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Par Denis Sieffert - 17 mai 2012

Hollande, cet inconnu célèbre

À vrai dire, on ne sait toujours pas très bien qui est François Hollande. L’héritier du « petit père Queuille  », figure débonnaire du radicalisme corrézien des Troisième et Quatrième Républiques, ou un autre Roosevelt, inventeur d’un New Deal à l’européenne ? Assurément, l’homme est habile, mais on ignore tout de la profondeur de ses convictions, et du courage dont il témoignera quand il faudra monter au feu. Et ce n’est pas la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon – un inconnu célèbre, lui aussi – qui va nous éclairer. Mais on ne devrait pas tarder à en savoir plus. Aussitôt investi, François Hollande devait rencontrer mardi soir la chancelière allemande, Angela Merkel, avant de se rendre en fin de semaine à Washington pour un « breakfast » avec Barack Obama, juste avant la réunion du G8. Mais c’est le rendez-vous de Berlin qui constituera le premier test pour le nouveau président français. Après la prise de contact de mardi, le vrai débat est programmé pour le sommet européen du 23 mai. Contrairement à l’idée qui domine dans les commentaires, il ne s’agit pas d’un « bras de fer » entre la France et l’Allemagne. Nous le savons après la féroce campagne électorale que nous venons de vivre : les libéraux partisans d’Angela Merkel sont aussi influents aujourd’hui en France qu’en Allemagne. Et ceux de François Hollande sont peut-être majoritaires outre-Rhin, comme l’a montré la débâcle électorale du parti de la chancelière, dimanche, dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

De part et d’autre, les conflits d’intérêts, habillés d’idéologies, sont plus forts que les tropismes nationaux, même si ceux-ci existent en effet. La question est de savoir, dans cet antagonisme, qui est qui. Angela Merkel, nous la connaissons. Comme nous connaissons le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a affirmé, la semaine dernière, toute honte bue, qu’il n’y avait aucun lien entre la montée de l’extrême droite en Grèce et la politique européenne. Avant d’ajouter qu’il n’y a « pas d’alternative à la mise en place d’une discipline budgétaire stricte ». Pas question donc de renégocier le traité européen.

Austérité pour tout le monde ! Ces deux-là sont des libéraux. Ils défendent bec et ongles des intérêts parfaitement identifiés. On ne doit jamais oublier que les crises les plus dramatiques pour les peuples sont propices à l’enrichissement de quelques-uns. Les plus grandes fortunes ont surgi de la dépression de 1929. Apparemment, François Hollande se situe de l’autre côté de la « barricade », pour parler comme Jean-Luc Mélenchon. C’est ce que le candidat socialiste a suggéré tout au long de la campagne. C’est en tout cas ce que les Français ont cru comprendre. Et c’est ce que nous voulons croire encore en cet état de grâce. Que va défendre François Hollande à Berlin ? Officiellement, un simple ajout au traité européen de discipline budgétaire. La difficulté pour le nouveau président français, c’est qu’il n’a pas la logique pour lui. On ne voit pas très bien par quel amendement miraculeux il pourrait inverser le sens d’un traité en tout point détestable. Quelques mots incantatoires en faveur de la « croissance » n’y changeront rien. Ce texte institutionnalise les politiques d’austérité dans toute la zone euro. Il fait obligation aux gouvernements européens de tailler dans les dépenses publiques et de faire payer la dette à ceux qui ne l’ont pas creusée. Il programme la récession. Le piège pour François Hollande, c’est un compromis en forme de pâté d’alouette : un cheval d’austérité et une alouette de croissance. D’autant que les libéraux appellent « croissance » leurs réformes ravageuses pour les services publics et pour l’emploi. Rappelons que le traité de Maastricht, en 1992, contenait lui aussi une « annexe sociale ». Qui s’en souvient aujourd’hui ? Ce qui reste, c’est l’interdiction faite à la Banque centrale européenne de prêter directement aux États en difficulté. Ce dogme libéral par lequel passe le pouvoir des marchés. François Hollande peut-il déplacer cette montagne ? Peut-il au moins se montrer ferme dans la manifestation de cette exigence  ? Au fond, il ne s’agit pas de « socialisme », mais tout juste d’aligner la banque européenne sur le modèle de la Federal Reserve Bank américaine. Ce serait le début d’une refondation de l’Europe. Mais François Hollande est devant une autre contradiction. Et nous avec lui.

Réclamer la croissance est aujourd’hui un combat d’arrière-garde. Elle sera la solution pendant cent ans, prophétisait déjà Keynes en 1930, mais il faudra ensuite trouver un système plus vertueux. À quelques années près, c’était bien vu. L’économiste qui a inspiré Roosevelt avait prévu que la croissance et le productivisme avaient des limites. Preuve que Roosevelt n’est pas si dépassé, et que le collectif qui emprunte son nom (voir notre dossier) n’a pas tort d’invoquer ses mânes. On dira qu’en peu de lignes on demande beaucoup à François Hollande. On lui demande surtout de « marquer son territoire » et de ne pas donner l’impression de se satisfaire de faux-semblants. Accessoirement, c’est l’image qu’il donnera de ses premiers pas dans le marigot européen qui déterminera le sort des législatives.

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