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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 25 septembre 2012

Faut-il avoir peur de la 4G ?

SFR a annoncé le lancement de la 4e génération d’Internet sur les appareils mobiles à Lyon le 28 novembre. Une technologie qui densifiera encore le « bain d’ondes électromagnétiques ».

Dans une guerre industrielle à couteaux tirés entre les opérateurs de téléphonie mobile, c’est SFR qui devrait être disposé à surenchérir le premier. L’opérateur annonçait lundi 24 septembre le lancement de la 4G à Lyon le 28 novembre et pour 60 % de la population française à la fin de l’année 2012. Pour l’heure, seuls deux mobiles sont compatibles avec cette connexion en « très haut débit » [1], mais la nouvelle génération de terminaux devrait arriver rapidement.

La 4G est une appellation commerciale, définie par l’Union internationale des télécommunications, désignant le réseau mobile - la 4e génération - dont les débits théoriques sont supérieurs à 100 Mb/s [2] même lorsque l’utilisateur est en mouvement. Une connexion comparable à celle obtenue avec un branchement Ethernet. Pour développer ces nouvelles ondes, les opérateurs ont récupéré des fréquences occupées jusqu’à présent par l’armée (bande des 2,6 Ghz) et la télévision analogique (800 Mhz). Ils espèrent ainsi proposer des débits en téléchargement entre 5 et 14 fois supérieurs à la 3G.

Ces nouvelles ondes ne sont ni plus puissantes, ni plus nocives, selon les chercheurs indépendants, mais elles se sur-ajoutent aux ondes déjà existantes. « Nous construisons une voie de circulation supplémentaire. On ne roulera pas plus vite, mais il y aura plus de trafic », résume Lisiane Brasset, de l’association pour une réglementation des implantations d’antennes relais (Priartém). C’est le « champ d’ondes », déjà conséquent, qui va se densifier avec l’arrivée de la 4G. « Nous avions déjà observé un accroissement du niveau d’exposition aux ondes au moment de l’arrivée de la 3G », raconte Myriam Galbrun, du Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem).

Des normes non contraignantes

« Les technologies passent et les processus sont toujours les mêmes, se lasse Stephen Kerchove, délégué général de l’association Agir pour l’environnement. On accroît le bain électromagnétique en ignorant toutes les études à ce sujet ». L’Organisation mondiale de la santé a classé en juin 2011 les ondes électromagnétiques parmi les facteurs cancérogènes possibles pour l’homme, au terme d’une étude sur l’utilisation des téléphones mobiles, menée dans 13 pays. L’étude prouvait - dans des proportions limitées – une augmentation du gliome (tumeur cérébrale) ou du neurinome acoustique (tumeur de l’oreille interne). L’OMC s’en tenait à des consignes de prudence (utilisation de kit mains libres, limitation des utilisations) tandis que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) évoquait en 2008 un « doute sérieux quant à la possibilité d’effets sanitaires » liée à l’utilisation de téléphones mobiles, appelant au « principe de précaution ».

Mais en l’absence de législation contraignante, les opérateurs devraient se lancer en rangs serrés dans la 4G au premier semestre 2013. Lyon et Montpellier seront équipés en premier et Marseille et Nantes devraient rapidement suivre, selon le site clubic.com.

À Paris, l’installation de la 4G a été retardée par les discussions pour la rédaction d’une nouvelle « Charte de téléphonie mobile ». Un accord vient finalement d’être trouvé, près d’un an et demi après la réouverture des négociations. La charte, qui doit être votée au conseil de Paris les 15 et 16 octobre, fixe à 5 V/m l’exposition maximale à ne pas dépasser dans les lieux de vie fermés. Le seuil est élevé à 7 V/m lorsque la 4G est présente. Or depuis 1999 et les travaux d’une commission de parlementaires européens [3], appuyés par des chercheurs indépendants et des associations, ces derniers estiment qu’il existe des effets sanitaires au-delà d’une exposition à 0,6 V/m en téléphonie mobile.

« Les seuils légaux sont beaucoup trop hauts pour être contraignants, sur toutes les mesures qui ont été menées à Paris, un seul site a été mesuré à 5 v/m », dénonce Stephen Kerchove. La loi française définit, elle, un seuil huit fois supérieur à celui de la ville de Pairs, à 41 V/m. Il correspond aux normes de préventions contre le risque thermique lié à l’exposition aux champs magnétiques, mais n’intègre pas les autres risques sanitaires dits « athermiques ».

Dans ce débat technique très complexe, les associations regrettent surtout d’être mises à l’écart. « Nous pourrions réduire les risques sanitaires, en multipliant les antennes de très faible puissance, explique par exemple Lisiane Brasset, qui vit elle-même avec des maux de tête réguliers depuis qu’une antenne a été installée à proximité de chez elle. Mais une telle solution serait beaucoup plus coûteuse pour les opérateurs. »

Le développement technique s’opère donc à marche forcée et dans une opacité préjudiciable, estime Lisiane Brasset : « Le manque criant de transparence des opérateurs ne fait qu’alimenter la psychose ».

Nota Bene :

Photo : AFP / Yoshikazu Tsuno

[1] le One XL de HTC ainsi que le Razr HD de Motorola.

[2] 100 Mb/s en download et 50Mb/s en upload.

[3] Commission Tamino

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