De manière intéressante, la chasse aux cabaniers de Beauduc sous couvert d’écologie n’est pas sans rappeler la politique de certaines associations écologistes aux états-unis. Ainsi que le rapporte Mike Davis dans son très bon livre : "city of quartz", les classes bourgeoises des villages riches de l’ouest américain s’étaient organisées en association écologistes pour empêcher la construction de logements sociaux dans leurs villages. L’argument mis en avant, parfois avec une certaine bonne foi, était la préservation des espaces verts et d’un certain mode de vie. En france , on peut entendre aujourd’hui le même discours dans les petites villes cossues qui jouxtent les métropoles. De fait les classes bourgeoises ont fui la ville pour s’installer dans un semblant de campagne idéalisé (sans les bouses de vache, les chemins boueux et les coqs qui chantent le matin, faut pas pousser) et ainsi échapper en partie avec la mixité sociale (sans en nier les difficultés, qui voudrait vivre dans une tour avec des voisins précarisés et paupérisés ? Pas grand monde surement chez les lecteurs de Politis...). Ces classes bourgeoises ne sont pas prêtes à récupérer massivement des logements sociaux sur leur territoire surtout si c’est à la campagne et l’argument écologique sera utilisé pour masquer en fait la question sociale. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le parti des verts français est majoritairement formé de gens relativement aisés et séduit plus par un discours écologiste sur la nourriture bio ou les éco-constructions que social...C’est pour cela que ce discours est en partie inaudible pour les classes populaires qui reprochent aux écologistes, parfois à juste titre, d’avoir des questions de riches. La gauche à laquelle aspire Politis devrait prendre cela en compte, quitte à mettre en avant des priorités.
Fabien TELL