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Par Claude-Marie Vadrot, Politis.fr - 3 décembre 2007

Elections en Russie, l’analyse

Claude-Marie Vadrot, tout juste de retour de Moscou et d’Ukraine, commente les résultats des élections législatives russes de dimanche pour Politis.fr.

Pour Vladimir Poutine, le compte est bon et même très bon : avec les 64 % de son parti Russie Unie et les 8 % de Russie Juste, les « Poutiniens de gauche », le président va bénéficier du soutien d’une Douma nationaliste, répressive et régressive à plus de 70 %. Largement, car l’extrême droite national-socialiste de Vladimir Jirinovski (10 %) n’est pas souvent en désaccord avec Poutine et le Parti communiste de Guennadi Ziouganov, avec 12 %, ne demande guère qu’un peu plus de retour à l’URSS. Tout cela nous mène vers les 90 %. Encore un effort, camarades, et les scores brejnéviens seront de retour. Comme en Ingouchie et en Tchétchénie où le miracle du bourrage des urnes et de la propagande ont entraîné des scores de 98 et 99 % en faveur de Russie Unie.

Alors ? Tout le monde derrière Poutine ? Comme j’ai pu le constater il y a quelques jours à Moscou, la situation réelle du pays n’est pas si simple. Bien sûr, il y a d’abord les effets de la propagande et du muselage de la télévision et de l’essentiel de la presse écrite, à Moscou comme en province, puisqu’en raison de la détérioration du système de distribution et de l’indigence des transports, il n’existe plus vraiment de presse « nationale ». Mais il ne faut pas négliger l’importance de la dérive d’une partie de la population choquée par la période de l’ivrogne Eltsine, par la chute de prestige de son pays, par son alignement sur la politique américaine. Dans le même temps, le modèle de consommation américain fascine le plus grand nombre. Les Russes, une majorité des Russes, se sont volontairement donné le tsar dont il rêvait et la disparition de la presse libre a fait le reste : les démocrates ont disparu du paysage électoral, souvent empêchés de se présenter. Mais ils existent encore, ceux que la fin prévisible de la démocratie inquiète.

Mon vieil ami Pieta par exemple, un ami dont je ne donnerai pas le véritable nom pour ne pas lui causer d’ennuis. Prof de math dans une grande université moscovite où il me raconte que les diplômes peuvent facilement s’acheter, vivant dans le sud de Moscou, il n’a plus qu’en seul rêve, partir à l’étranger. Quitter le seul pays industrialisé du monde dont la population et l’espérance de vie des hommes et des femmes diminuent régulièrement depuis 1992. « Samedi, revenant de faire mes courses dans le centre de Moscou, j’ai été ulcéré de voir une dizaine de milliers de « Nachis » arrivés en bus, manifester tranquillement prés de la place Rouge pendant que les opposants se faisaient tabasser deux kilomètres plus loin. Ils hurlaient des slogans favorables à Poutine, traitaient les opposants de « chacals » comme leurs maîtres, et distribuaient des tracts racistes, contre les Caucasiens et contre les Juifs. Ils sont même pires que les anciens Jeune communistes, car ils sont incontrôlables. Ce sont eux qui organisent des ratonnades à la porte de la fac ou dans les couloirs du métro. Hier ils m’ont fait peur, peur pour les années qui viennent. Comment faire pour revenir à la démocratie, pour que notre nouveau tsar ne s’installe pas pour vingt ans ? Va voir la littérature qu’ils vendent : il y a Mein Kampf, le Protocole des Sages de Sion et beaucoup d’autres écrits à vomir. Et ces mômes ne rêvent que de fric tout en condamnant la décadence occidentale. »

Le fric, il saute par exemple à la figure des provinciaux qui viennent encore, le samedi, rendre hommage à Lénine dans son mausolée de la Place rouge. La visite terminée, ils peuvent aller faire un tour au Goum, le grand magasin qui donne sur la place : ils y découvrent, à la place des boutiques d’autrefois, toutes les enseignes de luxe du monde entier : de Lancel à Dior en passant pas Vuitton, Armani et quelques autres, tous vendant leurs marchandises aux prix parisiens dans un monde où les retraités ne touchent pas tous une centaine d’euros par mois et où le salaire moyen tourne autour de 380 euros. Ces boutiques là et bien d’autres font de Moscou l’une des villes les plus chères du monde avec des prix d’appartements qui dépassent 30 000 euros le mètres carrés. Ces provinciaux rêvent et, comme au temps du tsar, ils vous diront, quand on les interroge, que « Vladimir Vladimirovitch n’est certainement pas au courant de ces abus et que la mafia juive est responsable de l’augmentation des prix et de la généralisation du luxe ». Ils ne savent pas que Moscou concentre actuellement près de 80 % de la richesse de ce pays pauvre, pas plus qu’ils ne peuvent savoir, arrivés de leurs provinces aux routes non asphaltées, que la capitale russe offre l’une des concentrations de 4X4 les plus importantes du monde. Avec les indispensables vitres teintées.

