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Par Claude-Marie Vadrot - 6 mai 2009

L’Espagne ramène de moins en moins sa fraise

Comme les Français commencent à se rendre compte que la fraise industrielle en provenance d’Andalousie est dangereuse pour les saisonniers agricoles, pour les consommateurs et pour l’environnement, les ventes de cette "chose" sont en train de s’effondrer

Il y a deux ans, j’avais expliqué dans Politis que les Français consommaient hélas chaque année plus de 80 000 tonnes de fraises industrielles produites en Andalousie sous licence californienne. Une fraise qui avait à la fois l’aspect et le goût d’une tomate. Une fraise produite grâce à des produits chimiques dangereux pour nettoyer les sols (Chloropicrine, dérivés d’acide nitrique, bromure de méthyle, etc.). Des substances qui ont pour premier effet d’empoisonner lentement les travailleurs saisonniers marocains, africains et roumains, qu’ils aient ou non des papiers. Avec des cancers de la peau et des maladies respiratoires. Des substances qui ont pour second effet de stériliser les sols et pour troisième de polluer les nappes souterraines qui alimentent les habitants de la région et les marais du Parc national de Doñana, une des zones de repos des oiseaux migrateurs les plus importantes d’Europe. Pollution qui se concentre peu à peu car la moitié des systèmes d’irrigation sont branchés sur des puis à la fois illégaux et « tolérés ». Cette fraise, produit totalement artificiel et industriel, représente en outre une production hors saison : à partir de clones de fraisiers enfournés dans d’immenses frigos destinés à leur donner « l’illusion » de l’hiver avant d’être mis en terre au mois d’octobre, de façon à ce que les premières fraises soient mures, sous serres, à la fin du mois de janvier. Histoire de devenir produit d’appel très rentable pour la grande distribution qui joue sur le hors-saison.

Ces fraises, sur des sol sableux artificialisés et stérilisés, sont ensuite nourries par un système d’irrigation qui véhicule à la fois des pesticides, des insecticides, des fongicides et des engrais. De la grande industrie alimentaire. A la fin de la saison, les fraisiers sont détruits et tous les plastiques, ceux des serres et ceux qui recouvrent les sols, sont dispersés et entassés n’importe où. Avec les milliers de bidons de produits nocifs abandonnés et portant tous des noms interdits et des signes rappelant que ce qu’ils contenaient est dangereux pour les êtres humains et pour l’environnement. Sans oublier que ces fruits rouges à l’extérieur et vert (et durs) à l’intérieur sont évidemment chargés des traces de tous les produits (interdits ou tolérés) qui ont été utilisés avant et pendant leur production. Ensuite, comme un malheur n’arrive jamais seul, ces fraises parcourent, en deux fois, avec un premier déchargement sur la Plate-Forme Saint Charles de Perpignan, un peu plus de 2000 kilomètres en camions pour parvenir dans les rayons de la grande distribution qui a été à l’origine de cette production. A Perpignan, un laboratoire officiel teste ces fraises mais ses responsables n’ont pas le droit de révéler ce qu’ils ont trouvé comme résidus...sauf aux entreprises qui les vendent, résultats qui ne sont d’ailleurs disponibles que lorsque les fraises, fruits fragiles, sont reparties vers les grandes surfaces. Mais en enfin, comme il y a une justice immanente et que les consommateurs sont de plus en plus méfiants, la consommation de fraises espagnoles en France a baissé de plus d’un tiers cette année et des milliers de tonnes ont du être jetés par les circuits de distribution. Comme quoi il n’est pas nécessaire d’appeler au boycott quand la ficelle est vraiment trop grosse. Cette chute de la consommation des fraises andalouses a d’ailleurs et hélas permis à des producteurs français de cultiver ces fruits dans le sud de la France à peu prés dans les mêmes conditions d’artificialité. Quand ils ne peuvent pas acheter les produits de traitement interdits en France, il leur suffit de franchir la frontière espagnole pour s’en procurer. Il ne reste plus à espérer que le consommateur français leur réservera le même accueil après avoir compris que l’agriculture industrielle utilise les mêmes artifices dangereux et énergétivore des deux côtés des Pyrénées. A la fin du mois de mai, sur France 5, un film racontera l’histoire des fraises espagnoles.

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Commentaires de forum
  • Janick 6 mai 2009 à 21:42

    Quand on a été élevée à la fraise du jardin "cheminot" de son papa, la fraise espagnole a juste été goûtée - si l’on peut dire - et vite rejetée.

    Je suppose qu’une fois de plus ce sont les plus pauvres des citadins qui achètent ce produit.

    Ben oui, vous nous avez informés dans Politis mais qui lit Politis ?.

