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Et pendant ce temps-là…

jeudi 27 novembre 2008, par Denis Sieffert


L’affirmation peut paraître déraisonnable, ou quelque peu… décalée. Plutôt que ce « ça bouge à gauche », claironné à la une de ce journal, on aurait mieux vu « ça magouille à gauche », ou « ça tripatouille ». C’est que, pour le commun des téléspectateurs, « la gauche », c’est le Parti socialiste. Lequel n’en finit pas de tourner en rond selon le plus vaudevillesque des scénarios. Nous avons dit la semaine dernière ce que nous pensions de cette situation, des enjeux qui, malgré tout, se profilent derrière le ridicule. Mais la gauche est aussi ailleurs, si tant est qu’elle soit encore là. Elle n’est pas exclusivement une notion de topographie parlementaire, née d’une séance à l’Assemblée un certain 28 août 1789. Elle a toujours été aussi dans la rue. Comme ces jours-ci aux côtés des postiers, des enseignants ou des personnels de l’audiovisuel public. Et partout où l’on réfléchit à d’autres politiques que celle – dramatique – de l’accompagnement des logiques libérales. Et, de ce point de vue, oui, « ça bouge » vite et fort. Peut-être parce que les effets de la crise sont là et qu’il faut y résister, et qu’un sentiment d’urgence habite tous ceux qui ne sauraient admettre que les salariés paient l’addition des frasques de la finance. Mais ça bouge aussi parce que beaucoup se posent en ce moment – mais est-ce un hasard ? – la question de créer une nouvelle force politique. Voilà qu’en trois mois à peine tout aura changé dans cet espace que l’on nomme par facilité « la gauche de la gauche », mais qu’il faut peut-être tout simplement appeler « la gauche ».

Qu’on en juge. Fin janvier, c’est la vieille Ligue communiste révolutionnaire, née en 1968, qui aura vécu. Son héritage sera repris et transformé – c’est du moins le vœu d’Olivier Besancenot et de ses camarades – avec la création du Nouveau Parti anticapitaliste. Célèbre déjà avant d’exister. Et avant même d’avoir un nom ! L’un des défis qu’il se donne et qui n’est pas le moins passionnant : offrir une organisation politique à des jeunes jusque-là rebutés par les formes anciennes, ou tout simplement indifférents à un monde qui leur semble étranger. Autre échéance, début février, le premier congrès du Parti de gauche. Et, dès cette fin de semaine, le premier grand rendez-vous du tout nouveau parti de Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, qui tient meeting à Saint-Ouen. Ce « PG » est un événement rare dans notre paysage politique : il est la conséquence d’une rupture d’avec le Parti socialiste. On découvrira dans l’entretien que nous a accordé Jean-Luc Mélenchon quelques surprises qui témoignent d’un réel esprit d’ouverture sur des questions que l’on pouvait craindre parfois enterrées sous le « logiciel » républicain. Autre échéance encore, la perspective toute proche d’une fédération associant les Communistes unitaires (voir là aussi notre entretien avec Gilles Alfonsi), les Alternatifs, héritiers du PSU, et les Collectifs antilibéraux issus de la campagne de 2005 contre le traité constitutionnel européen. En attendant, les Collectifs tiennent leur coordination nationale ce week-end à Montpellier.

