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Accueil du site > L’hebdo > Écologie > Fukushima : la décontamination impossible

Par Claude-Marie Vadrot - 19 juillet 2011

Fukushima : la décontamination impossible

Quatre mois après la catastrophe de Fukushima, le Japon reste confronté à des difficultés insolubles. Le point.

Chaque jour, les journaux japonais découvrent un nouveau problème grave lié à la catastrophe de Fukushima, aux rejets radioactifs des trois réacteurs toujours en fusion lente et de la piscine de stockage des barres d’uranium qui continuent de souiller le pays. La question qui agite actuellement le Japon est simple : comment décontaminer des milliers de kilomètres carrés ? La réponse est aussi limpide : c’est impossible.

Autre aspect des difficultés : il faudra encore au moins un an pour que les 100 ou 150 000 tonnes d’eau radioactives qui n’ont pas réussi à refroidir les réacteurs en fusion soient totalement neutralisées. Ce qui leur laisse largement le temps de s’infiltrer dans le sol et de s’écouler vers la mer où nul ne sait comment se propage ou s’accumule la radioactivité. Restera, autre problème, à trouver ce qu’il est possible de faire avec les boues hautement radioactives qui ont déjà été extraites des 10 % d’eaux traitées...

Sur des surfaces de plus en plus importantes, les eaux des rivières, des étangs, des lacs, les terres, les arbres sont plus ou moins contaminés, au hasard des vents et de la pluie. Il va pleuvoir une partie de cette semaine et un vent de Nord-Est d’environ 20 km/h va encore transporter une partie de la radioactivité non fixée vers d’autres villes et vers la capitale. À Tokyo, il est officiellement recommandé de ne pas donner de l’eau du robinet aux jeunes enfants. Les pollutions radioactives gagnent progressivement les nappes phréatiques qu’il est évidemment impossible de dépolluer.

En surface, la pollution inégalement répartie - dont il n’existe pour l’instant aucune carte - est riche en iode, en strontium, en plutonium et césium. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les maladies à venir. Cette pollution touche également tous les animaux, y compris les oiseaux qui partent au loin. Elle concerne aussi les constructions, qu’il s’agisse d’habitations, d’écoles, de bâtiments industriels ou de fermes, et de tout ce qu’elles contiennent. Beaucoup de bétail a été abattu mais il a fallu arrêter l’incinération qui relâchait de la radioactivité dans l’air. Pour éliminer la contamination du sol, il faudrait au moins ôter une dizaine de centimètres d’épaisseur, éliminer la végétation et couper tous les arbres. Pour les bâtiments, quels qu’ils soient, ils doivent être détruits par des équipes soigneusement équipées et dotées de machines qui deviendront, comme à Tchernobyl, autant de (nouveaux) déchets nucléaires. Où mettre ces monceaux de débris radioactifs ? Nul ne le sait.

À Tchernobyl, la solution fut plus simplement résolue : l’Ukraine étant vaste et sa population moins dense qu’au Japon, la zone contaminée a été sacrifiée. Tous les habitants ont été évacués et les déchets plus ou moins « sécurisés » sur place. Quand aux villages et à la grande ville de Pripiat abandonnés, leurs constructions n’ont pas bougé, tout comme la centrale et ses quatre réacteurs. Pas question de démolir ce que le temps mettra à bas avant que les radioéléments cessent d’être dangereux, transformant une cité moderne de 50 000 habitants en une nouvelle Pompéi. Mais au Japon, où les 126 millions d’habitants s’entassent déjà sur 372 000 kilomètres carrés, l’espace est rare. Impossible donc de laisser la zone contaminée se désertifier. Impossible aussi de trouver de grandes surfaces pour isoler des montagnes de terres et de déchets.

Aux dernières nouvelles, le gouvernement japonais paraît s’orienter, malgré les protestations des militants anti-nucléaires de plus en plus nombreux, vers une décontamination superficielle qui permettrait de laisser revenir des habitants, à leurs risques et périls. Et sans autoriser ni élevage, ni agriculture.

