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Par Michel Soudais - 23 mai 2009

L’élargissement atlantiste de l’Europe

On n’écrit pas sans s’exposer à la critique. C’est, si je puis dire, la règle du jeu. En période électorale, le journaliste risque à chaque ligne de contrarier les stratégies de communication des partis en compétition. Et plus ces partis s’estiment proche d’un journal, plus ils lui en font le reproche. Le lecteur de Politis peut ainsi prendre connaissance, cette semaine, dans son courrier des lecteurs, d’une lettre d’Alain Lipietz particulièrement mécontent du traitement des européennes dans notre (votre) hebdomadaire. En ce qui me concerne, le député européen (Verts) me reproche de ne pas m’intéresser « au contenu de ce qui est voté ». Et plus précisément d’avoir critiqué (dans le n°1050 du 30 avril) « le PSE pour avoir voté avec les Verts une résolution sur les rapports transatlantiques ».

S’il est un reproche qu’on ne peut pas me faire, c’est bien celui-là. En outre l’exemple est bien mal choisi. Car si effectivement, dans le numéro en question, je n’ai mentionné cette résolution que brièvement. Mais pour la double raison (toute bête) que je ne pouvais détailler trop le contenu de cette résolution sans exploser la longueur imposée à tout article sur support papier et, aussi, que j’avais déjà programmé d’en détailler le contenu et le background historique dans l’édition de cette semaine (Politis n°1053, 21 mai 2009).

Dans mon article consacré aux « mensonges et omissions » des dirigeants du PS, j’expliquais donc que ceux-ci ne pouvaient « prétendre que l’atlantisme serait l’apanage de la droite européenne ». Pour preuve je signalais (brièvement, j’insiste) à l’intention des lecteurs qui sont nombreux à l’ignorer, que l’ensemble des députés PSE, socialistes français compris, « mais aussi les Verts », avaient « voté avec la droite », le 26 mars dernier, « une résolution qui prône un rapprochement systématique de l’UE et des Etats-Unis dans de nombreux secteurs, dont la politique étrangère et la défense ». Suivaient deux citations de cette résolution : non seulement elle « souligne l’importance de l’OTAN en tant que pierre angulaire de la sécurité transatlantique » mais appelle aussi à accélérer la réalisation d’un « marché transatlantique unifié d’ici à 2015 ». Pour finir, je m’émouvais que ce projet soit « soigneusement caché aux électeurs » bien qu’il ait été initié en 2006 avec un rapport d’Erika Mann, une eurodéputé SPD.

Les informations sur ce projet de grand marché transatlantique unifié sont si rares que le fait d’en évoquer l’existence en présence d’élus UMP, MoDem, PS ou… Verts vous expose soit une dénégation pure et simple, soit à l’incrédulité de votre interlocuteur.

La bibliothèque verte vaut bien la bibliothèque rose

Alain Lipietz est dans le premier registre, la dénégation : « Il est connu que les Verts ont été, tant à Strasbourg que nationalement, écrit-il, en pointe dans les manifestations contre le sommet de l’Otan. Cherchez l’erreur ! » Mes excuses Alain, mais l’argument ne me semble pas des plus pertinents. Un parti capable de présenter ensemble à la même élection Daniel Cohn-Bendit, partisan du capitalisme [1] et rétif au maintien des services publics [2], et José Bové, écologiste anticapitaliste [3] et attaché aux services publics [4], peut fort bien compter dans ces rangs des militants hostiles à l’Otan et des élus plus accommodants.

Le courrier d’Alain nous livre cependant une explication plausible du vote des Verts : « Il suffit de lire le texte incriminé pour constater qu’il s’agit essentiellement d’une critique de la politique internationale de George Bush, l’expression de l’espoir de nouveaux rapports à établir avec l’Amérique d’Obama, et, s’agissant des relations commerciales, une critique des mesures protectionnistes des États-Unis (l’UE étant largement excédentaire dans ses échanges avec les États-Unis, de nombreux emplois sont menacés), écrit-il. Quant à l’Otan, le texte incriminé va jusqu’à prôner "un partenariat entre l’Union européenne et l’Otan", alors qu’une partie importante des pays européens sont actuellement membres de l’Otan ! Autrement dit, le texte voté souhaite que l’Union européenne et l’Otan soient deux entités distinctes établissant des rapports contractuels ! » Je connaissais la bibliothèque rose, je découvre la bibliothèque verte, qui n’est pas moins emprunte de naïveté.

