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Par Gilles Costaz - 14 juin 2012

Jean Vilar, écrivain méconnu

En prélude à l’ouverture du festival d’Avignon, d’intéressants textes inédits de son créateur.

On n’en finit plus avec les hommages à Jean Vilar ! D’aucuns pourraient s’en lasser, mais c’est à présent le centième anniversaire de sa naissance (il était né en 1912 à Sète, il est mort dans la même ville en 1971), et la commémoration repart de plus belle. On comprend que le prochain Festival d’Avignon ait cherché le deuxième degré et confié la soirée du 14 juillet à une troupe de théâtre de rue, KompleXKapharnaüM, pour célébrer l’inventeur de la manifestation d’une façon déjantée et sans respect excessif. D’ailleurs, les événements qui se créent à présent relèvent davantage de la recherche historique que de la leçon de philosophie théâtrale. De ce point de vue-là, ils révèlent un peu d’inconnu.

La nouvelle livraison des Cahiers Jean Vilar et l’exposition qui s’ouvrira en juillet dans la Maison Jean-Vilar, tous deux sous la direction de Jacques Téphany et la présidence de Jacques Lassalle, se focalisent sur l’homme pratique et réel. L’exposition montrera le directeur du festival et du Théâtre national populaire dans son travail quotidien et confrontant ses rêves à l’organisation de lourdes tâches.

La publication est composée de deux parties : l’examen de la presse le lendemain de la mort de Jean Vilar (en ce temps-là, il y avait tant de journaux et donc tant de choses à dire, dans une effervescence brouillonne dont Rodolphe Fouano rend compte scrupuleusement) et la publication de la correspondance inédite de Vilar avec son épouse, Andrée Schlegel, femme poète et dessinatrice. Il s’agit de la première moitié de cet ensemble, allant de 1941 à 1947. La suite, courant de 1948 à 1971, paraîtra dans les Cahiers de juillet. Cette correspondance, établie par Téphany, est vraiment digne d’intérêt. Elle met à nu le Vilar des débuts, acharné à réussir dans une période fort difficile (c’est la guerre), mal à l’aise entre son besoin de solitude et les exigences de la vie conjugale et familiale. Or, c’est le moment – du moins lors de l’immédiate après-guerre, en 1947 – où le métier et la critique vont le reconnaître et l’applaudir.

Lui qui sera l’homme des grandes salles et des grands espaces (le palais des Papes ! ) fait triompher ses visions de Strindberg et d’Eliot aux Noctambules, au Poche et au Vieux-Colombier, de toutes petites structures. « Je suis étonné que les gens puissent tant aimer notre travail », confie-t-il à Andrée. Mais le plus étonnant réside certainement dans une autre publication, celle d’une pièce de Vilar, Dans le plus beau pays du monde, par L’Avant-Scène Théâtre. Vilar n’a pas seulement rêvé d’être auteur de théâtre, il l’a été. On ignorait, comme nous l’apprend Fouano, qu’il a signé quatorze adaptations et quinze œuvres originales !

Ces textes n’ont pas tous été joués, la plupart dorment à l’état de manuscrits dans les archives de la Maison Jean-Vilar. Mais la pièce inédite et révélée, Dans le plus beau pays du monde, a de quoi stupéfier. Elle ne correspond en rien à l’image rigoriste et janséniste de Vilar, ni à ses mises en scène dépouillant le plateau jusqu’à la nudité. C’est une tragicomédie de l’amour, sensuelle dans son sujet et dans ses mots, qui évoque Beaumarchais, Marivaux, Musset et Jean Renoir. Un homme est persuadé qu’il a été trompé par la femme qu’il aime. Pris dans la ronde des séductions qui se déroulent dans la maison où il est descendu avec son amie, il traque la vérité et finit par préférer le mensonge. Ce n’est pas vraiment un chef-d’œuvre, mais, écrit en 1941 et souvent retravaillé, le texte a de grands moments de beauté et un chant très profond. Il est temps que les générations d’aujourd’hui réinventent le théâtre populaire sans trop tenir compte du grand ancêtre, mais découvrons Vilar écrivain. Il a été sous-estimé, comme il se sous-estimait lui-même.

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