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Par Claude-Marie Vadrot - 3 décembre 2011

Feuilles mortes et réchauffement climatique

Chronique « jardins » du week-end. Que faut-il faire des feuilles automnales tombées des arbres ? Dilemme.

Les feuilles mortes ne se ramassent évidemment pas à la pelle (essayez donc !), contrairement à que chantaient Montand et Mouloudji, mais au râteau ou au râteau-balai. Encore que, question quasi existentielle : faut-il vraiment les ramasser ? La nature, même jardinée, par définition, n’est pas un « endroit propre ». Ou bien, position médiane : faut-il vraiment toutes les ramasser ? Soit pour les brûler, soit pour les porter dans des déchetteries souvent sur-encombrées par les déchets végétaux. Une certitude : l’aspirateur (évidemment électrique) à feuilles, tout à tour soufflant et aspirant, possède toutes les caractéristiques d’une aberration écologique. Cela étant dit, une fois rassasié de la douce odeur des feuilles mortes qui commencent à s’accumuler dans mon jardin, au pied des arbres et parfois bien loin sur les plates-bandes et dans les rangs de salades, je finis par agir. Et par mettre en œuvre au long de l’automne, la politique des « quatre tiers » chère au César de Pagnol, au Bar de la Marine. D’autant plus que la pratique du râteau à feuilles, surtout un jour de vent fripon, incite à la méditation sur la fragilité de l’intervention humaine dans le cycle naturel…

Un tiers des feuilles peut rester sur le sol, « rendant leur matière noble aux arbres et à l’herbe », comme l’explique un vieux livre de classe sur les « leçons de choses » récemment trouvé dans un vide-grenier. Un deuxième tiers ira rejoindre un tas de compost de feuilles, le plus simple, à utiliser dans un an. Un troisième protégera le pied ou l’emplacement des plantes et légumes sensibles au froid, artichauts, rhubarbe ou dahlias [1], par exemple. Et le dernier tiers est épandu sur les surfaces à replanter au printemps. Ces feuilles s’y décomposeront lentement sous l’effet de l’humidité et du froid, et en mars un labour léger suffira à enfouir ce qu’il en reste à titre d’engrais organique contenant de l’azote, du phosphore et de la potasse.

La chasse aux feuilles dépend du courage du moment et du temps disponible : si une partie reste là où elles sont tombées, ce n’est pas grave. Personne ne ramasse les feuilles en forêt et celle-ci s’en porte plutôt bien…Mais si un arbre fruitier a développé une maladie au cours de l’été, mieux vaut ramasser ses feuilles pour les brûler ou les enterrer plus loin, avec les fruits abîmés. Cela évite d’entretenir maladies ou parasites en ces temps d’hivers trop doux pour éliminer naturellement une part normale de ces pestes. Sans oublier que les feuilles de chênes, de châtaignier, de platane ou de noyer se décomposent difficilement, même si à l’usage on s’aperçoit qu’elles finissent par faire de l’humus. Elles sont parfaites pour un paillage protecteur et provisoire, celles du noyer contenant même un produit qui bloque la germination des herbes.

Alors, plutôt de nettoyer la nature des jardins et des parcs, il faut laisser les feuilles se biodégrader. Il ne s’agit pas d’envisager un impossible « retour à la nature » mais, au moins, de respecter celles qui résiste au béton et à l’asphalte. Ce qui diminue, pour les communes qui ont tendance à « nettoyer » leurs espaces verts comme une salle à manger, le montant de la facture électrique et contribue à réduire l’effet de serre. En même temps, cela sauve des dizaines de milliers d’insectes et permet le retour des oiseaux qui s’en nourrissent. L’écologie peut être simple et quotidienne. Et belle comme un automne feuillu.

Les feuilles des arbres, dans la forêt et au jardin, changent d’aspect et de couleur, non pas sous l’influence du gel comme on le croit souvent, mais sous l’influence de la diminution de la durée du jour et des nuits fraîches qui favorisent notamment la production d’une hormone qui donne ses couleurs aux feuilles. Tandis que, recevant de moins en moins de sève, la feuille perd lentement la chlorophylle qui la teinte normalement en vert. Au profit des anthocyanes qui fournissent le rouge tandis que la carotène donne du jaune. Tout ceci étant variable d’une espèce d’arbre à l’autre et même d’une qualité de terre à une autre. Ainsi quand la terre du jardin est plutôt acide, c’est le rouge qui s’impose dans les feuilles d’érables alors que le violet domine en cas de sol alcalin. Sans oublier que les épisodes de sécheresse, comme c’est le cas cette année, accélèrent et accentuent le phénomène de coloration. Pour notre plaisir. Et pour le malheur des arbres qui peuvent en cet automne sec, briller de leurs derniers feux parce que les nuits très froides sont trop rares.