Pour Poutine, le rêve deviendra triomphe en 2012 quand, quelle que soit la place politique qu’il se sera réservé, la ville de Sotchi, sur la Mer Noire, accueillera les Jeux olympiques d’hiver. Ces derniers se dérouleront dans les montagnes du Caucase qui s’élèvent au-dessus de la vieille cité balnéaire. Les Occidentaux ont décidé de faire ce cadeau au nouveau Tsar sans que soit posée la question des droits de l’homme, pas plus qu’elle n’avait été posée lors de la décision d’attribuer les Jeux olympiques à Pékin. Et, comme en Chine, les entreprises occidentales se ruent vers cet événement pour lequel s’accumulent déjà les projets pharaoniques. Parmi ceux-ci, une gigantesque île-hôtel achèvera de défigurer cette région où les maîtres communistes du Kremlin avait déjà leur habitudes, région où Jacques Chirac ne se lasse pas d’être invité par son « ami ». Il est en outre question, la rumeur en circule à Moscou, que Nicolas Sarkozy aille bientôt y faire un tour.

Avec ses amis, sa famille et quelques mafias, Boris Eltsine avait réussi le plus beau hold-up du siècle sur les richesses de la Russie. Vladimir Poutine, après avoir redistribué les grandes sociétés à ses amis de l’ex-KGB en même temps que les postes de gouverneurs de régions qui ne sont plus élus, a lui réussi son hold-up sur la démocratie. Les Ukrainiens s’en inquiètent et l’Occident n’aligne que de plates protestations, de peur que Poutine se venge en augmentant le prix du gaz. Dans ce charmant tableau, Sarkozy l’américain ne devrait pas plus fâcher les Russes sur la question des droits de l’homme qu’il ne l’a fait avec les Chinois.

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Commentaires de forum
  • shanti 3 décembre 2007 à 22:24

    Ce qui est, ou frise le lamentable, est que vous êtes proche de la réalité... la conscience parfois est douloureuse, pour une nation que nous aimons beaucoup. Que faut-il faire ?

  • fitz 3 décembre 2007 à 22:35

    Deux phrases avant de commencer qui me semblent important pour comprendre la stratégie de Poutine

    Vous pouvez fabriquer un trône avec des baionnettes mais vous ne pouvez pas y rester aussi longtemps de Mao Zedong

    Votre pouvoir sur le puple est défini par ce que vous lui laissez. Mais lorsque vous avez tout pris à un Homme, il ne vous appartient plus. Il est de nouveau libre d’Alexabder Solzhenitsyn.

    Les deux phrases illsutrent le fait que le pouvoir russe a su tirer les leçons du passé. Bâtir un pays fort sur armée n’est pas viable. Il faut autre chose au peuple, et le choix semble être une ouverture au monde occidental et donc à la consommation massive mais de façon si matraquée, si ciblée qu ’il abrutit le peuple. On offre aux jeunes de grandes fêtes , de grandes parades mais on ne leur demande pas de réfléchir. Onleur offre des théories toutes faites mais aucun effort intellectuel ne leur est demandé. Cela revient un peu à un embrigadement de la jeunesse.

    Ensuite le retour de la Russie au premier plan sur la scène internationale intéresseun bon nombre de pays. Et surtout les pays qui tentent de contrer l’hégémonie étatsunienne comme la Chine, l’Iran, mais aussi des pays plus pauvres comme le Vénézuela. Et détenir 1/3 des réserves de gaz au Monde ou des grandes réserves de pétrole est un gros moyen de pression. Sans oublier l’arsenal nucléaire vestige de l’URSS.

    Enfin l’élection (truquée ?) souligne que la Russie continue à être gouvernée par un Homme fort, un Homme qui arrive à unir des gens aussi différents qu’un Tchétchène, qu’un Moscovite ou un Russe vivant au bord de la frontière chinoise...Ou tout au moins qui arrive à faire croire qu’il crée un sentiment d’unité gràace à son emprise sur les médias, l’économie, la jeunesse, l’armée, les réserves stratégiques, un discours "cru"...

  • 4 décembre 2007 à 10:16

    Comparer implicitement les "Nachis" aux jeunesses hitlériennes, n’est-ce pas
    un "tout petit peu" éxagéré ??