Le « socialiste » Pierre Moscovici mêle dénégation et incrédulité. Pour couper court à toute discussion. C’est au cours de Pluriel, l’émission politique de Radio Orient, que je l’ai questionné sur les raisons qui avaient pu conduire les eurodéputés du PS à se prononcer en faveur de ce « marché transatlantique unifié » qui élargirait l’Europe à l’Ouest. Premier tir de barrage : « Je ne connais pas de force politique française qui l’approuve. » Comme j’insistai, annonçant la publication de la feuille de vote, le député du Doubs me fit une nouvelle réponse, stupéfiante : « Je vous assure que s’ils l’ont voté c’est que franchement c’est pas ce que vous dîtes. »

Ecoutez l’intégralité de cet échange.

Moscovici : "S’ils l’ont voté c’est que c’est pas ce que vous dîtes."

L’impossible discussion

Il est pour le moins curieux qu’un projet qui envisage de créer demain (en 2015 !!!) un nouveau marché commun selon les règles néolibérales (dont on connaît désormais les effets néfastes) ne puisse être discuté. Que l’immense majorité des élus en aient peu ou pas entendu parler. Et que ceux qui sont censés le connaître en font une interprétation si lénifiante qu’on se dit forcément qu’on n’a pas lu le même texte.

Après le long papier que j’ai consacré cette semaine à l’exposé de cette résolution et au projet qu’elle recèle, il me semble superflu d’y revenir. Si ce n’est pour rappeler qu’une résolution n’est certes pas un texte normatif mais donne une indication politique de la position du Parlement européen à l’attention de la Commission Européenne et des Etats Membres. Elle indique l’état d’esprit des eurodéputés qui l’ont voté et la vision qu’ils ont du projet européen.

Ceux qui l’ont approuvé
- considèrent que « le partenariat transatlantique et l’OTAN sont indispensables à la sécurité collective ».
- sont « convaincu(s) que la relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis constitue le partenariat stratégique le plus important pour l’Union européenne ».
- estiment approprié la « négociation (d’un) nouvel accord » de partenariat transatlantique sitôt le traité de Lisbonne entré en vigueur.
- soulignent « la nécesité de poursuivre le renforcement des capacités civiles et militaires de l’Europe » et se félicitent « de la reconnaissance, lors du sommet de l’OTAN à Bucarest en avril 2008, de l’importance d’améliorer la capacité de défense européenne pour renforcer la sécurité transatlantique ».
- Etc.

J’arrête l’énumération. Le texte prône un rapprochement systématique de l’UE et des USA en matière de politique étrangère, sur la défense (avec le rôle souligné de l’OTAN) mais aussi la sécurité et la justice, les finances et l’économie avec le projet de grand marché transatlantique. Celui-ci prévoit le démantèlement de toutes les entraves à la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes entre l’Union Européenne et les Etats-Unis (comme c’est le cas au sein de l’UE, entre les états membres), et la création d’instances politiques supranationales non élues pour le diriger. Le tout étant au service d’un nouvel ordre mondial.

Tout un chacun peut prendre connaissance de cette résolution en cliquant sur ce lien, et se faire sa propre opinion.

Et savoir qui a voté pour, qui a voté contre, en consultant la feuille de vote dans ce document, à la page 28.


Notes

[1] « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché » (Une envie de politique, 1998, La Découverte).

[2] « Des services comme le téléphone, la poste, l’électricité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État. » « Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision. » (Libération du 6 janvier 1999).

[3] « L’écologie n’est pas compatible avec le capitalisme » (chat sur le site lemonde.fr, 7 mars 2009).

[4] « Il faut défendre les services publics contre la marchandisation et le transfert de ses services publics vers les multinationales, vers le privé. » (Le Bien public, mercredi 11 avril 2007).

Commentaires de forum
  • sergio 23 mai 2009 à 19:35

    AMÈRE VİCTOİRE

    Probable défaite de tous les partis politiques.

