Qu’avons-nous fait des idéaux du Conseil national de la Résistance ? Voilà la question centrale posée par le documentaire de Gilles Perret, Walter, retour en résistance. Walter, c’est Walter Bassan, 83 ans, ancien résistant, déporté à Dachau et plus que jamais indigné par l’injustice ambiante. Filmé en voisin et en ami par Gilles Perret, en Haute-Savoie, l’homme voit arriver Nicolas Sarkozy et sa clique au pouvoir d’un œil maussade. Avant de subir la visite du même Sarkozy sur le plateau des Glières, souillant ainsi la mémoire de la Résistance par sa seule présence en ces lieux. « Cette visite, ce n’était pas prévu du tout, précise Gilles Perret, dont la caméra a tourné un an et demi. Mais elle a marqué le début de la dimension nationale du film. » Le parallèle entre hier et aujourd’hui devenait évident.
Une démonstration par l’image concrétisée à l’avant-première du film, le 1er novembre à Paris. Walter, rayonnant sur l’estrade, ses vieux compagnons de maquis dans la salle, Gilles Perret et ses 40 ans, tous écoutent avec émotion les militants politiques et associatifs, 20 ans de moyenne d’âge, annoncer la création du collectif Jeunes en résistance, via une réponse à l’appel des Résistants de 2004 aux jeunes générations, que nous publions ci-dessous. Si l’engagement n’est plus de même nature, si le danger physique n’est plus un enjeu, la destruction des fondations du pacte social de l’après-guerre impose de relever le gant. « Nous inaugurons une nouvelle méthode de rassemblement autour d’un film qui permet de transcender les barrières politiques, expliquent François Lucchini et Anne Pernet, de l’Union nationale lycéenne. C’est un document qui redonne de l’espoir en montrant une résistance qui a fonctionné. Nous partageons les mêmes idéaux. » « Nous voulons démontrer que la jeunesse militante du monde politique, associatif, lycéen, de l’éducation populaire, des mutuelles est capable de s’unir, au-delà des clivages, contre la privatisation des services publics, le fichage de la population, les expulsions de sans-papiers, la destruction des acquis sociaux », ajoute Thierry Marchal-Beck, secrétaire national du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), organisation à l’origine du collectif. « Nous proposons de créer des collectifs autour du film, partout en France, pour lancer une dynamique », explique le responsable du MJS. Et après ? « À voir, donnons d’abord les clés aux jeunes en transmettant l’esprit de la Résistance ; ensuite, s’ils veulent rendre ce mouvement pérenne, tant mieux », estime Rémi Guerber, secrétaire général des Jeunes Verts. Quentin Guillemain, chargé des relations presse de l’association RéSo, souhaite avant tout que « le plus de gens possible voient le film, pour sensibiliser l’opinion sur l’importance de l’engagement militant ».
Dans une période noire pour toute âme de gauche, assommée pêle-mêle par les Éric Besson, Jean Sarkozy, David Douillet, Nadine Morano, Henri Guaino, Philippe Val, Frédéric Lefebvre ou Jean-François Copé, « ce film pousse à l’optimisme, insiste Quentin Guillemain. Quand on voit Walter, on a envie de s’engager ». Au cours de la contre-visite organisée par des militants associatifs et citoyens au plateau des Glières, Walter rencontre Stéphane Hessel, formant pour l’occasion un sacré beau duo. Et Stéphane Hessel de rappeler, plein de malice, que pendant la Seconde Guerre mondiale, « la France était vichyste dans sa grande majorité ». Avant d’ajouter, plus grave, que « le motif de base de la résistance, c’est l’indignation. Quand quelque chose nous indigne, on devient militant ».