    •  
      4 décembre 2007 à 14:01

      Cet article sent la russophobie pour ne pas dire la propagande inspirée par la machine de désinformation états-unienne qu’on a vu à l’oeuvre avant la guerre d’Irak et la ""révolution" jaune-orange en Ukraine.

      •  
        4 décembre 2007 à 14:30

        Que non, je ne suis pas russophobe, j’ai fréquenté ce pays pendant déjà une bonne trentaine d’années et j’ai toujours beaucoup d’amis dans ce pays, des amis venus même, pour certains du temps de l’URSS.

        Il ne faut pas confondre le jugement que l’on porte sur une politique, même si elle apparait majoritaire, avec celui que l’on porte sur les habitants d’un pays.

        Je ne suis inspioré par aucune propagande et surtout pas celle des Etats Unis et ayant vécu, comme journalistes, toute la révolution (doute sur ce mot...) dite Orange et je ne vois pas le rapport avec ce que j’écris sur la Russie.

        Mais il n’est sans doute jamais agréable de voir des gens, un peuple, que l’on aime bien, prendre une dangereuse direction.
        A Moscou, on a assassiné mon amie Anna Politovskaïa et on empêche de travailler mes amis de Novaïa Gazeta ?

        Claude-Marie Vadrot

        •  
          4 décembre 2007 à 16:41

          Croyez-vous que Poutine aurait fait assassiner Anna Politkovskaï, qui n’était pratiquement pas connue en Russie et n’avait aucun poids politique, sans
          anticiper les conséquences désastreuses que cela aurait sur son image à
          l’étranger ? Il m’a l’air un peu plus futé que cela.
          Par contre, "certains" avaient tout intérêt à la transformer en martyre de Poutine car elle était plus utile morte que vivante pour susciter l’indignation
          de "l’Occident démocratique"
          Idem pour Litvinenko dont l’empoisonnement faisait écho à "l’empoisonnement"de Youtchenko (Les médecins autrichiens chargés
          de confirmer celui-ci ont subi des pressions des Etats-Unis pour en attester la
          véracité)

          •  
            4 décembre 2007 à 21:45

            Pour Anna Politovskaïa, la réponse est clairement oui, par des intermédiaires. D’autant plus qu’elle n’est pas la première journaliste a être assassiné en Russie.
            Je reconnais dans ce texte et dans quelques autres provoqués par mon article, l’inimitable astuce de la propagande russe.

            CMV

            •  
              Pravochka 5 décembre 2007 à 10:08

              bin tiens, si ça vous contredit, c’est la propagande. Je ne garantit pas que Poutine ne soit pas derrière Politkovskaja et Litvinenko, mais j’en doute, et surtout, je trouve scandaleux le présumé coupable généralisé dans la presse occidentale. J’imagine au moins que vous savez que le nombre de journalistes tués depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine est très largement inférieur à ceux tués sous Eltsine ?

              •  
                5 décembre 2007 à 10:31

                Je n’ai aucune opinion pour Litvinenko. je n’ai pas évoqué ce cas.
                Pour le nombre de tués, le régime de Poutine a pour l’instant un tout petit peu de retard en terme de "journalistes morts dans des circonstances non élucidées". Mais, Eltsine a régné 10 ans, Poutine à peine sept. Il va probablement se rattraper rapidement. En tous les cas sous le régime démocratique (avec des bavures, certes, mais démocratique) de Boris, on n’arrêtait pas les opposants, on n’interdisait pas les manifestations.
                Et au moins Eltsine, grâce à Lebed, avait signé une paix avec les Tchétchènes.

                PS Le camarade Pavlov était Soviétique....

                cmv

                •  
                  Pravochka 5 décembre 2007 à 23:36

                  C’est une définition "naïve" (sans vouloir être péjoratif) de la démocratie que vous utilisez. valables en temps "normal" certes. mais dire que sous Eltsine c’était plus démocratique parce qu’on arrêtait moins les opposants (à supposer que ce soit vrai). Si une telle situation se combine a une quasi-famine et à une économie de troc, comme c’était le cas (votre ami prof à la MGU a du voir lui aussi ses élève s’évanouir pour cause de sous-alimentation en cours...) n’a pas de sens. Les libertés élémentaires viennent après la survie élémentaire, aussi la démocratie Eltsinienne est simplement un trompe l’oeil. Sous Poutine il y a plus de contestation (connaissez-vous IKD par ex ?), plus efficace, tout simplement parce que nous sommes moins affamés (surtout ds la région de Moscou, qui profite énormément de l’embellie - c’est d’ailleurs une critique sévère à faire : pourquoi Poutine ne calme pas Lujkov et n’essaie pas d’instaurer un équivalent à la DATAR française ?).
                  De même "signer" une paix pendant que les gens meurent ne veut rien dire. La Tchétchénie a été un bain de sang sous Eltsine ET Poutine, mais là bas aussi, la situation actuelle n’a plus rien à voir avec les pires heures de 99. Et c’est aussi l’agressivité de Poutine qui le permet (moins d’armes américaines dans la guerilla). Le plus gros pb actuel reste la pauvreté...mais rendre le "mauvais Tsar" coupable, ici comme partout, est illusoire (c’était le coeur de ma première remarque).

