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Par Philippe Chibani-Jacquot - 18 juin 2009

Il faut sauver Artisans du monde !

La fédération Artisans du monde doit faire face à de graves difficultés financières. Ce qui n’entame pas sa volonté de faire vivre un commerce alternatif.

Un grave péril menace Artisans du monde. Solidar’monde, la centrale d’achat du réseau de commerce équitable, voit ses comptes plonger dans le rouge pour la troisième année consécutive, et les ventes stagnent sur la même période. Selon Jean-Marc Brunet, arrivé à la direction de Solidar’monde il y a deux (...)
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Commentaires de forum
  • Francis, retraité. 20 juin 2009 à 17:04

    Faut-il sauver Artisans du monde ?
    Ma réponse est : NON !

    Tout comme les produits prétendument équitables, ce genre de commerce qui se prétend équitable, qui se dit alternative solidaire n’est rien d’autre qu’une forme de capitalisme présenté sous un jour positif. Paroles, paroles...

    De quoi s’agit-il en fait ? Il s’agit, pour ceux qui en font commerce en France, de gagner de l’argent avec des produits exotiques, payés à un prix que l’acheteur estime équitable, alors qu’il n’en est rien. Qu’en est-il réellement ? Dans le meilleur des cas, c’est une formule un peu moins injuste que le commerce classique. Fondamentalement c’est le même principe : acheter pas cher et revendre avec une bonne marge en visant une clientèle, une cible, considérée comme suffisamment riche. Comme pour le commerce dit équitable, il s’agit de faire travailler le tiers monde en fabriquant des produits pour les occidentaux à des tarifs qui n’ont rien d’équitable. L’exploitation des populations des colonies était bien proche de ce système, même si elle prenait alors des formes plus violentes.

    Combien gagnent réellement les artisans bénéficiaires de ce commerce ? En général, pas grand chose, à peine plus que ceux qui passent par un circuit de commerce traditionnel.

    En quoi cette forme d’exploitation se différencie-t-elle d’une exploitation capitaliste ordinaire ? Un petit plus financier que l’association s’emploie à monter en épingle pour éblouir les clients en mal d’équité.

    Artisans du monde ne fait pas que des heureux : les artisans occidentaux, ici, en France, sont confrontés à une concurrence sauvage, celle des pauvres des pays pauvres, avec laquelle il ne peuvent pas lutter en ce qui concerne les prix. Pourquoi cette forme d’exploitation, jugée profondément injuste lorsqu’il s’agit du commerce international traditionnel, deviendrait-elle juste lorsque le prix payé par l’acheteur est fixé par l’acheteur lui-même, au vu de critères qu’il a lui-même décidés et qu’il présente favorablement à sa clientèle occidentale en prétendant pratiquer une économie solidaire, alors qu’il s’agit de la même forme d’exploitation, typiquement capitaliste.

    Il s’agit d’un commerce pas moins injuste que la forme traditionnelle. Présentée aux occidentaux comme une formule éminemment solidaire, cette activité de commerçant est camouflée derrière des mots qui plaisent à la cible visée : militants associatifs, personnes pourvues de revenus confortables qui s’achètent une bonne conscience par un achat solidaire, consommateurs honteux de leur traditionnel égoïsme qui purgent leur honte par ce qu’il croient être une bonne action...

    Mais il ne s’agit de rien d’autre que de commerce. Le petit plus éventuel, c’est ce qui va permettre au commerçant de définir son créneau et sa cible. Rien de plus.

    Non, les rapports Nord/Sud ne seront pas transformés par ce capitalisme à visage humain. Non, les pays du tiers monde ne seront pas moins exploités par ces exploitants qui se voudraient irréprochables mais qui ne sont, au mieux, que moins nuisibles que les autres.

    Et quand les responsables commerciaux ouvrent boutique en France et se font travailleurs bénévoles, ils pratiquent une forme de concurrence profondément inégalitaire et déloyale à l’égard de ceux qui n’ont d’autre solution que d’essayer de tirer profit de leur ouvrage réalisé en France avec des couts(matières premières, salaires, charges sociales) qui ne peuvent rivaliser avec un commerce qui importe à bas prix l’ouvrage d’artisans ne payant pas de charges sociales. Pratiqué en France par des militants bénévoles qui ne gagnent rien, alors qu’ils exercent un vrai travail, ce commerce est basé sur l’exploitation de la crédulité de militants abusés par des mots au sens généreux.

