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Par Michel Soudais - 15 avril 2009

Européennes : la grève des urnes se dessine

Gros émoi chez les bien-pensants, qui pensent d’ailleurs moins qu’ils ne sont politiquement corrects : une abstention record menace, paraît-il, les élections européennes ! Elle pourrait atteindre 66%, à en croire un sondage Eurobaromètre réalisé dans 27 Etats membres. À ce niveau, ce ne serait plus de l’abstention mais une grève des urnes.

Le journal de Laurent Joffrin, le premier, a lancé l’alerte. Sans attendre la fin de la trêve du week-end pascal, son correspondant à Bruxelles a dévoilé les principaux résultats de cette enquête d’opinion lundi avant même sa publication officielle. Depuis la panique gagne tous les sites eurobéats. Au point que Bruno Lemaire, notre sous-ministre aux Affaires européennes, en était réduit mardi matin à recourir à la méthode coué pour rassurer les auditeurs de France inter. Ce crâne d’œuf qui a succédé au « « « socialiste » » » Jean-Pierre Jouyet, parti se préserver de la vie chère à la présidence de l’Autorité des marchés financiers, espère qu’il n’y aura pas 66% d’abstention. Mais les moyens envisagés et les arguments mis en avant laissent songeur. A l’entendre, c’est aux partis politiques de convaincre de l’importance de cette élection dont il réduit l’enjeu au fait de savoir si l’on aura ou non une Europe forte.

C’est le rôle des partis de montrer l’enjeu.

On peut être surdiplômé et avoir les idées courtes. A la décharge de notre petit secrétaire d’Etat, notons toutefois que les renseignements fournis par l’Eurobaromètre sur les motivations de cette (possible) abstention restent à la surface de la réflexion des électeurs. Les raisons de leur désintérêt rapportées par Jean-Michel Quatremer sont d’abord :
- l’ignorance du rôle des députés européens (64 %) et des affaires européennes (59 %) ;
- le sentiment que leur vote ne changera strictement rien (62%) ;
- le sentiment encore que le Parlement ne s’occupe pas de la vie de tous les jours (55%) ;
- l’opposition à la construction communautaire (20%).

Comme lors d’une précédente enquête qui avait donné lieu, l’an dernier, à une journée d’étude à Bruxelles que j’avais relatée sur ce blog, les sondeurs et leurs commanditaires (la commission ou le Parlement européen) s’aveuglent en imaginant que le désengagement des électeurs ne serait dû qu’à leur ignorance et au désintérêt des médias pour la politique européenne.

D’abord parce que l’abstention croissante aux élections européennes est révélatrice d’une crise politique. Depuis 1979, date de la première élection de cette institution au suffrage universel, la participation électorale n’a cessé de décliner jusqu’à devenir préoccupante, il y a une dizaine d’années déjà, en passant sous la barre des 50%.

Participation aux élections européennes.
Participation aux élections européennes.

En trente ans, à chaque élection ou presque, le Parlement européen a vu croître ses attributions et donc le pouvoir de ses élus. Comment se fait-il que le renforcement du parlement dans les institutions européennes s’accompagne d’une désaffection des électeurs ? A cette question, je ne vois de réponses que politiques. Soit les électeurs se rendent compte par eux-mêmes que l’accroissement des pouvoirs de leurs élus n’est pas aussi déterminant qu’on veut leur faire croire. Soit ils estiment que leurs représentants ne les représentent plus, une fois élus à Strasbourg.

Cette dernière hypothèse s’est considérablement renforcée ces quatre dernières années avec le bras d’honneur adressé par les élites européennes (j’y inclus la grande majorité des eurodéputés) aux peuples français, néerlandais et irlandais. Les deux premiers, consultés par référendum, ont rejeté le traité constitutionnel européen et se sont vus imposer en retour un traité de Lisbonne qui n’en est que la copie. Les derniers ayant à leur tour dit non à ce texte de remplacement sont sommés de revoter. Difficile, après ça, de croire encore en une démocratie européenne.