            •  
              Chilien_de_Santiago 6 décembre 2007 à 16:10

              Pouvez vous nous fournir la moindre preuve sur la responsabilité de Poutine dans le meurtre d’Anna Politovskaïa ?

              Je me méfié des affirmations réitérées du type "Chávez n’est qu’un dictateur populiste" ou bien, Amhadinejad c’est le nouveau Hitler de l’Iran. Or, on a bien constaté que le "dictateur" Chavez a reconnu sa défaite lors du référendum sans hésiter.

              Vivant au Chili, et étant une personne de gauche, ye peux vous informer que la campagne de désinformation concernant la révolution Bolivarienne au Vénezuela a atteint ici le sommet de la mauvaise fois, avec des disqualifications et des proces d’intention nauséabonds.

              Je n’ai pas le moindre doute que, du fait que la Russie actuelle ne reconnaît pas le leadership nord americain, elle est l’objet d’un traitement semblable par les médias occidentaux.

              Je trouve incroyable que Politis poublie un article lequel, par son contenu et ses procédures démonstratives, ressemble a la propagande la plus reacctionnaire

  • pravochka 4 décembre 2007 à 19:35

    Cet article stigmantise le célèbre syndrome russe du "bon Tsar" (le bon Tsar dont la mauvaise politique est due aux méchants intermédiaires). Soit. Le problème est que l’auteur est atteint du syndrome similaire du "mauvais Tsar" : tout ce qui est mal est de la faute de Poutine. Lui et son gouvernement ont réalisé un travail déjà assez énorme (rétablir l’ordre - il ne faut pas oublier qu’en 99 on en était à un point ou l’état ne contrôlait plus du tout l’armée, ce qui est assez inquiétant !), reverser les salaires et stabiliser le rouble (retour du PIB au niveau de 90 — certes le baril de pétrole aide, mais pas tant que ça car fond de stablisation + remboursement de nombreuses dettes). La politique industrielle est plutot un échec (ou du moins pas une réussite), et la corruption, malgré certains efforts indéniables, demeure forte (a esli vy tam zhili, naverno soglosite chto eto ne tol’ko iz za Putina : voobshhe vezde korupcja est’ !).

    La question est : quelle opposition crédible ? quels moyens d’action a-t-on en Europe ? Pour l’instant les médias encensent des non-sens politiques comme Kasparov (on sent que même des journaux de droite aimeraient soutenir les communistes...) et n’explique absolument pas ce qui se passe vraiment là bas (armes américaines chez les rebelles tchétchénes, coupure de gaz en Ukraine pour cause de vol à grande échelle, état d’urgence en Géorgie, armes allemandes en ex-yougoslavie etc.).

    Le minimum à faire serait déjà d’être honnête, et éviter de tendre cette perche au gouvernement Russe de stigmatiser l’ennemi extérieur. Les Américains y ont bien sûr intérêt, mais pas les Européens. D’ailleurs, à quoi servent ces radars en Pologne à votre avis ? ne serait-ce pas justement à semer la discorde entre la puissance industrielle et technologique européenne, les ressources naturelles russes (et, plus loin, entre le Xinjiang et la Corée du Nord, l’usine géante Chine) ?

    •  
      4 décembre 2007 à 21:51

      Je ne tend pas la perche à qui que ce soit, mais prétendre que la situation des Russes (hors la classe minoritaire des très riches) s’est améliorée est un beau mensonge.
      Exemple : dans quelle autre pays industrialisé du monde la population est en train de diminuer ? Dans quel pays l’espérance de vie des hommes et des femmes diminue à cause de l’alcoolisme, des hôpitaux délabrés ????

      Claude-Marie Vadrot

      •  
        Pravochka 5 décembre 2007 à 10:04

        Alors là va falloir se renseigner un peu avant de traiter les gens de menteur !