Nota Bene :

Photo : STR / JIJI PRESS / AFP

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Commentaires de forum
  • kecanto 19 juillet 2011 à 10:48

    Il serait de bonne logique que ce soient les partisans du nucléaire qui soient envoyés sur le front de la décontamination. Bien sûr ça ne sera pas le cas ; dommage, ça leur aurait peut-être ôté le goût de jouer aux apprentis sorciers.

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  • PKN 19 juillet 2011 à 11:46

    Bonjour,
    Attention, il y a une faute dans cette phrase ; Quand aux villages et à la grande ville de Pripiat abandonnés, leurs constructions n’ont pas bougé, tout comme la centrale et ses quatre réacteurs. (c’est un t qu’il faut)

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  • 19 juillet 2011 à 14:12

    Est ce bien important....

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  • Claude-Marie Vadrot 19 juillet 2011 à 14:17

    Pour les Japonais,oui...

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  • 19 juillet 2011 à 14:47

    Dans le même temps, même jour, mardi 19 juillet, un autre journal web, dans un article sur l’interdiction de la vente de boeuf de Fukushima, écrit : "(...) bien que l’accident nucléaire semble en voie d’être maîtrisé."
    Merci à Politis de ne pas jouer le même jeu concernant l’information !
    Merci pour cet article qui nous recadre clairement et simplement.

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  • Claude-Marie Vadrot 19 juillet 2011 à 14:59

    L’accident n’est pas plus maitrisée que ses conséquences. Il faudra attendre au moins un an pour que les techniciens puissent (peut-être) aller voir dans l’un des réacteurs ce qui se passe. Il faudra alors imaginer comment arrêter la réaction. Celle du réacteur de Tchernobyl n’est pas encore terminée...

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  • antinuke 19 juillet 2011 à 15:20

    "les déchets plus ou moins « sécurisés » sur place."
    Plutôt moins que plus, cela fait des années que les gens viennent charger tout ce qui peut-être revendu : ferraille, cable, radiateurs, etc.
    Les bâtiments de la zone interdite sont fouillés systématiquement, la zone de "stockage sécurisé" de toutes les machines et véhicules quant à elle a déjà été largement pillée, des milliers d’engins utilisés il n’en reste un peu plus d’une centaine.
    Effroyable !

    La Zone le webdocu à propos de Tchernobyl 20 ans après :
    http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/...

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  • Gracchus 19 juillet 2011 à 19:48

    La comparaison Pripiat - Pompéï laisse un peu rêveur : à Pompéï, une épaisse couche de cendres volcaniques "fixait" tout sur place.

    A Pripiat, tout reste à l’air libre, exposé aux eaux de ruissellement, et à portée de la faune, par nature impossible à "fixer" totalement, et qui continue à se reproduire.

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  • Claude-Marie Vadrot 19 juillet 2011 à 20:01

    L’allusion à Pompéi concerne l’aspect "ville morte"

    Mais de mon dernier reportage sur place, j’ai retenu que la faune ne souffre pas de la radioactivité.

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  • jef jaquier 19 juillet 2011 à 23:42

    merci de continuer à donner de l’info sur la question.
    ici, un lien avec un article daté du 28 mars :
    http://germedeconscience.unblog.fr/...

    sans parler de l’article de dominique guillet sur la contamination planétaire de la chaine alimentaire (blog de kokopelli).

    1- tepco et le gouvernement japonais doivent être poursuivis en cour de justice internationale pour mise en danger des espèces (dont l’humaine).

    2- l’humanité doit (yaka, fokon) mettre toutes ses ressources intellectuelles et matérielles dans la lutte contre cette catastrophe.

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  • jef jaquier 19 juillet 2011 à 23:46

    @ claude-marie vadrot
    la faune ne souffre pas de la radioactivité ? qu’en est-il des baleines, des boeufs avec des taux de radioactivité importants ? si l’homme fait partie de la faune, en mangeant de la faune contaminée, il n’y a donc aucun risque pour lui ???

