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Par Denis Sieffert - 21 juin 2012

Et maintenant, justice sociale !

Un proverbe arabe le dit : il faut accompagner le menteur jusqu’à la porte. Rien ne sert d’instruire des procès d’intention ou de jouer les Cassandre, il faut y croire ou faire mine d’y croire. Seule compte la preuve par l’expérience. Pour nous, l’heure est donc aux encouragements. Depuis dimanche, François Hollande dispose d’une confortable majorité à l’Assemblée nationale. Avec la quasi-totalité des Régions, et le Sénat, il a les « pleins pouvoirs ». Quelque chose comme l’article 16, cher au général de Gaulle, mais version démocratique. Le voilà armé de pied en cap pour mener l’assaut contre cet ennemi sans visage et sans nom qu’il dénonçait pendant la campagne électorale : la finance. Et pour répondre à l’attente de nos concitoyens qui veulent plus, beaucoup plus, de justice sociale. Deux épreuves de vérité sont inscrites au calendrier des prochaines semaines. Nous aurons tout d’abord le fameux sommet européen de Bruxelles, les 28 et 29 juin. Le président français, fort de sa confortable majorité, parviendra-t-il à faire modifier le traité « Merkozy » (lequel, entre autres aberrations, soumet les politiques budgétaires à une Commission européenne qui n’a aucune légitimité démocratique) ?

On attend avec une impatience mêlée d’inquiétude cette nouvelle rencontre avec Angela Merkel, préparée ces jours-ci par une série de rendez-vous bilatéraux. Le deuxième test s’inscrit dans le périmètre de la politique française, quoique non dépourvu, comme on va le voir, d’incidences au-delà de nos frontières. C’est la réforme fiscale promise par le candidat Hollande (1). Elle devrait être présentée lors d’un prochain conseil des ministres, puis débattue au Parlement au cours de la session extraordinaire du mois de juillet.

On guettera une rupture franche avec la politique fiscale de la droite, qui a utilisé l’impôt pour alléger la contribution des riches, et a créé une myriade de taxes pour accabler le petit consommateur. C’est toute une philosophie de revalorisation – d’abord morale – de l’impôt, comme instrument de redistribution et ciment d’une collectivité, qu’il faut réinventer. À l’occasion de ces deux tests difficiles, on espère surtout une rupture avec la fâcheuse tendance historique des socialistes au renoncement. Pour reprendre notre proverbe arabe, le « pas de la porte » n’est donc pas très loin. Et l’heure venue de tenir des promesses, d’ailleurs modestes. Après tout, il n’est jamais exclu que le « menteur » dise la vérité. Un mauvais présage tout de même : quelques ministres socialistes ont fait chorus avec la droite et la plupart des commentateurs au sujet des élections grecques.

On a retrouvé là un mauvais parfum de référendum européen de 2005. La menace d’une victoire de la gauche radicale, représentée comme la nouvelle Apocalypse, a recréé une connivence néolibérale. Comme si le chaos, ce n’était pas, au contraire, ce que la troïka (FMI, Banque centrale européenne et Union européenne) impose au peuple grec. Et comme si le retour au pouvoir d’une droite en partie responsable de la faillite du pays ne constituait pas le vrai désastre. On voit bien en Grèce que se redessinent les contours d’une ligne de fracture déjà maintes fois entrevue un peu partout en Europe, avec l’association de la droite et du Parti socialiste (Pasok). En l’occurrence, il fallait à tout prix isoler la gauche radicale, Syriza, qui, avec 26,9 % des voix, recueille un score à faire pâlir d’envie Jean-Luc Mélenchon. Les mots ici en disent long sur la nature de cette Europe « rassurée » par la victoire d’une droite favorable à l’austérité. On frémit à l’idée que cette ligne de fracture, qui place du même côté la droite libérale et les socialistes, pourrait se reformer en France à la faveur des débats européens.

Au fond, si notre Parti socialiste – qui n’en pense pas moins quand il s’agit de la Grèce – se tient à bonne distance de la droite, c’est peut-être surtout parce que celle-ci est vraiment infréquentable. Malgré des accointances économiques, le bipartisme à la française reste donc conflictuel. Ce qui est un gage de démocratie. Mais le consensus néolibéral se reforme trop souvent à l’échelle européenne, là où les peuples n’ont guère droit de regard. Voilà donc la grande question : même avec tous les leviers de la politique française, François Hollande va-t-il faire face sur la scène européenne ? Nous avons eu, lundi, une petite idée de l’âpreté du combat, et de la belle solidarité qui caractérise l’Union européenne, en entendant David Cameron. Le Premier ministre britannique s’est empressé de tirer dans le dos de François Hollande en offrant le gîte et l’exonération fiscale aux entreprises françaises que le nouveau président propose de taxer un peu plus sur leurs profits. Au-delà de la grossièreté du procédé, c’est un avertissement pour nos socialistes. Ils ne s’en tireront pas en dehors d’un aggiornamento sur la question européenne. Pour que l’Europe devienne un tant soit peu sociale, on n’évitera pas quelques vrais coups de gueule. Avec Mme Merkel et M. Cameron, tout n’est pas possible par le consensus. La droite libérale européenne, elle, n’est pas très consensuelle. C’est là que l’histoire, et les Français, attendent M. Hollande « sur le pas de la porte » (proverbe arabe…).

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