        "Exemple : dans quelle autre pays industrialisé du monde la population est en train de diminuer ?" : à peu près tous !!!! exemple frappant : l’Allemagne (pays industrialisé s’il en est !)

        "Dans quel pays l’espérance de vie des hommes et des femmes diminue à cause de l’alcoolisme, des hôpitaux délabrés ???? "

        La chute d’espérance de vie s’est stabilisée depuis 98 (chiffres dispo sur le site de la banque mondiale par ex). Les hôpitaux sont délabrés mais le nombre de médecin par habitant a recommencé à croître, et les salaires de fonctionnaires, quoique miséreux, à être versés.

        Je ne prétend pas que ce soit le paradis, mais la situation s’améliore globalement depuis Poutine. Certes on partait de très bas, et le baril cher l’y aide, mais c’est un fait, et le nier vous décrédibilise (vous auriez dû venir vivre les 90 ici !)

        •  
          5 décembre 2007 à 10:13

          Premièrement j’ai vécu en Russie dans les années 90 et même dans les années 80.

          Deuxiémement je maintiens toutes mes appréciations sur le triste état de la Russie (ce qui ne me réjouis pas du tout car j’aime ce pays) et il n’existe aucun autre pays industrialisé dont la population diminue. Aucun. Et ce ne sont pas les sinistres manifestations des Nachis (jeunesse poutinienne, auxilliaires de la police) contre le string et la "pornographie occidentale" ou l’imbécile et lamentable "journée de la procréation" organisée le 12 septembre dernier (par exemple) par le gouverneur d’Ouilanovsk qui fera remonter le taux de fécondité des femmes qui se situe actuellement entre 1, 2 et 1,3.

          CMV

          •  
            5 décembre 2007 à 13:26

            Si, les naissances diminuent, ce n’est pas à cause d’une baisse du PIB moyen
            qu’on ne peut soutenir que si on lit les statistiques des organismes internationaux la tête en bas, mais en raison de la conjonction du droit à
            l’avortement, très développé en URSS et qui l’est resté, et de la baisse de la fécondité qui accompagne le développement économique dans tous les pays.

            Au risque de vous décevoir je ne suis qu’un modeste Français qui s’intéresse à la Russie, sans oeillères.

            •  
              5 décembre 2007 à 14:10

              L’avortement responsable de la baisse de la natalité : très fort...

              •  
                5 décembre 2007 à 18:36

                Effectivement, l’avortement n’a qu’une importance marginale et, de toutes façons, c’est la liberté de choix des femmes face à une société qui ne leur donne pas les moyens, pour la majorité, d’élever des gosses.

                CMV

            •  
              5 décembre 2007 à 18:38

              Ce n’est pas le PIB qui diminue puisque, grâce au gaz et à d’autres ressources naturelles, la Russie jouit d’une balance commerciale largement (deux fois) bénéficiaires, c’est le revenu de 90 % des Russes, tandis que les autres s’enrichissent en vendant le pays par appartement...

              CMV

              •  
                5 décembre 2007 à 19:08

                La proportion de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de35% en 2000 à 17% en2005 (Banque mondiale). Celui de la France qui augmente régulièrement va bientôt la croiser. Les salaires réels ont augmenté l’an dernier de 12%, dans certaines catégories ils sont plus élevés qu’en France ( "Capital",journal poutinien bien connu)

                Ne pas faire le lien entre l’avortement et les naissances est la marque d’un esprit fort.

                D’une manière générale votre vision de la Russie semble s’être arrêtée il y a un certain nombre d’années. Il reste des murs à abattre, dans les têtes.

                •  
                  5 décembre 2007 à 19:20

                  Ces mensonges énormes dépassent toute réponse...

                  CMV

                  •  
                    Pravochka 5 décembre 2007 à 23:21

                    le message précédent aurait pu donner des liens internet. j’ai trouvé 17% en 2004 mais "seulement" 20% en 2000. Il me semble cependant que le plus sensible en vivant sur place est ceci :

                    http://perspective.usherbrooke.ca/b...

                    l’impression depuis 2000 est qu’on peut s’acheter des choses souvent impensables avant (lecteur cd etc.). Evidemment, il est clair que le baril cher joue en faveur de Poutine. La Russie n’a pas encore relevé l’industrie au simple niveau d’avant 90 (pas si mauvais qu’on le dit, cf Jacques Sapir, très documenté et analyse pertinente). Le problème vient aussi de ce que le compte russe traditionnel est l’histoire d’Emeliou...

