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Par Sébastien Fontenelle - 22 octobre 2011

L’Effronterie Des « Noirs De France » N’A Décidément Plus Aucune Limite

Ce matin, dans Marianne, une certaine Laureline Dupont [10] s’émeut (et s’offusque) de la stupéfiante arrogance de nos Noir(e)s de proximité, qui font, désormais, tout à fait comme s’ils ne nous étaient plus redevables de rien.

(Alors que bon : je te rappelle quand même, Mamadou, que, globalement, si de généreux Blancs n’avaient pas rompu tes chaînes, tu serais encore en train de psalmodier de pénibles gospels dans ta cotonnerie - merci qui, Mamadou ?

Merci la Société des amis des Noirs.)

L’effroi de Laureline Dupont vient de ce qu’elle a découvert ceci : le dernier numéro de Respect Mag est un « numéro spécial » [11] qui se présente comme « 100% Noirs de France ».

C’est genre, tiens-toi bien : non seulement la totalité de cette publication est consacrée à ce que son directeur de la rédaction appelle (dans son édito) « la “France noire” » [12], mais les mecs poussent l’effronterie, précise l’indignée collaboratrice de Marianne, jusqu’à traiter, sur 90 pages [13], de « thèmes aussi variés que “la coiffure afro”, “le poids des communautés noires” dans la société, ou encore les discriminations dont ces dernières sont victimes » [14].

Pour Laureline Dupont, c’en est (beaucoup) trop : elle en tire l’évidente conclusion que ce « journal trimestriel “urbain, social et métissé” a troqué son traditionnel discours prodiversité contre une profession de foi communautariste » - et, disons-le, raciste.

(Anti-Blanc(he)s.)

Car en effet, demande Laureline Dupont, qu’est-ce qui se serait passé, mâme Durand, si un magazine avait publié un numéro spécial dont la une aurut été barrée « d’un bandeau : “100% Blancs de France” » ?

Laureline Dupont va vous l’expliquer, mâme Durand.

Laureline Dupont va vous dire la vérité sur ce qui se serait passé - et cette vérité est que « les associations antiracistes auraient crié au scandale, si un magazine avait eu la mauvaise idée de tamponner sa une d’un bandeau : “100% Blancs de France” ».

Et les associations antiracistes auraient eu vachement raison, d’après Laureline Dupont, parce que si qu’on commence à consacrer tout un numéro d’un trimestriel métissé rien qu’aux Nèg... Rien qu’aux « Noirs de France », c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres, et y aura bientôt, pourquoi se gêner, « un numéro “100% gays de France”, ou “100% juifs de France”, ou “100% bouddhistes de France” ».

(Dans l’esprit de Laureline Dupont, la couleur de peau et le choix d’un engagement religieux vers chez བསྟན་འཛིན་རྒྱ་མཚོ་ relèvent donc d’un même cheminement personnel - de sorte que si tu es encore contrôlé ce soir au faciès, Mamadou, faudra pas non plus que tu viennes geindre que c’est la cinquième fois aujourd’hui : personne t’obligeait à naître avec ce voyant teint d’ébène, alors, s’il te plaît, ne t’en prends qu’à toi-même.)

Laureline Dupont, dans sa puissantissime démonstration, a manifestement décidé, relevons-le, de ne pas s’embarrasser du minuscule détail que les magazines et autres médias dominants françousques sont, de fait, tout blancs, tout le temps - et qu’ils n’ont par conséquent aucune raison de fabriquer des numéros spéciaux 100% Whites : ça serait aussi incongru (ou redondant) que si, par exemple, ton boulanger doublait son enseigne d’une banderole proclamant que chez lui on fait du pain.

Prenons, au hasard, le dernier numéro de Valeurs actuelles, et cherchons-y du Noir de France : nous rentrons bredouilles, car tout le truc est d’une immaculée blancheur (sauf dans ses moments de podologie).

Prenons, au hasard, la chefferie de Marianne, et voyons si quelque Noir(e) de France s’y serait (par ruse) introduit(e) ?

Nenni : l’endroit est de la teinte claire d’une cagoule pointue d’Alabama.

Vérifions si les présentateurs et trices des two principaux jités français seraient pas des fois limite blackos ?

Point non plus : Pujadasse est blanc, Delahousse est blanc, Chazal est blanche, Ferrari est blanche.

Et tou(te)s ces Blanc(he)s font tous les jours et toutes les semaines une presse et une télévision bien blanches, éventuellement attentives aux « discriminations » qu’endure dit-on Mamadou [15] - mais qui jamais ne vont jusqu’à se mélanger de trop de Noir(e)s, un Roselmack une fois de (long)temps en (long)temps, on dit pas, mais point trop n’en faut.

(Et à Dieu ne plaise qu’un(e) Français(e) de pure souche congolaise s’introduise dans la rédaction en chef de Marianne, ou de tout autre hebdomadaire de même qualité : black is beautiful, d’accord, mais Laurent Joffrin is mieux encore.)

Question : Laureline Dupont s’est-elle jamais scandalisée, en ces cas, de ce qu’un esprit taquin pourrait presque prendre pour une espèce de très pérenne « communautarisme » ?

Qu’on sache : neun.