Et ce ne sont pas les propos de Bruno Lemaire qui convaincront les électeurs d’aller aux urnes. Car, interrogé sur ces deux points, le petit soldat de Nicolas Sarkozy a botté en touche.

Bruno Lemaire : Le non-respect du vote des peuples dans les référendums n’a rien à voir.

Comme tous les responsables européens, M. Lemaire fait mine de déplorer l’abstention mais s’en accommode. Comment peut-il croire un instant que les partis politiques qui, dans l’hémicycle européen, font bien souvent le contraire des discours qu’ils tiennent dans l’hexagone (c’est le cas de l’UMP, du MoDem, du PS mais aussi des Verts, ce que je ne manquerai pas de rappeler, preuves à l’appui, d’ici au 7 juin) seraient capables de remobiliser des électeurs de plus en plus tentés par la grève du vote en raison de leur comportement ?

L’abstention n’est pourtant pas la solution. Et puisqu’il faut justifier l’utilité de glisser un bulletin dans l’urne, j’en donnerai ici seulement deux (bonnes) raisons.

Il y a une semaine, le Medef organisait autour du président de sa Commission Europe, Jérôme Bédier, par ailleurs président de la Fédération du Commerce et de la Distribution un petit déjeuner de presse autour de l’idée que « L’élection de 2009 au Parlement européen est une occasion à ne pas manquer ». Si le Medef le dit, il n’y a pas de raison de lui laisser le champ libre. C’est déjà une première motivation.

Quelles que soient les déficiences démocratiques indéniables des institutions européennes [1], le Parlement européen est encore la seule institution européenne démocratique puisque élue au suffrage universel des peuples qui composent l’Union européenne. Sans être extraordinaires, ses pouvoirs ne sont pas minces et si nos eurodéputés n’en usent que rarement, c’est moins l’institution qui est en cause que leurs choix politiques (ou leur couardise). Il importe donc, c’est la deuxième raison de ne pas s’abstenir, que les citoyens en désaccord avec les décisions prises par les députés européens usent de la seule arme dont ils disposent, le bulletin de vote, pour changer leurs représentants et mettre à leur place des élus plus à leur goût. Des députés qui ne se contenteront pas de dire que le Parlement européen a peu ou pas assez de pouvoirs pour s’excuser de ne rien pouvoir faire contre l’allongement de la durée du travail, les délocalisations, la mise en concurrence des travailleurs européens, le démantèlement des services publics, ou le réchauffement climatique. Mais qui sont prêts à user de tous les moyens que leurs accordent ce « peu » et ce « pas assez » pour rompre, par leur action et par leurs votes, avec la logique libérale qui imprime toutes les décisions de l’Union européenne.


Notes

[1] L’internaute curieux peut consulter à ce sujet le texte d’une conférence, « L’Europe contre ses peuples », que j’ai prononcée devant l’Université populaire et républicaine de Marseille, fin 2007.

Commenter (19)

Commentaires de forum
  • Kat i kat 19 avril 2009 à 11:37

    Bonjour,
    Merci pour ce point de vue. Je pense cependant qu’user du droit de vote "mise en scène pseudo démocratique" revient à donner du crédit aux eurodéputéEs. Ceux-la même qui ont fait fi de la volonté des peuples français, neerlandais et irlandais... Et des autres aussi !
    Si effectivement l’abstention risque d’atteindre des records, les éluEs le seront avec le soutien de combien d’électeurs ? 10 ou 20 %, ce qui ne leur octroie aucune légitimité populaire.
    Quant aux conseils du MEDEF, je n’ai pour habitude de les suivre... Bien au contraire, cela représente un élément de plus pour boycotter cette mascarade démocratique à l’heure où de toutes façons, l’Europe éclate, élections ou pas. Ce n’est pas de cette Europe technocrate que nous voulons mais une Europe des peuples... Y’a encore du boulot !! Et ça ne se fera pas en élisant des candidatEs qui se bataillent pour la première place.