          •  
            Pravochka 5 décembre 2007 à 22:21

            vous êtiez ici en 90 et soutenez que ce n’était pas pire ? Vous êtiez payé par qui si ce n’est pas indiscret ? je veux dire, viviez vous d’un véritable salaire russe ou êtiez vous de passage ou en tant qu’expatrié ? (vy kstati po russki naverno otlychno govorite, net ?)
            Je répète que je suis assez d’accord sur le "triste état de la Russie", mais que ça s’est au moins stabilisé depuis Poutine, malgré sa politique de droite (il y a des classes qui sont défavorisées par rapport à la période communistes - retraités, médecine, recherche, enseignement - mais ce n’est pas pire que sous Eltsine pour eux, et plutôt mieux pour les autres.)

            Les Nashi sont des crétins arrivistes de toutes façons, tous les pays connaissant une forte croissance avec plein de nouvelles places à occuper ds la société connaisse ça (les militants des 70 en France...on voit où les plus "débrouillards" on fini). Ca c’est assez triste, certes (quoique pas pire qu’un Berezovski en liberté...)

            Pour la population qui diminue : arrêtez donc de dire aucun !!! C’est clairement le cas de pays comme les pays Baltes, la Hongrie, l’Ukraine, la Moldavie (au moins). Par ailleurs, AUCUN pays d’Europe n’atteint le taux de fécondité assurant la stabilité de la pop (la moyenne est à 1.5%, avec un max de 1.94 en France) : donc TOUS les pays d’Europe verraient leur pop diminuer si ce n’était l’immigration (faible en Russie pour de multiples raisons - propiska naprimer no ne tol’ko).

      •  
        J. Sapir 4 janvier 2008 à 18:16

        Cher Monsieur Vadrot,

        je n’ai pris connaissance de ce blog qu’à mon retour de Russie.

        Sur les questions économiques, laissez moi vous dire que vous écrivez de grosses bétises. Je pense que mes travaux sur ce pays sont bien assez connus pour que je ne doive pas me justifier à tout instant. Cependant, si vous allez sur le site de la BCR (en russe ou en anglais) vous trouverez toutes les données montrant que le niveau de vie moyen s’est fortement amélioré depuis 1998 et que le niveau de vie MEDIAN a progressé plus vite que le niveau moyen (données ROSSTA et de l’Institut de Prévision de l’économie nationale).
        Bien sur, il y a des poches de pauvreté et les salariés les moins qualifiés voient leurs revenus augmenter moins vite (en termes réels) que les salariés qualifiés. Bien sur, une politique sociale plus dynamique serait nécessaire, mais on assiste en Russie à ce que l’on a connu en France de 1950 aux années 70.

        L’espérance de vie s’est stabilisée (regardez les dernièers données démographiques) et la courbe des naissances remonte. On reste en dessous du seuil de renouvellement, mais c’est un phénomène général en Europe. Par ailleurs avec la montée d el’immigration (d’Asie Centrale mais aussi d’Ukraine, de Moldavie et du Belarus) la population se stabilisera vers 140-141 millions à l’horizon 2012-2015.
        D’ailleurs, si la situation des couches populaires était aussi catastrophique, pourquoi cette forte immigration venant non seulement du tadjikistan et de l’Ouzbekistan mais de pays comme l’Ukraine, la Moldavie ou le Belarus ?

        Sur les causes de la croissance, je cite ici un de mes récents papiers
        "L’économie russe achève en 2007 sa neuvième année consécutive de forte croissance. Elle est cependant entrée depuis la seconde moitié de 2005 dans une nouvelle phase de son développement, comme en témoignent les taux de croissance élevés que l’on a observés depuis l’automne 2005.
        Après la récupération du retard accumulé pendant les années 1991-1998 il devient évident depuis fin 2006 que de nouvelles logiques se font jour dans l’activité économique. Ces logiques traduisent l’évolution de la politique économique, marquée par un engagement de plus en plus important de la puissance publique. La mise en œuvre des « Priorités Présidentielles » en 2005 (La santé, l’éducation, le logement et l’agriculture) a permis de canaliser les investissements. La restructuration de l’industrie, marquée en particulier par la constitution de grands groupes sous contrôle public (dans l’aéronautique, les chantiers navals, l’énergie nucléaire et les nouvelles technologies) contribue aussi à l’accélération de la croissance que l’on constate depuis la fin 2005.
        L’analyse du rythme de la croissance économique montre que depuis 2000 la Russie a connu 3 phases distinctes

        (a) En premier lieu, elle a connu une forte croissance correspondant à la réaction de l’économie après la crise d’août 1998. Cette réaction, rendue possible par la politique du gouvernement dirigé par M. E. Primakov a donné lieu à de très forts rythmes de croissance, qui se sont par la suite ralenti quand les effets immédiats de cette réaction se sont affaiblis.
        (b) La hausse des prix mondiaux des hydrocarbures a engendré à partir du 2ème semestre 2002 une nouvelle accélération de la croissance. Mais, cet effet a commencé à s’estomper au printemps 2005.
        (c) Les politiques interventionnistes mises en œuvre à partir de l’automne 2005 ont engendré une troisième phase, qui s’est manifestée dans toute sa force durant l’hiver 2006-07 et dans le premier semestre 2007.