Pour la fédération, la date n’est pas encore arrêtée, mais les dés sont jetés. Restent deux inconnues : l’évolution de la gauche des Verts et celle du PCF, dont le congrès se tient à la mi-décembre. Mais, dans tous les cas, des mouvements sont encore à attendre. Et à espérer. Si bien que l’on peut dire qu’en quelques mois tout ce champ politique aura été recomposé. Et tous ses acteurs auront renoué un dialogue indispensable. Qui donc pourrait nier que « ça bouge à gauche » ? Soit. Mais rien n’est dit cependant de ce qui va advenir. Il y a là des familles de pensée, des cultures, des formes et des traditions politiques si différentes, et qui, naturellement, se dotent de formes d’organisation qui leur correspondent. La grande question, nous le savons, est l’aptitude de chacun de ces ensembles à travailler avec les autres ; à penser peut-être des formes d’organisation communes ; à accepter – surtout – de débattre des points apparemment les moins discutables de leurs doctrines. La question de la décroissance, celle d’une citoyenneté rénovée qui repenserait notre rapport aux étrangers et aux immigrés, celle du nucléaire… Pour ne citer que quelques exemples. C’est à ce travail de fond que nous nous efforçons de contribuer avec l’Appel de Politis. Beaucoup encore est à faire. Voilà donc le double impératif : se rassembler sans attendre face à la crise, et débattre de ce qui fait divergence et différences, sans jamais que cela divise. À chacun ensuite de décider où il met l’accent dans son discours : sur ce qui réunit, ou sur ce qui oppose. Ou bien le nouveau champ politique, à peine redessiné, va se balkaniser. Ou bien chacun fera les concessions nécessaires pour permettre l’éclosion d’une nouvelle force de gauche qui comptera. Les élections européennes du mois de juin prochain auront à cet égard un double enjeu : faire élire des députés de la gauche antilibérale ; mais aussi créer une nouvelle dynamique. Et, pendant ce temps-là, les socialistes « récolent ».

9 Messages de forum

  • Et pendant ce temps-là… 27 novembre 2008 09:19, par black bird

    c’est pas pour jouer les rabats - joie ... mais souvenons - nous de 2006 où toute cette mouvance a été infoutue de s’entendre pour constituer une véritable alternative à la droite et aux socialistes. avec le résultat qu’on sait .... et qu’on subit tous les jours !! on fera pas du neuf avec des vieux !!

  • Pour un front commun 27 novembre 2008 11:19, par Saint-Léon-des-Soviets

    Difficile de partager entièrement l’optimisme de Denis Sieffert. Dans l’Express de cette semaine la réponse d’Olivier Besancenot à l’invitation de Jean-Luc Mélenchon n’incite pas du tout à penser que l’on va enfin assister un effort de fédération, à la création d’un front uni même aussi provisoire que limité à la simple campagne pour les élections européennes. Et l’on voit bien, à travers les propos d’Olivier, que la LCR relookée se considère toujours comme seule détentrice de la clé du paradis. Et la seule organisation à avoir raison contre tous les autres qui ne sont que des crétins bêtes à manger du foin qui ne comprennent rien. Exactement comme en 2006.

    Il faut être clair et précis. Oui, il semble qu’un front commun se dessine pour les européennes. Qui regrouperait le PG, le PC et sans doute les Alternatifs, des alters et des écolos en rupture de ban.

    Mais il me semble quelque peu illusoire d’espérer y voir la LCR. Et ce n’est pas très étonnant. Nous devons tout de même nous rappeler que Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs n’ont jamais envisagé le moindre front. L’efficacité au service des travailleurs contemporains n’est pas leur souci puisqu’ils travaillent à la construction d’une organisation capable de prendre le pouvoir dans un siècle futur. Et la LCR, ou le NPA, vient de cette même famille de pensée. Une famille partagée entre trois partis et une myriade de groupuscules qui pensent trop de mal les uns des autres pour pouvoir se rapprocher même seulement pour les élections.

    En voilà une bonne question : pourquoi ne parle-t-on jamais d’un éventuel front commun de tous les trotskistes ?

  • Et pendant ce temps-là… 27 novembre 2008 16:17, par fred

    La LCR ne sera pas dans ce front parce qu’elle n’existera plus. Le NPA y sera peut-être. La LCR n’a aucune clé du paradis mais un projet à défendre, qui est différent du projet mené par Mélenchon ou les Collectifs. Il est par ailleurs trop tôt pour tirer des conclusions, Saint-Léon.