À à ce propos, le réchauffement climatique fait de ce automne français (et européen) une saison plutôt douce et ensoleillée. Evolution qui explique aussi que les feuilles tombent de plus en plus tard. J’invite tous les « climatosceptiques » à faire le tour de mon jardin pour observer les narcisses qui sortent de terre, les perce-neige qui montrent le bout de leurs perles florales blanches et les crocus jaunes qui laissent déjà voir un peu de leur couleur. Plus grave encore, les nuits plutôt douces et les journées ensoleillées incitent pêchers et abricotiers à commencer de gonfler leurs bourgeons, au risque d’être saisis par un coup de gel qui finira par se manifester brusquement. Mais, pendant ce temps, à Durban, le réchauffement au quotidien n’intéresse pas plus que la disparition programmée d’une partie du Bangladesh ou de l’archipel de Tuvalu...

[1] Avec le réchauffement - encore lui - inutile désormais de les déterrer l’hiver.

Commenter (11)

Commentaires de forum
  • gill68 6 décembre 2011 à 07:14

    Mais ça fait 4 tiers tout ça !? ;)
    Sinon, une réaction au départ de Pierre Larrouturou d"EELV... ? http://www.bretagne-durable.info/ec...

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    •  
      kastor 6 décembre 2011 à 09:24

      si si ca fait bien 4/3.
      je suppose qu’il faut aller chercher 1/3 de feuilles en plus chez les voisins ^^

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      •  
        Claude-Marie Vadrot 6 décembre 2011 à 09:32

        J’aurais du mettre un écriteau "attention, humour littéraire"....

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    •  
      Claude-Marie Vadrot 6 décembre 2011 à 09:30

      Eh oui, comme pour la préparation du picon-citron-curaçao dans la pièce de Pagnol (Marius) à laquelle je fais allusion

      Le départ de Pierre Larrouturou ? Cela ne me fait pas grand chose. Ce parti à plus besoin d’activistes que de penseurs consensuels..

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      •  
        gill68 6 décembre 2011 à 10:08

        oui je smilais sur les 4/3...et je smile énormément à votre réaction sur le départ de Larrouturou. Cette joyeuse ambiance sera-t-elle partagée par vos militants... ?

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        •  
          Claude-Marie Vadrot 6 décembre 2011 à 10:30

          Par définition, un journaliste n’a pas de militants...

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  • Romane 6 décembre 2011 à 17:24

    Bonjour,
    merci pour vos articles que je lis toujours avec grand intérêt. Il y a encore un ou deux ans je ne nettoyais pas ma pelouse des feuilles mortes tombées des différents arbres à fleurs ou fruitiers qui ornent mon jardin. Mais j’ai appris ou lu je ne sais plus où que ne pas nettoyer la pelouse des feuilles mortes généraient de la mousse qui remplacent l’herbe de la pelouse. Bon, il se trouve qu’effectivement il y a pas mal de mousse dans ma pelouse mais il y en a toujours eu depuis mon arrivée dans mon appartement que je loue (je vis en ville avec pelouses + arbres fruitiers + à fleurs ; un vrai petit paradis). La lecture de votre article me fait douter de cela. Je ne suis pas spécialiste, j’entretiens le jardin du mieux que je peux (très peu de produit chimique sauf contre les pucerons ou cochenilles quand il y en a). Alors pouvez vous me dire qu’est-ce qui fait que la mousse envahit la pelouse ? Feuilles mortes ou pas ? Merci d’avance pour vos explications.

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    •  
      Claude-Marie Vadrot 6 décembre 2011 à 21:46

      Un jardin en ville, mon rêve....

      Pour les feuilles mortes, qui sont de l’engrais potentiel il suffit de passer une tondeuse dessus et elles constitueront un engrais facile à assimiler. Et sans provoquer de mousse. Celle ci, plutôt que par la présence
      peut souvent être provoquée par une grande humidité et un manque d’ensoleillement. Bon hiver en votre jardin de ville.

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      •  
        Romane 6 décembre 2011 à 22:37

        merci de votre réponse et maintenant j’ai mon explication quant à la présence de mousse dans ma pelouse (manque d’ensoleillement) :-)

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  • Tarouilan 8 décembre 2011 à 22:00

    Ha... les feuilles mortes...... confronté chaque années à ce problème..... je leur reproche, en épaisseur sensible, d’empêcher l’eau de pluie de pénétrer le sol, notamment au niveau des pieds des arbustes constituants les haies, ... quand à la pelouse, ...quelques feuilles qui volent au vent, bien entendu ne sont pas un problème... mais une couche plus épaisse de feuilles, fait barrage à la lumière ... et détruira évidement votre pelouse qui n’aime pas du tout cela, la pelouse, même pour les qualités "spécial ombre"... a besoin de lumière !

    Disposant d’un aspirateur broyeur et soufflant à feuilles très puissant et bruyant, ... je ne m’en sert plus pour ma part, que dans de rare cas (crédible seulement pour de petits jardins) préférant le traditionnel râteau-balai et son complément utile à mon sens, qu’est un balai à pailles synthétiques rigides, qui permet en l’utilisant de concert avec le rateau-balai de ramasser prestement de grosses quantités de feuilles en direction de containers-poubelles à quatre roulettes.

    Actuellement il reste encore des feuilles sur les branches, particulièrement pour les platanes !

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    •  
      Claude-Marie Vadrot 8 décembre 2011 à 22:21

      Laissez les en grande partie se désagréger sous le double effet de la pluie puis du gel.

      Ou bien passez la tondeuse dessus pour les émietter.

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