Oui, il faut sauver Artisans du Monde !
Je ne peux que réagir à l’article de Francis qui me semble bien peu fondé sur une connaissance du mouvement Artisans du Monde, pour ne pas dire plus largement du commerce équitable.
Etant engagée dans le mouvement Artisans du Monde depuis 2001 d’abord comme bénévole et présidente d’association puis maintenant depuis 3 ans comme salariée, je souhaite apporter mon expérience du mouvement Artisans du Monde.
Reprenons un bref historique du mouvement Artisans du Monde. Le mouvement trouve ses origines entre autre suite à un appel de l’abbé Pierre dans les années 70-71, à aider le Bengladesh à recontruire le pays, secoué par des inondations, sur le principe d’un échange et non pas de l’assistance. Il propose de vendre des objets artisanaux fabriqués au Bengladesh au pays du nord, le fruits des ventes servant aux projets de reconstruction. C’est ainsi qu’en 1974, la première boutique Artisans du Monde voit le jour à Paris.
On voit bien que le fondement de cet échange, qui est marchand somme toute, est bien loin de la recherche du profit pour le profit !!!! En 1979, 17 boutiques voient le jour en France. En 1981, une structure est mise en place pour fédérer ces boutiques, c’est la création de la fédération Artisans du Monde. En 1984, un centrale d’importation est créée. Nous comprenons aisément la nécessité de la mise en place d’une structure d’importation : optimisation des coûts de transport, nécessité d’une compétence d’importation....
C’est ainsi qu’Artisans du Monde a initié le commerce équitable en France, il y a plus de 30 ans...
Si aujourd’hui, le commerce équitable a le vent en poupe, et se dévelope beaucoup un peu partout (au risque de dérives, certes....), c’est parce-que pendant 30 ans des gens ont fait et font toujours un travail de fourmis, avec les moyens du bord, pour informer les consommateurs sur les injustices du commerce mondial traditionnel, pour éveiller les dirigeants à travers des campagnes d’informations, la participation à des forums sociaux mondiaux. Qui était prêt à faire ce travail à l’époque et à le faire aujourd’hui à part des gens habités par des convictions profondes et l’espoir d’autres échanges pour un autre monde ?
J’en profite pour rappeler les 3 piliers de notre mouvement qui sont indissociables l’un de l’autre :
le plaidoyer c’est à dire le relais de campagne d’opinions, la participation aux groupes de travail nationaux sur le commerce équitable...pour changer les règles du commerce international
l’information et l’éducation du public au commerce équitable et aux réalités du commerce international. Ainsi nous intervenons à tous les niveaux : écoles, lycées, collèges, établissements supérieurs....avec des outils pédagogiques créés par notre réseau. Nous bénéficions d’une reconnaissance nationale. L’ensemble des associations Artisans du Monde sont en effet agréées par le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche ainsi que celui de la jeunesse et des sports.
l’action commerciale via l’importation de produits alimentaires et artisanaux issus des pays du Sud selon les principes du commerce équitable et leur revente notamment dans notre propre réseau de boutiques.
Notre projet a-t-il vraiment quelque chose à voir avec le capitalisme ?
Il convient d’ajouter que le prix d’achat aux producteurs n’est pas fixé par l’acheteur mais est le fruit d’un échange entre les producteurs et les acheteurs, fondé sur la transparence et le dialogue.
Concernant la concurrence avec les producteurs français, depuis quelques années déjà, notre mouvement a engagé une réflexion sur les partenariats avec les acteurs du Nord, et notamment avec les agriculteurs. Nombre d’associations Artisans du Monde mènent des actions aux côtés des producteurs locaux : relais d’Amap, vente de produits locaux , projet fermes du monde.....
Par rapport au volet emploi, nous sommes 60 salariés en France...avec la volonté de développer ces emplois. Actuellement, nous nous battons au quotidien pour péréniser nos emplois, aux salaires pas toujours rémunérateurs mais nos marges ne nous permettent pas de faire mieux dans notre shéma actuel. Nos associations sont soumises aux mêmes charges salariales, taxes et impôts que les autres structures.
Le système Artisans du Monde n’est pas parfait, c’est clair (qui l’est ?) mais il ne ressemble en rien au tissu d’énormités décrit par Francis. Tout l’enjeu, aujourd’hui, semble de trouver un fonctionnement économique pérenne sur toute la filière, pour porter le projet ambitieux d’une filière équitable du producteur au consommateur, alliant actions commerciales, de sensibilisation et de plaidoyer.
Plus d’infos sur www.artisansdumonde.org ; www.solidarmonde.fr.