    NB : le lien vers le document "l’Europe contre ses peuples" ne fonctionne pas.

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  • Michel Soudais 19 avril 2009 à 11:53

    Merci de me l’avoir signalé. Le lien fonctionne désormais.

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  • 19 avril 2009 à 21:45

    en attendant, personne ne parle de ces éléctions, encore moins de leur enjeu et de quelle europe nous souhaitons construire..
    les médias européens sont trop occupés à vendre la crise et compter les audiences, qui, inquiètes, ne se prennent pas à penser..
    à qui profite ce crime ??
    l’abstention ne sera pas un problême pour les bureaucrates européens qui, au passage, ne demandent pas moins !!
    de mon côté, je voterai pour eva joly, la seule qui ose porter un discours au coeur des réalités des années 2000.. corruption et abus généralisés..

    Il faut que nous nous réveillons !!

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  • 19 avril 2009 à 22:51

    Bonjour Mr Soudais, bravo pour cette analyse mais je ne sais pas si même (en rêvant un peu) en votant pour une majorité de députés anticapitalistes on pourrait refonder tout le système et le rendre humain et solidaire ???
    Peut-être faudrait-il 95 % d’abstention pour détruire cette machine infernale à déréguler et à exploiter les plus faibles et à continuer à les écrasers pour le seul profit des Capitalistes. C’est peut-être bien finalement la Grêve des Urnes au fond !!!. Je ne crois pas du tout que les avancées sociales s’obtiennent par des élections et des Majoritées de Gauche "on en a vu les limites ces 20 dernières années" mais plutôt par de Puissantes Mobilisations Sociales et Radicales et de Grandes Greves Générale. Salutations Fraternelles. j-pierre.
    Notre Site Web : http://npatroyesaube.canalblog.com/

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  • aka 19 avril 2009 à 23:01

    « les partis politiques qui, dans l’hémicycle européen, font bien souvent le contraire des discours qu’ils tiennent dans l’hexagone (c’est le cas de l’UMP, du MoDem, du PS mais aussi des Verts, ce que je ne manquerai pas de rappeler, preuves à l’appui, d’ici au 7 juin) »

    Et c’est avec impatience que personnellement j’attends ces preuves de forfaitures, notamment en ce qui concerne nos chers z’élus verts...

    Merci pour l’article au demeurant, même si je rejoins l’avis d’un précédent commentateur contre le votre, concernant l’abstention massive comme moyen de "dé-légitimation" populaire contre la duplicité des soit-disant "représentants" du peuple.

    « Souviens-toi, le 29 mai 2005 !... »

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  • LN 20 avril 2009 à 00:48

    Une chose est sûre, les partis au pouvoir n’ont aucun intérêt à ce qu’on participe aux votes. Le partage des « postes » se fait sur « c’est gagnable ou pas » et ça se calcule en partant du principe qu’il n’y aura pas la participation surprise des abstentionnistes qui pourraient bouleverser les résultats prévus. Par ailleurs si nous avions voté des députés du « non » aux dernières législatives, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais obtenu la majorité nécessaire au congrès pour permettre la modification constitutionnelle… Les luttes sont certes essentielles mais ont besoin d’un relai politique. On n’a pas encore essayé de voter Front de Gauche aux européennes. Et pour cause ! C’est la nouveauté de ce scrutin : cette année il y a le début d’une unité dans la gauche anticapitaliste

    LN

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  • Le Yéti 20 avril 2009 à 02:23

    ABSTENTION RÉSOLUE !

    "L’abstention n’est pourtant pas la solution"

    Vous avez raison, ce n’est pas LA solution... mais la participation à cette élection sans signification pour une Europe et un parlement européen totalement déconsidérés dans une démocratie dénaturée en est une plus mauvaise encore ! Mon dernier vote pour (ou plutôt contre) leur sale Europe néolibérale a été celui du référendum de 2005. Ils n’en ont pas pas tenu compte. Tant pis pour eux !