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  • Claude-Marie Vadrot 6 mai 2009 à 22:16

    Non, ce ne sont pas les "pauvres" citadins (seulement) qui ont acheté ces fraises. Pour au moins deux raisons :
    - Elles sont chères sauf au moment, maintenant, où les grandes surfaces les bradent
    - Les "non-citadins" sont statistiquement aussi crédules que les citadins.

    Je ne sais pas combien de gens lisent notre journal Politis, mais je sais que le premier papier sur la fraise espagnole a fait le tour de France de la Toile.

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  • Pierre 7 mai 2009 à 12:34

    Les Andalous seront -sont déjà- les premiers à souffrir des conséquences de l’agriculture industriello-intensive qui pollue et assèche les sols tandis que le réchauffement climatique progresse. Mais la chute de la consommation que vous évoquez est-elle due à une information et une prise de conscience ? Et ce qui est vrai pour la fraise ne l’est-il pas pour une large partie des fruits et légumes produits 24 mois sur 24 au sud de l’Espagne ? Que faire alors pour consommer raisonnablement si l’on n’a ni les moyens ou l’opportunité de s’alimenter en bio de proximité ni le temps de militer en Amap ? Les procédés mis en oeuvre pour produire fraises bretonnes et tomates hollandaises sont-elles moins nocifs que ceux de leurs concurrentes andalouses ?
    Bref quelles conséquences les consommateurs ordinaires peuvent-ils tirer en pratique du constat écologique que vous dressez ?

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  • sergio 8 mai 2009 à 11:51

    artricle ô combien fécond, en amont la surexploitation des travailleurs migrants (leur déplorable condition de vie etc.), le refus de l’Allemagne (entre-autre pays) d’importer certains produits espagnols, dont certains sont bourrés de produits chimiques (produits interdits par l’U-E,depuis peu certes, cela suite à une intervention de l’Allemagne, d’ailleurs...), très bon papier en vérité ! Quant à ce monsieur/madame janick : "l’ignorance sait qu’elle n’a rien à dire", quand on insinue etc.

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  • Claude-Marie Vadrot 8 mai 2009 à 12:33

    Le cas de la fraise n’est pas unique : juste le symbole d’un type d’agriculture demandé voire exigé par la grande distribution.
    J’ai l’impression que le consommateur français commence à se rendre compte des dégats sociaux, environnementaux et sanitaires d’un certain type d’agriculture. Alors, au consommateur de faire un effort d’imagination pour acheter des produits de saison (moins de produits pour les maintenir en vie...), des produits de proximité sur les marchés, des produits bio en "oubliant" un certain nombre de magasins spécialisés qui spéculent sur le bio. Et il y a les Amab, même en ville. Mieux se nourrir, donc mieux vivre, en favorisant une agriculture cela vaut bien un petit effort et avec un peu d’imagination ; et au même prix que les saloperies d’Auchan ou de Leclerc ;
    Ne pas acheter de courgettes, de tomates, de fraises ou de concombres en hiver, ce n’est quand même pas une galère !

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  • Calagan 12 mai 2009 à 09:01

    Le pb principal de la consommation consciente ou citoyenne ou écolo... etc. est tout de même le prix hallucinant des fruits et légumes bio qu’on peut acheter en AMAP ou en coopérative (du moins par chez moi, à Paris). En tant que pauvre, comme quelques millions de mes congénères, je ne peux clairement pas me permettre d’acheter des carottes ou des patates à 3 ou 4€ le kilo (limite, c’est le prix de la côte de porc dans les supermarchés ED), sans même parler des tomates ou des courgettes...
    Le consommateur n’est pas non plus completement libre...

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  • Marie-Hélène 12 mai 2009 à 21:55

    Pour une fois qu’on a de bonnes nouvelles ! et pour une fois qu’on a la preuve que les français refléchissent un peu pour une fois ! Moi, celà fait plusieurs années que je n’achete plus de fraises espagnoles, elles n’ont en plus aucun goût ce qui explique sans doute la chute des ventes. Il faudrait de plus les acheter en saison (à partir de maintenant en fait)
    Espérons que celà aura des effets positifs sur l’environnement en Andalousie. En fait, il faut s’abstenir toute les fruits et légumes de cette région.

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  • Claude-Marie Vadrot 12 mai 2009 à 23:11

    On a la liberté qu’on se donne et qu’on cherche. Les carottes à 4 euros le kilo, c’est en barquette. Et il est bien connu que les marchés bio parisiens sont hors de prix. Mais pas les AMAP. Le mythe du bio "inaccessible" a la vie dure.

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  • Laurent 13 mai 2009 à 14:46

    Je dirais même plus, dans les biocoops, surtout avec les cartes de fidélité, les fruits et légumes ne sont pas hors de prix (la viande si, mais on peut en manger moins ET attendre les promotions pour date de péremption proche...)

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