Par Christine Tréguier - 14 octobre 2010

Hadopi rame au démarrage

Hadopi, c’est parti ! Quand certains rêvaient de chanter « Hadopi, c’est fini », d’autres glosaient sur la lenteur de ce comité à se mettre en place après quatre années de lois dix fois remises sur le métier. Et la loi aussi appelée « Création et Internet », destinée à enrayer le piratage des films et de la musique sur Internet, est toujours aussi contestée : 6,7 millions d’euros de budget 2009 pour ne quasiment rien produire, hormis des notes de frais et des feuilles de paye. Normal qu’elle essaie de redorer son blason avec une campagne médiatique à flonflons et Nicolas Sarkozy en VRP de luxe. Pirates, gare à vos adresses « IP » (identifiant personnalisé de chaque ordinateur connecté au web), on vous a pris la souris dans les réseaux d’échanges de fichier illégaux, et on va vous envoyer des avertissements préalables à la suspension de l’accès Internet.

PC Impact a immédiatement diffusé ledit mail d’avertissement, Bakchich l’a recopié avec reproduction de l’en-tête officiel, et le collectif la Quadrature du Net a illico lancé un grand jeu concours de vrais-faux mails Hadopi. Des petits malins s’étaient déjà amusés à en envoyer cet été pour brouiller les pistes. Si ça continue, il va falloir une nouvelle loi pour pénaliser le détournement de mail d’avertissement, sur le modèle de la loi droits d’auteur (DADVSI) de 2004, qui pénalisait, avec l’insuccès que l’on sait, le contournement des protections antipiratage (DRM) sur les CD.

On le voit, l’Hadopi est déjà à la peine. Ces pirates sans frontières ont décidément trop de ressources (ils travaillent tous ensemble, ça fait du monde), et toujours une longueur d’avance stratégique et technique sur le législateur. Ils ont déclaré le « peer to peer » (échange de fichiers) has been et suggéré d’autres protocoles pour partager musique et films en ligne. Plusieurs sites, dont anti-hadopi.com, proposent des outils pour anonymiser son adresse IP et des conseils juridiques pour les « hadopisés ». Le Parti pirate européen  [3], lui, traduit en graphes l’inefficacité de la coupure d’accès sur le taux de téléchargement dit illégal.

Pire encore, l’Hadopi doit maintenant se battre contre un certain fournisseur d’accès Internet – Free, pour ne pas le nommer –, qui s’est mis en tête de ne pas jouer le jeu et de ne communiquer que par liasse papier les adresses IP identifiant ceux que les détectives privés à la solde des majors du film et du disque auront pris en flagrant délit de téléchargement. Et le papier nuit gravement à la procédure de contravention « dématérialisée » choisie pour sa célérité. L’Hadopi se retrouve au chômage partiel et annonce 100 mails/jour/opérateur au lieu des 10 000/jour prévus  [4]. Réaction de l’autorité à cette grève du zèle du PDG de Free, Xavier Niel (également actionnaire du Monde) : « Free, par son comportement, prend en otage ses abonnés »… Petite question en guise de conclusion : une fois que l’usine à gaz Hadopi se sera révélée inapplicable, que va-t-on inventer pour réprimer… pardon, « civiliser », nos usages sauvages du Net ?

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