Qu’on sache : Laureline Dupont ne déplore jamais que les « Noirs de France » soient, chez la direction de Marianne [16], comme dans les pages de Marianne (où ils n’apparaissent, dans la plupart des cas, que dans les “brèves” de l’espace dédié à la « culture » [17]), assez faiblement représentés.

Qu’on sache : jamais Laureline Dupont ne s’est fendue d’un vif papier pour déplorer que l’éditocratie nous sature de grotesques débats 100% Blanc(he)s de France - allons, allons, ce n’est pas comme si des Noir(e)s pouvaient avoir sur d’aussi graves sujets que la primaire socialiste d’aussi tranchants avis que les nôtres.

Par contre : Laureline Dupont se met tout de suite à crier au « communautarisme » et au racisme, quand des Noir(e)s se regroupent dans une publication métissée sans inviter Blanche-Neige.

En cela : Laureline Dupont est bien d’une époque où de rigoureux intellectuels poussent des hurlements, dès qu’ils repèrent, dans un recoin de la société, un tout petit endroit où les « Noirs de France » ont l’à peine croyable prétention d’être ponctuellement plus nombreux que les Blanch(e)s.

D’une époque dans laquelle un ovationné « philosophe » peut délirer pendant des plombes sur le thème je-sais-que-si-qu’on-ose-dire-ça-la-police-de-la-pensée-de-la-tyrannie-de-la-bien-pensance-nous-enferme-à-la-Loubianka-mais-y-a-quand-même-vachement-de-Reunes-dans-l’équipe-de-France-de-football-hein-mâme-Dupont - sans jamais s’étonner que l’équipe de France de polo soit de son côté Whites only.

D’une époque dans laquelle Manuel Valls réclame qu’on lui mette vite fait des-Blanc(he)s-au-milieu-de-cette-incommodante-négritude dans tel marché de la ville d’Evry - mais sans jamais noter qu’il y a pénurie de Blacks au marché bio du boulevard Raspail.

En cela : Laureline Dupont est bien, aussi (et surtout), d’une époque qui tolère tout à fait les « Noirs de France ».

(Tant qu’ils restent à la place que leur assigne la presse blanche : celle de sujets, pour d’iconoclastes considérations éditocratiques d’où ressort que si-que-t’es-noire-quand-je-suis-blanc-Rokhaya-c’est-bien-qu’il-y-a-des-races-c’est-logique-Rokhaya-même-toi-tu-peux-le-comprendre, ou pour de très humanistes papiers déplorant que nos chers frères d’ascendance nègre fassent encore les frais, c’est vrai (c’est triste, mais c’est vrai), de quelques discriminations [18].)

Mais qui n’aime pas du tout que ces impudents personnages se rassemblent seuls, et sans Blanc(he)s dans leur entour, pour fomenter, horreur, un numéro spécial - vois-tu pas que, s’enhardissant, les mêmes ourdissent, la fois d’après, de faire loin de nous une presse militante ?

100% de Blanc(he)s ne provoquent jamais l’ire de qui s’énerve pourtant de 100% de Noir(e)s : tu peux le noter dans ton calepin, ça te resservira.

Notes

[1] Qui n’a, qu’on sache, aucun lien de parenté direct avec notre chère vieille mâme Dupont, que nous remplacerons ici, pour simplifier le propos, par sa voisine du troisième - l’excellente mâme Durand.

[2] Respect Mag n°31, octobre-novembre-décembre 2001.

[3] Voudrait-on pousser à bout Laureline Dupont, qu’on ne s’y prendrait probablement pas autrement.

[4] Bonjour les arbres qu’on abat.

[5] Le vieux coup des discriminations, combien de fois ils nous l’ont fait, sans déconner ?

[6] Qui les a un peu cherchées, quand il a fait le choix délibéré d’être un bouddhiste noir, plutôt qu’une white anglo-saxon protestant.

[7] Ou de n’importe quel autre « magazine » hebdomadaire.

[8] S’ils ont du moins pris la précaution d’enregistrer un album de reggae (ou de chaudes mélopées tribales).

[9] Mais ne les ont-ils pas eux-mêmes provoquées, à force d’exclure les Blanc(he)s des numéros spéciaux de Respect Mag ?

[10] Qui n’a, qu’on sache, aucun lien de parenté direct avec notre chère vieille mâme Dupont, que nous remplacerons ici, pour simplifier le propos, par sa voisine du troisième - l’excellente mâme Durand.

[11] Respect Mag n°31, octobre-novembre-décembre 2001.

[12] Voudrait-on pousser à bout Laureline Dupont, qu’on ne s’y prendrait probablement pas autrement.

[13] Bonjour les arbres qu’on abat.

[14] Le vieux coup des discriminations, combien de fois ils nous l’ont fait, sans déconner ?

[15] Qui les a un peu cherchées, quand il a fait le choix délibéré d’être un bouddhiste noir, plutôt qu’une white anglo-saxon protestant.

[16] Ou de n’importe quel autre « magazine » hebdomadaire.

[17] S’ils ont du moins pris la précaution d’enregistrer un album de reggae (ou de chaudes mélopées tribales).

[18] Mais ne les ont-ils pas eux-mêmes provoquées, à force d’exclure les Blanc(he)s des numéros spéciaux de Respect Mag ?

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