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  • PFetet 20 juillet 2011 à 03:02

    C’est vrai que c’est l’impression que j’ai aussi : il n’y a pas de solution à cette catastrophe nucléaire. Il n’y en aura pas plus quand un accident arrivera en France, sinon d’évacuer la population dans un autre pays qui voudra bien nous accueillir. C’est pour ça que je ne comprends pas pourquoi il y a encore des gens dans le monde pour promouvoir cette énergie mortifère. N’ont-ils pas d’enfants ? Aujourd’hui ce sont des lycéens qui vont nettoyer les déchets radioactifs aux abords de la centrale de Fukushima, car ils sont attirés par des annonces d’offres d’emploi d’été très alléchantes de Tepco (10 000 yens/h). C’est terrible. Ils ne savent pas.
    A propos du terme « fusion lente », je préfèrerais « fusion continue », car la fusion a été rapide, dès les premiers jours de la catastrophe. Maintenant, les cœurs fondus (corium), vont rester magma pendant des années en diffusant leurs poisons nuit et jour.
    Plus d’infos sur mon blog http://fukushima.over-blog.fr/
    Et merci à CM Vadrot et à Politis de s’intéresser au sort des Japonais !

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  • Claude-Marie Vadrot 20 juillet 2011 à 07:55

    à jacquier

    Je parle de la faune sauvage de la zone contaminée de Tchernobyl que (presque) personne ne mange. Cela peut me surprendre comme cela m’a surpris, mais la prolifération de cette faune et le retour de nombreux animaux est une évidence dans la zone de Tchernobyl que j’ai parcourue récemment pendant une dizaine de jours. Ce qui ne veut pas dire que certains animaux ne son pas contaminés. Je vous invite à lire ce reportage dans Polka Magazine et sur Mediapart. Dans Politis également.

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  • JRMBXL 20 juillet 2011 à 08:55

    Assez incompréhensible qu’en 4 mois on arrive pas à faire un stockage fiable des 150.000m3 d’eau. Que ce soit un étang artificiel ou de vieux pétroliers..... Tout au lieu de laisser suinter cette merde qui a déjà contaminé la bande côtière sur 200km au Sud et tout le Nord du Japon.
    J’ai pas lu d’explication. Et il y a encore des gens pour dire qu’on sauvera le climat avec ces casseroles infernales qui ne produisent que 5% de l’Energie mondiale, avec un rendement thermodynamique de 30%.

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  • JRMBXL 20 juillet 2011 à 09:01

    Quand on dit que la faune ne souffre pas c’est une affirmation qui ne repose pas sur un suivi médical. Les cancers de la baleine ou de la crevette ne sont pas bien dépistés.

    Déjà pour Tchernobyl de joyeux lurons ont fait état de 50 morts maximum.

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  • BerCalva 20 juillet 2011 à 11:30

    Cette information sur "les animaux qui reviennent et se portent comme des charmes est une grossière contre vérité qui ne se base que sur la première approche visuelle : effectivement, la niche écologique des environs de tcherno étant "libre" d’humains, les animaux sont revenus occuper cette aire sans risques (humains) pour eux, mais :
    Ils sont hautement contaminés par les isotopes déposés au sol par l’accident,
    Les effets ne sont pas visibles à premiere vue, comme tous les effets de la radio-activité, qui ne sont sensibles qu’à l’examen, et pas immédiatement, selon les doses, mais ils doivent eux aussi périr plus vite qu’ailleurs de cancers, leucémies, anomalies génétiques, problèmes cardiaques, etc.
    En fait, comme les humains, ils sont gravement touchés eux même et leur descendance, et c’est un véritable danger, tout aussi grave que les atteintes aux humains.
    Bernard Pothier Ingénieur retraité, antinucléaire depuis 1966.... et à jamais.