    Ça suffit un moment ! Nous sommes arrivés à un point critique de notre histoire, nationale, européenne, mondiale. D’un moment à l’autre, ce monde peut désormais basculer dans la tragédie. On ne peut plus se contenter de faire comme si. D’émettre notre petit cri de protestation périodique dans les isoloirs. De choisir pour le moins pire (mais pire tout de même).

    Personnellement, je ne me déplacerai plus que pour une force alternative sérieuse (je n’en vois aucune au jour d’aujourd’hui).

    Quand la voix des urnes devient inaudible ou inconséquente, c’est celle de la rue qui la remplace. On en connaît les limites, les risques et les dangers. Je serais personnellement un des premiers à regretter d’en arriver là. Mais vient un temps où chacun se devra de prendre ses responsabilités.

    En tout cas, plus la peine de me demander de raccommoder les lambeaux de ce qui n’existe plus, de tergiverser, de faire comme si. Terminé !

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  • Mélenchoniste 20 avril 2009 à 10:42

    Mais si tout le monde fait la grève des urnes, personne ne va voter pour votre parti (pardon, front de gauche) préféré, l’alliance des girouettes et des vieux stals. Tant d’effort de votre part pour rien...

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  • Joe Linux 20 avril 2009 à 12:35

    L’abstention n’est pas la solution ? Non il y en a d’autres... mais c’est encore la moins mauvaise.

    Parce que voter, c’est démissionner. Voter, c’est donner sa voix à quelqu’un d’autre.

    Cela dit, les émois des journalistes sont toujours assez pathétiques...

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  • marie 20 avril 2009 à 13:52

    Please pas d’abstention ! votez pour l’équipe bové joly and co : ce sont les seuls qui pourront peser sur les décisions anti écologiques

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  • rob414 20 avril 2009 à 15:48

    Entre autre il y aurait une liste PPLD (en cours de constitution) .
    PPLD : Parti pour la décroissance

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  • rob414 20 avril 2009 à 15:51

    Bové est allié avec Cohn bendit ,qui n’a rien d’un écolo,
    c’est un libéral opportuniste vaguement verdatre ;Bové je l’aimais bien ,mais sa médiatisation lui monte à la tête.

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  • aka 20 avril 2009 à 23:19

    « Par ailleurs si nous avions voté des députés du « non » aux dernières législatives, Nicolas Sarkozy n’aurait jamais obtenu la majorité nécessaire au congrès pour permettre la modification constitutionnelle… Les luttes sont certes essentielles mais ont besoin d’un relai politique. »

    Moui, c’est ce qu’on fait au premier tour et abracadabra, on se retrouve au deuxième tour sans passer par la case proportionnelle...

    A part ça, retour sur le scrutin "Versaillais" du 4 février 2008 avec décompte précis, ici :
    http://www.assemblee-nationale.fr/1...

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  • troglodix 20 avril 2009 à 23:27

    il est en effet temps d’arrêter de voter pour des pourris qui d’une façon ou d’une autre ne respectent jamais la délégation de pouvoir des peuples et finissent par faire l’inverse de ce pourquoi ils ont reçu mandat et seulement mandat.
    Abstention à 99%, la pêche à la grenouille. Illégitimes : qu’ils le restent.

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  • Joe Linux 21 avril 2009 à 08:16

    Pour mémoire, c’est normal qu’ils ne respectent pas leur mandat : l’article 23 de la constitution française précise : "le mandat impératif est nul" - c-à-d : on ne peut pas élire un député pour faire ceci ou cela précisément. La raison à cela (soi-disant) : parce qu’il ne représente pas ses électeurs mais l’ensemble des français, donc... tout le monde, donc... personne en fin de compte. Ah si, en fait, il se représente lui-même ... et ses amis.