        Ces nouvelles logiques se caractérisent par une croissance qui désormais s’accompagne d’un véritable phénomène de développement, mais aussi par l’émergence des éléments d’un régime d’accumulation stabilisé qui pourrait caractériser la période post-transition

        Si la Russie connaît depuis plusieurs années une forte croissance, les sources de cette dernière sont a rechercher essentiellement dans le développement de la consommation – portée depuis 2005 par l’émergence du crédit à la consommation jusque là inexistant – et par l’investissement. Contrairement aux analyses superficielles souvent véhiculées sur la Russie, les exportations n’ont pas de rôle direct dans cette croissance. En effet, la contribution globale du commerce extérieur est négative.
        Il faut ici rappeler que la valeur des exportations est très faible en 1999, année où la croissance reprend après une crise continue depuis 1990. Ainsi, pour cette première année de croissance la valeur totale des exportations atteint 84,6 milliards de Dollars US, alors qu’elle atteignait 102,96 milliards de dollars en 1996, année où le PIB a continué de se contracter. Il faut attendre 2003 pour voir le montant des exportations commencer à s’envoler au-dessus des niveaux des années 90. Il est par contre incontestable que le solde de la balance commerciale s’est fortement accru entre 1997 et 1999. Ceci fut le résultat avant tout de la dévaluation réussie d’août 1998, à la suite de la crise financière, qui a permis de rétablir la compétitivité des producteurs en Russie."

        Je pense que l’on peut et doit faire bien des critiques à l’action du gouvernement russe. Je n’ai jamais caché les miennes, en particulier sur la frilosité du Ministère des Finances et la politique sociale. Mais, le tableau que vous ddressez de la Russie fin 2007 est une fantaisie impressionniste, sans fondements réels.
        Ce texte, je l’espère, ne sera pas connu en Russie car il discréditerai encore plus les observateurs occidentaux.

        Jacques SAPIR
        Directeur du CEMI-EHESS
        Directeur d’études à l’EHESS et professeur invité à la Moskovskaya Shkola Ekonomiki

        •  
          4 janvier 2008 à 22:08

          Cher monsieur,

          Je n’ai que quelques brèves remarques remarque à opposer à votre vibrant plaidoyer pour la Russie de Vladimir Poutine.

          - Il ne suffit pas de se citer pour avoir raison. Mais rassurez vous, je vous connais et vous ai lu.
          - je fréquente ce pays depuis largement plus de temps que vous
          - Je ne suis pas un "observateur" mais un journaliste, c’est peut-être une différence essentielle.
          - Je vous trouve, au minimum, naïf de faire confiance aux statistiques du gouvernement russe, statistiques qui n’ont en commun avec celles du régime communiste que d’être fantaisistes et instruments de propagande
          - Vous ne devez pas souvent vous aventurer en dehors de Moscou "la riche".
          - Il est possible de faire dire n’importe quoi aux moyennes qui cachent en général la misére (en France comme en Russie ou en Chine).
          - Je vous invite à fréquenter les marchés de la banlieue (si vous n’allez pas plus loin pour cause d’enseignement) et un jour ceux de province.
          - Je trouve étonnant que vous n’évoquiez pas l’état de la démocratie et de la presse. Mais ce n’est sans doute pas le rôle d’un "observateur"...

          Cordialement

          Claude-Marie VADROT

          cmv

          •  
            7 janvier 2008 à 17:17

            Cher Monsieur,

            Votre réponse montre que vous n’avez aucune idée des sujets que vous traitez, ce qui me semble très inquiétant chez un journaliste.

            Pour les statistiques, elles sont aujourd’hui très correctes et je travaille depuis assez longtemps tant sur l’URSS (allez donc relire ma thèse d’Etat et vous verrez ce que c’est de décortiquer des statistiques) et sur la Russie (ou j’ai enseigné et j’enseigne régulièrement pour savoir comment elles sont constituées.
            Ma profession d’économiste me met en contact avec les responsables du Goskomstat puis du Roststa et j’ai même dirigé, en tant que responsable de recherches un projet entre l’INSEE et le Goskostat dans les années 90.
            Aujourd’hui, l’avis des collègues de l’INSEE est que le système statistique russe est fiable , mais si vous prétendez être plus compétent que l’INSEE nous entrons dans un domaine interessant...Vous devriez aller leur donner des leçons. Mais bien sur, vous n’oserez jamais prétendre publiquement que votre science dépasse celle de tous les professionnels sur cette question....

