, BHL ne réveille pas du tout Sarkozy pour « aider à ce que s’arrête le carnage », mais va (plus volontiers que dans Gaza) chez Barak, dans le merveilleux « salon tout en longueur construit autour des deux pianos » dont le maître des lieux « joue en virtuose » - durant que ses avions mitraillent des populations désarmées (DQSAMDPD).

(Les boat people, oui, la Bosnie-Herzégovine Libre, oui, la paix dans le monde, oui - mais vous m’excuserez si, quand j’ai tout près de moi Glenn Gould, je lui fais pas mon numéro d’hippy.)

Là, BHL va, de surcroît (plus volontiers que dans Gaza), près d’Olmert, qui, DQSAMDPD, narre des blagues d’une rare « drôlerie » sur le « ballet des médiateurs trop pressés » (d’obtenir que ses avions cessent enfin de mitrailler Gaza).

Dieu, que la guerre est cocasse.

Mais bon, en même temps, mâme Dupont, quand Ehoud (le mélomane) & Ehoud (le farceur) font du pâté de civil(e)s, c’est pas du tout comme quand Mouammar (le salaud) fait pareil : c’est même « une situation extrêmement différente », jure BHL.

Car en effet, « quand Israël bombardait Gaza, c’était en réponse à une pluie de roquettes qui tombaient sur la ville de Sderot et sur le sud d’Israël : rien à voir », donc.

Ainsi, Abu, t’auras saisi : les représailles contre des civil(e)s ?

T’as le droit que si t’es de « la grande démocratie de la région ».

Avoue, Abu, que vu comme ça, « le carnage » donne assez l’envie de récouter l’enjoué Mozart (dans un tout en longueur salon) ?

Notes

[1] Façon de parler...

[2] Ce matin.

[3] Ça fait trente-six ans que BHL sauve le monde, quoi : serait-il pas temps que les jurés du Nobel songent à lui donner leur prix de la Paix ?

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