(Le chef de l’État français crie dans l’Élysée le nom de Raymond Soubie, « conseiller social » du chef de l’État français.)
⎯ Vous m’appelâtes, Nicolas ?
⎯ Dix fois.
⎯ Je n’ai pas entendu : je répondais off à des journalistes.
⎯ Précisément, Raymond : je voulais savoir si vous étiez l’auteur de l’éditorial de Laurent Joffrin paru hier dans Libération ?
⎯ Moi ?
⎯ Vous.
⎯ Du tout.
⎯ Voyez pourtant : ce qu’il écrit rappelle furieusement vos notes sur la réforme des retraites.
⎯ Ce n’est pas nouveau.
⎯ Certes pas, mais là, tout de même : dès l’abord, il écrit que « chacun peut comprendre que des sacrifices sont nécessaires ».
⎯ J’ai lu.
⎯ Mais n’est-ce pas le fondement de nos menteries ?
⎯ Je crains que si.
⎯ Au reste, voyez encore : il écrit aussi que « la majorité des Français, de toute évidence, juge qu’on ne peut pas rester en l’État, et qu’une réforme, celle-ci ou une autre, est nécessaire ».
⎯ Fidèle Joffrin !
⎯ Et là - je vous jure qu’on dirait du Soubie : le voilà qui fustige « ceux qui souhaitent une radicalisation du mouvement » !
⎯ Aaaaah, les sales petits bâtards !
⎯ Écoutez cela, Raymond : « Les directions syndicales, au sommet et dans les entreprises, (...) ne peuvent pas se transformer en marchandes d’illusions » !
⎯ Je n’aurais pas mieux dit !
⎯ Mais justement : n’est-ce pas dit sous votre dictée ?
⎯ Je vous promets que non.
⎯ Mais Joffrin n’est-il pas de gauche ?
⎯ Assurément si : mais de droite.