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  • GB 23 avril 2009 à 17:37

    Tant mieux !. Que l’abstention croisse. Que personne n’aille voter pour ce que l’on nomme "l’Europe". Qu’elle crève !
    Nous n’avons pas besoin d’une institution qui depuis ses origines est le bras armé du patronat et l’impérialisme américain.
    Récemment encore, le 23 mars, l’UE a renoncé à un sommet sur l’emploi. Un comble en cette période.
    Cela n’a rien d’un hasard puisque tout ce qui peut permettre d’arracher ses conquêtes au monde du travail est bon à prendre. Et la crise en fait partie.
    Moi je ne voterai plus jamais pour l’Europe. Il faut en sortir et recréer un nouvel internationalisme avec d’autres pays, aujourd’hui le Vénézuela et la Bolivie, demain d’autres.
    L’Europe a été constitué contre le mouvement ouvrier et contre le communisme.
    Hitler en attaquant la Russie soviétique disait défendre la "civilisation européenne". Il n’y a pas de doutes à avoir.
    Aujourd’hui quand on se dit, et qu’on est de gauche, il faut en finir avec l’UE. Les fadaises autour de l’Europe sociale n’amuse plus personne.
    La bête agonise. Achevons-la.

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  • Calagan 24 avril 2009 à 11:31

    C’est marrant comme la plupart des commentaires sont pétris de cette vision dialectique et dichotomique fatiguante (et qui jusqu’à présent n’a pas vraiment produit de résultats très significatifs) consistant à toujours opposer abstraitement telle ou telle alternative, et par exemple ici à rejeter le vote en bloc puisqu’il est censé :
    - Soit légitimer le pouvoir en place et les abrutis cyniques qui l’exercent
    - Soit symboliser la cession de notre pouvoir politique par le biais de la représentation (on vote, donc on ferme sa gueule)

    La gauche européenne (la vraie, celle qu’on appelle "extrême") ne sortira pas de son impuissance et de son absence de créativité tant que ses électeurs ou militants ne se départiront pas de cette attitude psycho-rigide qui frôle la bondieuserie...

    Deux contre-arguments en réponse à ceux des anti-votes :
    - Le pouvoir en place n’a pas besoin du vote pour se sentir légitime (câd pour l’être "en droit"), encore moins pour l’être "en fait". Il lui suffit d’être placé au pouvoir par les votants (à la limite, peu importe leur nombre) pour exercer ce pouvoir sans atermoiement psychologiques ni sentiment éthique de culpabilité. Du moment que c’est légal, peu importe la légitimité. Que Sarkozy eût été élu avec 10% ou 60% d’abstention n’aurait rien changé à son exercice du pouvoir : violent, idéologique, corrompu, illégitime.
    - Voter ne signifie pas forcément que l’on cède sa puissance d’agir politique. Où est le problème ? On peut être hostile à la démocratie de représentation, conscient que nos "représentants" ne vont sans doute pas respecter leur engagement, tout en préférant des écolos ou des gauchos à Bruxelle plutôt que des libéraux. On peut aussi voter pour ces types là et en même temps aller manifester et foutre le bordel quand ils ne respectent les raisons qui nous ont fait voter pour eux.