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  • Tazibus 20 juillet 2011 à 11:34

    Je suis aussi de cet avis. Puisqu’en France, aucun débat démocratique n’a JAMAIS été ouvert autour du nucléaire (il en a sans doute été ainsi - aussi - au Japon ?), que les pro-nucléaires de toute engeance (par aveuglement, par ignorance ou par intérêt politique ou financier) aillent donner de leur personne et s’attèlent à la décontamination des sites. Ainsi montreront-ils leur hauteur de vue et essaieront-ils de nous prouver que le nucléaire est une énergie "propre et la plus sûre qui soit". Ou alors, qu’ils se taisent définitivement et accèptent la remise en cause de la politique énergétique de la France.
    Les USA, l’Ukraine et le Japon sont loin, mais ils nous ont donné ces trente dernières années une formidable leçon d’humilité en devenant le théâtre d’accidents incontrôlables démontrant définitivement le caractère paroxystique du nucléaire, rabaissant toute les gesticulations des accrocs de l’atome au niveau de l’imposture, et provoquant chez le citoyen un rejet salutaire de cette greffe forcée. Fukushima mon amour, tu nous auras ouvert les yeux !

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  • Claude-Marie Vadrot 20 juillet 2011 à 16:03

    Réponse collective au sujet de la faune

    Je n’ai pas fondé mes dix jours de reportage sur des "impressions visuelles" mais sur des entretiens avec des scientifiques ukrainiens, des scientifique américains, des scientifiques français et les responsables de la faune du pays qui ne sont pas des pro-nucléaires.
    Je n’ai pas dit, je n’ai pas écrit (ni ces scientifiques qui travaillent pour le Centre écologique de Tchernobyl, que la faune n’était pas (plus ou moins selon les espèces) contaminée mais qu’elle ne semble pas en souffrir. Contrairement aux humains qui, eux, continuent de mourir de cancers et d’autres maladies.

    Ce n’est pas parce que je suis (que l’on est) contre le recours au nucléaire civil que l’on doit nier les réalités. Il faut accepter ces réalités, même si elles dérangent. Et je rappelle que ce reportage récent est le dixiéme que je faisais dans cette zone depuis 1987.

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  • 20 juillet 2011 à 22:49

    Les animaux vivent moins longtemps que nous, n’est-ce pas ?
    Eh bien, raccourcissons la durée de vie humaine à 15 ans (juste le temps de procréer) et il n’y aura plus de cancers !
    Par contre, je ne garantis pas que que le taux de fausses-couches et de "monstres" ne sera pas effrayant...

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  • Claude-Marie Vadrot 20 juillet 2011 à 23:18

    La vie plus courte des animaux (qui ne permet pas à un cancer de se développer pour ceux qui ne vivent pas plus de 20/25 ans) est une des explications, ou une partie de l’explication, mais pas la seule, sans aucun doute. D’autant plus qu’il n’y a pas de naissances de petits difformes...

    Comprenons nous bien : je ne dis pas que la radioactivité est inoffensive, je constate simplement, que d’aprés les études scientifiques et les observations elle n’a pas les mêmes conséquences sur la faune sauvage et même sur les chevaux, les chats et les chiens que sur les êtres humains. Je constate qu’en dehors d’une petite zone trés irradiée, là où sont enfouis les fameux pins qui ont été "roussis" par le nuage, prés de la centrale, il en est de même pour les végétaux.

    Il faut éviter les fantasmes et se poser des questions....

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  • 27 juillet 2011 à 01:59

    Cher Monsieur, je profite de ce post pour vous poser une question qui me travaille depuis que je lis des articles sur ce que vous faites : comment vous êtes-vous vous même protégé contre les radiations et/ou les risques de contamination lors de ces reportages dans la "Zone" de Tchernobyl ?

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  • Claude-Marie Vadrot 27 juillet 2011 à 08:50

    Je ne me suis pas protégé, impossible de se balader avec des vêtements spéciaux. Les premières fois j’ai pris des pilules d’iode sous contrôle médical. Et à chaque reportage, sauf la dernière fois, je portais une dosimètre donnant la radioactivité immédiate et mémorisant la radioactivité cumulée. Ce qui a permis aux spécialistes me prêtant ces appareils de conclure, que bien qu’aucune dose de contamination ne soit anodine, que je pouvais rester sur place une douzaine de jours sans prendre trop de risque. Ce qui n’est pas le cas des 4000 personnes qui travaillent en alternance (15 jours sur place, 15 jours au loin).

    Et j’ajoute que même si je crains plus que tout le "risque invisible", cela fait partie des risques du métier connus lors de reportages sur les conflits armés.

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