            Je vais régulièrement hors de Moscou. Si vous vous donniez la peine d’alller sur le site du CEMI-EHESS et de regarder la page consacrée au séminaire Franco-Russe (qui fonctionne depuis 1991) vous verriez que nous avons fait des missions à Rostov, Kislovodks, Stavropol, Majkop et Vologda, rien pour ces toutes dernières années. Nous animons aussi avec les collègues russes un séminaire sur les problèmes régionaux et nous avons toutes les données à notre disposition (ainsi que les moyens à travers les études de panel de l’IPEN-ASR de vérifier leur validité).
            j’ai personnelemnt eu la possibilité de visiter l’Oural mais aussi tambov et Lipetsk dans le cadre de nos études. Les chercheurs travaillant sous ma direction se rendnt régulièrement en Sibérie comme en extrême-orient russe (où nous avons une coopération avec l’institut d’études économiques de Khabarovsk, soit encore des "truqueurs de statistiques" à vous entendre).

            Je le dis à nouveau, on peut faire nombre de critiques à l’action de V. Poutine. Mais affirmer que la situation ne s’est pas énormément améliorée depuis 98 est un mensonge aussi énorme qu’impudent.
            Il reste beaucoup à faire en Russie et de cela personne de raisonnable ne doute. mais la russie connait un processus de reconstruction similaire à celui que la France à connu à la fin des années 40 et dans les années 50.

            Tout journaliste a le droit à sa part de subjectivité et je ne critique pas cela.
            Encore faut-il que cette subjectivité porte sur le réel et non sur une reconstruction fantasmatique, ce qui est votre cas.
            Nous sommes très loin du journalisme mais dans ce que mon père appelait "Funken Propagand".
            la suffisance de vos propos et votre mauvaise foi font plus que toutes les mesures dictatoriales pour discréditer le noble métier de journaliste et je maintiens que pour moi vous ètes un "observateur" car les journalistes me semblent devoir avoir d’autres critères de vérification et de sérieux que ceux dont vous venez - hémlas - de faire la preuve.

            JS

            •  
              7 janvier 2008 à 19:39

              Cher monsieur,

              Point final à la discussion, je vous laisse à vos certitudes et à votre thèse. Ainsi qu’au retour programmé de l’URSS. A votre silence assourdissant sur les libertés et la presse et aux nouveaux Riches qui sont les seuls à profiter de votre enthousiasme économique.

              cmv

              •  
                8 janvier 2008 à 22:36

                Monsieur Vadrot, vous êtes l’illustration parfaite d’une phrase de Briand (je crois) qui disait "Une vérité est un mensonge qui a longtemps servi" ou d’une formule attribuée à Saint Mathos :"Je ne vois que ce que je crois".

                Vos certitudes qui résistent à toute remise en cause, même argumentée et etayée par le meilleur spécialiste français de l’économie russe -que j’ai entendu dans des interventions radiophoniques plutôt critique sur l’état de la démocratie en Russie dont il fait remonter la dégradation au bombardement de la Douma en 93 par Eltsine-ne pourront visiblement être ébranlées par une quelconque et vulgaire évidence.

                Je voudrais, cependant, vous poser une question. Si vous suivez l’actualité russe, vous savez que ces derniers mois plusieurs constructeurs automobiles ont décidé d’implanter des usines en Russie : Renault, Peugeot,
                Mitsubishi et Fiat. Ils ont déclaré que le marché russe était le plus prometteur pour les années à venir.

                Croyez-vous que toutes ces automobiles vont être achetées par des oligarques, qu’elles seront vendues à l’exportation alors que le "coût de la main-d’oeûvre" y est plus élevé que dans tous les pays de l’est ( Si vous ne faites pas confiance à Jacques Sapir, reportez-vous aux mensuels économiques "Capital" et "L’expansion"), ou que ce n’est qu’une vaste entreprise de désinformation destinée à contredire votre vision définitivement misérabiliste de la population russe ?

                En ce qui concerne la liberté et la presse , le silence n’est assourdissant
                que pour ceux qui se bouchent les oreilles. Souvenez-vous qu’à l’époque de De Gaulle l’opposition parlait de dictature, que Mitterand publiait "Le coup
                d’Etat permanent", et prenez un peu de distance.

                Alexandre Kastals

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