    En résumé, il me semble que refuser le vote en bloc me semble être une erreur stratégique, clairement déterminée par des satisfactions symboliques personnelles ("je ne vote pas, je suis intègre", "je suis anar", "je suis contre le système"... etc.) qui n’engagent que la foi qu’on leur accorde.
    je n’ai jamais compris la distinction exclusive des anars entre le vote et la militance ou l’organisation directe.
    Le vote est un pouvoir (certes limité) qui peut être manipulé ou utilisé stratégiquement. Comme tous les pouvoirs, il n’est pas tout blanc, mais il n’est pas non plus tout noir. Le Parlement a peu de pouvoir face à la Comission, et les députés font généralement plus attention aux lobbys qu’aux électeurs. Pourquoi ne pas donner ce sens restreint et pauvre (mais réaliste) à l’acte de voter : un petit acte de lobbying, qui ne va pas changer la face du monde et dont il ne faut pas tout attendre, mais qui constitue une des manières d’agir politiquement dans nos sociétés. C’est une conception pragmatique, machiavelienne si vous préférez, du vote.
    Rien n’empêche les votants de continuer à militer ou agir politiquement, et même de critiquer l’action politique qu’ils ont contribué à installer.
    Cette conception de la démocratie, malheureusement assez populaire, qui affirme qu’après le vote on doit respecter tout ce que font les dirigeants est à la fois stupide, idéologique (elle est évidemment utile à l’exercice du pouvoir) et fausse historiquement et philosophiquement (chez Spinoza, le contrat social n’est en aucun cas une aliénation totale de la puissance d’agir et du droit naturel).

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  • sergio 26 avril 2009 à 14:57

    Souvenez-vous des paroles de cette chanson de Jacques Prévert : « …Je suis comme je suis, etc. … » et Jacques ne manquait jamais d’ajouter : « …Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je m’en fou !… »
    Je suis anar ? La belle affaire, Victor Serge, est mort miséreux et indigent, et avait la pudeur de laisser aux autres le jugement de ce qu’il pouvait-être !
    Machiavel, son but inavoué, était d’équiper le peuple (dans une fable à l’italienne celui-ci (le peuple) était représenté par des moutons) de crocs d’acier. Votre Machiavélisme est tout autre, si vous préférez …
    Maintenant pour répondre aux donneurs de leçon, l’abstention est éminemment politique, bien sûr, atteindre ou dépasser les 70% d’abstention permettra d’invalider ces pseudo-élections. C.Q.F.D. Le reste, tout le reste ne sont qu’arguties, cuisine électoraliste et bla,bla,bla.
    Quant à votre "analyse de la stratégie/tactique, il existe trois ou quatre ouvrages essentiels sur le sujet, que ce sont empressés de lire (attentivement ?) les flics, les militaires, les décideurs (managers et autres) de tous poils, qu’ils n’ont pas forcément bien assimillé (heureusement pour nous d’ailleurs), mais qu’ils ont lu, eux !

    A bon liseur !

    PS : bravo à vous (l’équipe de la rédaction de Politis), vous faites un excellent travail, et pour l’instant toujours autant de plaisir à vous lire, merci à vous toutes et tous.

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  • Calagan 26 avril 2009 à 20:23

    @Sergio
    Je comprend bien votre point de vue, mais vous n’avez pas l’air de comprendre le mien.
    Le gros problème dont vous n’avez pas l’air d’avoir conscience, c’est qu’aucune loi n’existe, française ou européenne, qui invalide un vote en cas d’abstention trop élevée. Si l’abstention est "éminemment politique", comme vous le pensez, c’est très subjectivement par rapport à votre conception personnelle de la chose, mais certainement pas par rapport au pouvoir qui s’en fout comme de l’an 40 : il s’en fout tellement que loin de reconnaître à une abstention élevée la possibilité légale "d’invalider ces pseudo-élections", il a toujours pris soin d’éviter d’inscrire ce type de lois dans la constitution.
    Si vous arriviez à imposer le vote d’une telle loi (en faisant pressions sur vos représentants par exemple – excusez l’ironie), alors votre point de vue par rapport au vote serait cohérent. En l’état, il me semble très personnel et subjectif.
    Et il a le désavantage de laisser l’initiative aux decideurs et managers dont vous parlez, puisque vous laissez votre vote à d’autres qui n’ont pas forcément le même idéal progressiste que le votre – pour lequel j’ai par ailleurs du respect et de l’intérêt quand il n’est pas représenté ou professé par des individus à l’esprit obtus…
    A bon entendeur

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