    Selon les uns la responsabilité en incomberait au seul gouvernement, selon d’autres se sont les "antis" européens (les étiquettes sont bien commode pour évacuer les problèmes) qui à eux seul en porteraient l’entière responsabilité, et enfin pour d’autres encore se serait le jeu stratégique et personnel de quelques dirigeants charismatiques qui en serait la cause principale.

    Mais de quoi s’agit-il donc ?

    De la bérézina démocratique annoncée, et c’est l’Europe "démocratique" (notez la liaison) qui en serait la première victime !

    Sur un autre site (La Sociale) un appel est lancé pour ne pas cautionner la destruction de la démocratie, de notre démocratie !

    Les uns préconisent franchement l’abstention, pour d’autres c’est du bout des lèvres le "cul entre deux chaises", et pour les derniers (très minoritaires) c’est un appel à l’union sacrée face à la "droite" et à la catastrophe électorale annoncée.

    Il faut raisonner sereinement, pourquoi faire comme si ?

    L’argumentaire des participants à ces élections européennes ne convainc pas grand monde, alors que les abstentionniste n’auraient soit-disant pas beaucoup d’effort à faire pour dissuader nos chères concitoyennes et nos chers concitoyens de remplir leur devoir de "bon" citoyen (le refus d’obéissance est aussi un acte de bon citoyen) ; comme si ceux qui prenaient la décision de s’abstenir n’étaient pas de bons citoyens, comme si ces insouciants n’avaient pas produit d’éléments assez étayés et convaincants, éléments faisant largement contre-poids aux arguments des européïstes, pour en assumer (en connaissance de cause) la décision politique.

    A ces convaincus du devoir électoral de "gauche", on doit dire gentiment mais fermement, qu’ils auront à assumer la défaite politique de leur camps.

    La droite prépare déjà des contre-feux à sa future défaite. Elle devancera le PS, nous dit-on, la belle affaire ! Cela sera-t-il suffisant pour la faire passer pour une "victoire" ?

    La "victoire" du moins perdant, et encore, c’est pas si sûr. Certains chez eux parlent même d’une revanche !

    On a les "victoires" et les "revanches" que l’on peut, et dans ce cas ils peuvent peu !

    Maintenant, ils faut parler du camps des très probables vainqueurs. La première victoire, la fameuse victoire des "nonistes", il faut constamment rappeler que cette victoire fut confisquée, qu’ils furent dédaigneusement et outrageusement ignorés de Sarkozy, qui leur fit même l’affront de passer outre leur vote démocratique (1) en escamotant leur victoire.

    Bien, ceci dit, que tout le monde ou presque connaît, que vont faire les abstentionnistes de leur très probable seconde victoire écrasante ? Pourront-ils s’organiser via des comités ou s’organiser en groupes d’abstentionnistes revendicatifs ?

    Mystère ?

    Ce qui est plus probable, c’est que la crise cours toujours, rien de sérieux ou presque n’a été fait. Ils (les gouvernants) ont décidé de régler, l’effondrement du système bancaire et de crédit, par encore plus de crédits. Et dans le cas présent, il s’agit des États, (dont les États européens) qui pour résoudre la crise de confiance, se sont substitués aux banques et aux citoyens, en achetant leurs propres "bons du trésor ". La prochaine étape, et on peut de moins en moins en douter, c’est l’implosion des États eux-mêmes ! Dans un premier temps les déficits puis, la confiance des investisseurs et pour finir la faillite des États.

    Les seules victimes de la "crise" majeure actuelle, se sont les chômeurs, des centaines, des millions de chômeurs... En France ils sont 1000 par jour, à grossir les rangs des victimes de la "crise". Même en faisant l’impasse totale (ou quasi totale) sur le sujet, il ne serait pas étonnant que l’on assiste à une crise sociale majeure, dans les semaines, voir les mois qui viennent.

    Qu’attend-t-on pour proposer un programme et un gouvernement de Salut publique ?

    (1) il n’est plus question de qualifier la France de démocratie (parlementaire), mais plus précisément de République monarchique, et cette confiscation est un dénie de démocratie (certains parlent de haute trahison). On a confisquer la souveraineté au peuple, a lui de la reprendre !

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