    Non, décidément, Artisans du monde ne mérite pas d’être sauvé. Il s’agit d’une entreprise commerciale comme une autre mais qui bénéficie d’un préjugé favorable auprès de sa clientèle et de conditions d’exercice très discutables.

    Répondre à ce commentaire

  • Thierry 23 juin 2009 à 00:04

    Oui, il faut sauver Artisans du Monde !

    La violence de votre courrier est désolante, d’autant qu’elle est fondée sur plusieurs idées fausses.

    D’abord sur Artisans du Monde. C’est une association Loi 1901, qui n’a pas vocation à gagner de l’argent. Les marges dégagées permettent d’employer une soixantaine de salariés dans toute la France, de payer des charges de boutiques, de financer des actions d’éducation au développement... Et à quoi servent ces actions d’éducation ? A mettre un peu de conscience citoyenne dans la tête des consommateurs, à les amener à se poser des questions sur leur manière de consommer. Et je crois pouvoir dire qu’Artisans du Monde n’est pas étranger à la prise de conscience collective constatée ces dernières années.
    Sa filiale Solidar’Monde pourrait éventuellement faire de gros bénéfices "honteux" : mais vous pouvez lire dans Politis que ce n’est même pas le cas !

    Ensuite sur les producteurs. Certes, ils ne roulent pas sur l’or. Mais tous ceux qui viennent régulièrement en France témoigner de ce qu’ils vivent auprès des 5000 bénévoles d’Artisans du Monde disent la même chose : le commerce équitable leur a redonné de la dignité, à un moment où ils n’avaient plus rien. Une famille de producteurs du commerce équitable gagne à peine plus que celle du commerce traditionnel, mais dans son village, il y a une école, ou un dispensaire, financé par la production, et pas forcément par une ONG occidentale. Ce n’est pas ce que j’appelle de l’exploitation coloniale...

    Vous parlez de concurrence déloyale. Quelle boutique Artisans du Monde a empêché un artisan français à gagner sa vie ? Si vous voulez dénoncer l’exploitation de producteurs du Sud, avec des marges scandaleuses et de l’éblouissement des clients, allez donc voir du côté de la grande distribution : c’est de là que viennent les inégalités. C’est un peu facile de s’en prendre à Artisans du Monde, avec son chiffre d’affaires dérisoire à côté de celui des mastodontes de la distribution. Personnellement, je connais des producteurs français qui ont compris qu’ils avaient plus intérêt à travailler au côté d’Artisans du Monde face à la grande distri, plûtôt que de fustiger tout ce qui vient de l’extérieur de nos frontières. De grâce, ne mélangez pas tout !

    Enfin, vous avez une bien piêtre image du consommateur de commerce équitable. Figurez-vous qu’on trouve de tout dans les boutiques Artisans du Monde : des cadres, des chomeurs, des smicards... Chacun à sa manière, selon ses moyens ou ses motivations, ils préfèrent payer un tout petit peu plus certains produits pour que l’échange soit un peu plus équitable...

    Vous avez raison, ce n’est pas un système parfait. Vous le dites vous-même : c’est un petit peu mieux que dans les circuits classiques. A choisir entre les 2 circuits, je préfère celui-là.

    Répondre à ce commentaire

  • Christèle, salariée Artisans du Monde 23 juin 2009 à 01:54

    Oui, il faut sauver Artisans du Monde !

    Je ne peux que réagir à l’article de Francis qui me semble bien peu fondé sur une connaissance du mouvement Artisans du Monde, pour ne pas dire plus largement du commerce équitable.

    Etant engagée dans le mouvement Artisans du Monde depuis 2001 d’abord comme bénévole et présidente d’association puis maintenant depuis 3 ans comme salariée, je souhaite apporter mon expérience du mouvement Artisans du Monde.