  • Et pendant ce temps-là… 27 novembre 2008 18:35, par Claude

    Je comprends parfaitement que Besancenot se méfie de Mélenchon dont le nouveau parti "La Gauche" se veut dans la lignée de la "Linke" allemande !! On a vu ce que ça donne à Berlin où ce parti cogère la ville avec le SPD qui y mène une politique de casse sociale ! Je soupçonne Mélenchon de simplement vouloir doubler le PS sur sa gauche pour en temps voulu lui servir de force d’appoint électorale.

  • Et pendant ce temps-là… 27 novembre 2008 19:25, par temps

    Je doute fortement que ce qui est né en 1793 et non pas 1789 ait un rapport avec les politiciens dit de gauche aujourd’hui. Autant les premiers créaient le plus grand sommet de l’histoire et imaginaient un monde au service des hommes tout en énonçant que la seule richesse d’une Nation, c’est les hommes qui la composent, autant les seconds défendent un système monarchique avec un qui pense et une multitude qui obéit. L’arbitraire n’est pas né d’hier, mais il est encore visiblement dans l’air du temps d’aujourd’hui. Cordialement

    Voir en ligne : http://fr.youtube.com/watch?v=bjBU8...

  • Et pendant ce temps-là… 28 novembre 2008 10:36, par lulucastagnette

    c’est plutot la pagaille généralisée que le recomposition. Vous ferez mieux d’ouvrir les yeux les journalistes plutôt que nous lancer vos nième incancations pour la gauche de la gauche et le rassemblement.

  • Aubry = Royal = Blair ! 28 novembre 2008 11:28, par Sudiste

    (.....) En votant pour Ségolène Royal malgré l’opposition de tous les autres leaders du PS, 50 % des militants estiment que le clivage Gauche-Droite est dépassé et que l’avenir de la transformation sociale passe par la mutation du PS en un Parti Démocrate allié au centre-droit. Enfin, si la courte victoire de Martine Aubry est confirmée, c’est celle d’une coalition ambiguë intégrant les plus ardents défenseurs des options libérales, celle d’un front construit sur le rejet de Ségolène Royal et non sur une ligne commune concernant des questions aussi essentielles que le libre-échange ou le Traité de Lisbonne. (.....)

    Extrait du communiqué de Jacques Généreux, ex-membre du Conseil National du PS qui vient de rejoindre Jean-Luc Mélenchon.

    Voir en ligne : Unir

  • melenchon a tort 28 novembre 2008 16:13, par vaudioux

    c’est sympathique la tentative de Melenchon d’imiter Die Linke. Mais ce parti ne peut exister en Allemagne que grace à la proportionnelle à toutes les elections. ? En France , il n’ a aucune chance avec le scrutin majoritaire

  • Et pendant ce temps-là… 29 novembre 2008 18:50, par Alain

    La question des alliances "à gauche de la gauche" n’est pas une question de bons sentiments mais une question politique ! Si des convergences programmatiques et stratégiques existent, il y aura "unité", pas dans le cas contraire.

    Le NPA est notamment un parti "anticapitaliste", c’est-à-dire un parti qui milite pour une rupture avec le capitalisme. Et lorsque l’on prône une sortie du capitalisme, il est difficile d’envisager des alliances avec des partis qui considèrent que ce capitalisme est l’horizon indépassable de l’histoire, et qui situent toute leur action dans le cadre de ce système, comme le PS. C’est une question de cohérence politique. Ne demandons pas à Besançenot et à ses amis d’entrer dans un gouvernement avec Ségolène Royal et Martine Aubry pour privatiser les entreprises publiques ou soutenir les différents traités européens ultra-libéraux !

    Pour ce qui concerne les rapports entre Mélenchon et le NPA, tout dépendra donc des options politiques du premier. S’il s’agit de construire une force de gauche (comme Die Linke) qui est prête à la première occasion de s’allier avec le SPD, pardon le PS, alors il est effectivement douteux de miser sur une unité entre le NPA et le PDG.

    L’unité pour l’unité préconisée par certains, en dehors de tout débat politique de fond, et surtout de tout accord politique consistant, est une arnaque. Car on construirait alors des "fronts" éphèmères, qui éclateraient à la première bourrasque politique...

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