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Par Patrick Piro - 20 janvier 2012

Eva-François, la non-rencontre de Nantes

Joly et Hollande en campagne, le même jour, dans la capitale de la Loire-Atlantique : ils n’ont rien à se dire. Pour le moment. Reportage.

Même train au départ de Paris, même visite programmée à la Biennale internationale du spectacle, même lieu de déjeuner : l’entourage de François Hollande et d’Eva Joly jure que les deux candidats n’ont pas fait exprès de faire coïncider leur déplacement de campagne à Nantes, ce jeudi 19 janvier. Dans son wagon, Eva avoue qu’elle n’a croisé François qu’une seule fois jusqu’alors : le 14 juillet dernier, sur le champs de Mars. Elle venait d’être investie par son parti EELV, il se préparait à la primaire socialiste. On se souvient qu’Eva avait tiré la couverture à elle ce jour-là : on n’a parlé que de sa sortie sur l’abolition du défilé militaire.

Les négociations électorales PS-EELV, qui firent tant de remous en septembre dernier, ne leur a pas donné l’occasion de reprendre langue. Eva, mise à l’écart de la cuisine des négociations, avait déclaré que l’accord ne la faisait « pas rêver », et que les socialistes, sous influence du lobby nucléaire, étaient « du bois dont on fait les marionnettes ». François s’est montré sur la même ligne, finalement : il s’est assis sur l’accord, expliquant qu’il n’en appliquerait que « l’essentiel » — trois fois rien.

Début janvier, la candidate reconnaît au candidat le statut du « champion » des anti-sarkozystes.L’écologiste baisse, dans les sondages ; Dany Cohn-Bendit dit tout haut qu’il hésiterait à voter « utile » (Hollande) au premier tour. Mais elle s’en moque, elle ira « jusqu’au bout », pas question de se retirer avant le premier tour : « Nous sommes des compétiteurs, chacun cherche à faire valoir sa différence ». Nantes vaut bien un salut républicain. Il aura lieu sur le quai de la gare. Les deux marchent l’un vers l’autre, se claquent une bise. Un petit maelström s’empare de la troupe des journalistes… Et alors, Mme Joly ? « Je lui ai dit que c’était intéressant d’être présents le même jour dans le même département… » François repart avec une nuée de photographes et de caméras. Avec Eva, deux journalistes. Dans le hall, il sort par la grande porte, elle par la petite. Nouveau croisement sur le parvis, pour une deuxième poignée de secondes. « Il n’y a rien d’exceptionnel, vous savez », commente-t-il. Vers elle, amusé : « Tu as un véhicule ? Tu veux que je t’emmène dans le mien ? Bonne campagne ! »

L’écologiste passe la matinée avec des syndicalistes de Pôle emploi, le socialiste circule à la Biennale. On se retrouve au Lieu unique, ex-usine Lu transformée en lieu de restauration multiforme. Eva déjeune avec une vingtaine de personnes. François est accueilli au banquet républicain — 800 chaises —, organisé par les troupes du maître des lieux Jean-Marc Ayrault, député-maire socialiste de Nantes. Lieu unique, candidat unique ? « Je n’appelle pas au retrait des petits candidats, insiste Hollande. Pas à ce stade-là… J’appelle non pas au vote “utile”, mais au vote “nécessaire”, pour être en tête dès le premier tour, et en mesure de l’emporter… » La petite candidate déjeune à quelques mètres. « Je ne vais pas aller la saluer une seconde fois, quand même. » Eva sort, accroche le regard des clients ; on la reconnaît, un silence de curiosité s’installe. « J’aimerais qu’ils se manifestent un peu plus… », souffle-t-elle.

Elle termine sa journée dans l’intimité d’échanges avec une quinzaine d’artistes engagés dans l’éducation populaire, la vie des quartiers, la diversité des pratiques. Hollande, lui, est sous les projecteurs du grand amphi de la Cité des Congrès, invité par le Nouvel Observateur à ouvrir les premières « Journées de Nantes » organisées par l’hebdomadaire. Une mise en scène sur mesure, un millier d’auditeurs, avec Stéphane Hessel pour l’interpeller. L’auteur d’« Indignez-vous » (4,5 millions d’exemplaires dans le monde) lui brandit les modèles de de Gaulle, de Mendès-France, de Roosevelt, suggestion d’épaisseur historique dont il redoute qu’elle lui manque. Hollande fait valoir ses indignations — injustice, le pouvoir de la finance sur le monde… —, rejoue une nouvelle fois son chantage : qu’on le porte en tête au premier tour, sinon, patatras, tout ce qu’il promet s’évanouit. Eva Joly n’entend pas, son train roule vers Paris.

Nota Bene :

Photo : PATRICK KOVARIK / AFP

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Commentaires de forum
  • Janick 21 janvier à 10:50

    Il n’y a pas qu’à Nantes qu’Eva et François ne se rencontrent pas, non ?

    Répondre à ce commentaire

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