    Reprenons un bref historique du mouvement Artisans du Monde. Le mouvement trouve ses origines entre autre suite à un appel de l’abbé Pierre dans les années 70-71, à aider le Bengladesh à recontruire le pays, secoué par des inondations, sur le principe d’un échange et non pas de l’assistance. Il propose de vendre des objets artisanaux fabriqués au Bengladesh au pays du nord, le fruits des ventes servant aux projets de reconstruction. C’est ainsi qu’en 1974, la première boutique Artisans du Monde voit le jour à Paris.

    On voit bien que le fondement de cet échange, qui est marchand somme toute, est bien loin de la recherche du profit pour le profit !!!! En 1979, 17 boutiques voient le jour en France. En 1981, une structure est mise en place pour fédérer ces boutiques, c’est la création de la fédération Artisans du Monde. En 1984, un centrale d’importation est créée. Nous comprenons aisément la nécessité de la mise en place d’une structure d’importation : optimisation des coûts de transport, nécessité d’une compétence d’importation....
    C’est ainsi qu’Artisans du Monde a initié le commerce équitable en France, il y a plus de 30 ans...

    Si aujourd’hui, le commerce équitable a le vent en poupe, et se dévelope beaucoup un peu partout (au risque de dérives, certes....), c’est parce-que pendant 30 ans des gens ont fait et font toujours un travail de fourmis, avec les moyens du bord, pour informer les consommateurs sur les injustices du commerce mondial traditionnel, pour éveiller les dirigeants à travers des campagnes d’informations, la participation à des forums sociaux mondiaux. Qui était prêt à faire ce travail à l’époque et à le faire aujourd’hui à part des gens habités par des convictions profondes et l’espoir d’autres échanges pour un autre monde ?

    J’en profite pour rappeler les 3 piliers de notre mouvement qui sont indissociables l’un de l’autre :
    - le plaidoyer c’est à dire le relais de campagne d’opinions, la participation aux groupes de travail nationaux sur le commerce équitable...pour changer les règles du commerce international
    - l’information et l’éducation du public au commerce équitable et aux réalités du commerce international. Ainsi nous intervenons à tous les niveaux : écoles, lycées, collèges, établissements supérieurs....avec des outils pédagogiques créés par notre réseau. Nous bénéficions d’une reconnaissance nationale. L’ensemble des associations Artisans du Monde sont en effet agréées par le Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche ainsi que celui de la jeunesse et des sports.
    - l’action commerciale via l’importation de produits alimentaires et artisanaux issus des pays du Sud selon les principes du commerce équitable et leur revente notamment dans notre propre réseau de boutiques.
    Notre projet a-t-il vraiment quelque chose à voir avec le capitalisme ?

    Il convient d’ajouter que le prix d’achat aux producteurs n’est pas fixé par l’acheteur mais est le fruit d’un échange entre les producteurs et les acheteurs, fondé sur la transparence et le dialogue.

    Concernant la concurrence avec les producteurs français, depuis quelques années déjà, notre mouvement a engagé une réflexion sur les partenariats avec les acteurs du Nord, et notamment avec les agriculteurs. Nombre d’associations Artisans du Monde mènent des actions aux côtés des producteurs locaux : relais d’Amap, vente de produits locaux , projet fermes du monde.....

    Par rapport au volet emploi, nous sommes 60 salariés en France...avec la volonté de développer ces emplois. Actuellement, nous nous battons au quotidien pour péréniser nos emplois, aux salaires pas toujours rémunérateurs mais nos marges ne nous permettent pas de faire mieux dans notre shéma actuel. Nos associations sont soumises aux mêmes charges salariales, taxes et impôts que les autres structures.

    Le système Artisans du Monde n’est pas parfait, c’est clair (qui l’est ?) mais il ne ressemble en rien au tissu d’énormités décrit par Francis. Tout l’enjeu, aujourd’hui, semble de trouver un fonctionnement économique pérenne sur toute la filière, pour porter le projet ambitieux d’une filière équitable du producteur au consommateur, alliant actions commerciales, de sensibilisation et de plaidoyer.

    Plus d’infos sur www.artisansdumonde.org ; www.solidarmonde.fr.

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  • Du coté de l’océan Pacifique 13 juillet 2009 à 06:08

    Vous aviez une meilleure sólution ? Si vous l’aviez, montrez-nous. Sinon, pour quoi l’animadversion ?

    Répondre à ce commentaire

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