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Par Claude-Marie Vadrot - 3 février 2012

L’hiver tardif menace la nature

Chronique « jardins » du week-end. Le froid qui s’abat tardivement sur la France a des conséquences néfastes sur la nature qui s’accommode mal de ces brusques changements de températures.

Il fait froid. C’est indéniable, et les médias s’enflamment. Même si en consultant les relevés des deux dernières années il est facile de constater que des températures basses du même ordre de grandeur ont été mesurées. Mais trop de journalistes, pris au piège de l’instantanéité, ont de moins en moins de mémoire et transforment quelques centimètres de neige en catastrophe nationale. Sans évoquer les quelques imbéciles ou objecteurs de climat qui se trouveront toujours pour aller raconter « allègrement » aux journaux de 20 heures que les modifications du climat sont une fable.

Les jardiniers savent bien, comme les climatologues, que la réalité est différente et ne confondent pas modifications climatiques et disparition des hivers. Les jardiniers savent aussi ce que je constate dans mon jardin : les narcisses, le perce-neiges, les iris à bulbes, les crocus sont en fleurs sous quelques centimètres de neige, hampes pendantes sous le gel. Ils constatent aussi que les bourgeons des pêchers, des abricotiers et des pruniers sont déjà très gonflés, laissant parfois apparaître depuis quelques jours des pointes de couleurs. Trop tôt, la nature a été une fois de plus piégée.

Une conséquence des modifications climatiques qu’annonce le Groupement international pour l’étude du climat (GIEC), à la pointe sur cette question depuis 1988. La récurrence des automnes et surtout des hivers doux, comme celle constatée en mon jardin de Loire, n’implique pas la disparition des grands froids. Bien au contraire. Il les rend de plus en plus dangereux. Les journalistes des villes ne le savent pas, ne veulent pas le savoir, se bornant à aligner le nombre des voitures dont les conducteurs ne savent plus conduire sur quelques flocons de neige et s’en prennent aux services publics qui seraient incapables de les protéger.

Les nouveaux hivers tardifs représentent une menace permanente et nouvelle sur le milieu naturel et l’agriculture. Les hérissons qui batifolaient dans mon jardin la semaine dernière ont regagné leurs abris de branchages et de feuilles pour dormir encore un peu ; et les fouines se sont rendormies au grenier. Tout comme les ours qui ont regagné prestement leurs tanières d’hivernage. Sur les bords de la Loire, quelques aigrettes cherchent en vain de la nourriture et s’épuisent. Les oiseaux, qui ne lisent pas les livres des climatosceptiques, ont cru à l’arrivée du printemps. Ils sont revenus en avance, avec beaucoup d’avance, de cieux plus cléments et ils ne trouvent plus de nourriture, les granivores comme les insectivores. L’aide que je leur apporte pour compenser ne les sauvera pas tous car ils ne peuvent pas repartir vers un climat doux lointain au terme de leur migration avancée. D’autant plus qu’ils sont nombreux, trop nombreux, à être à la recherche d’une flaque d’eau leur offrant de quoi boire.

Que va-t-il rester des fleurs fruitières en devenir brusquement congelées après avoir été gorgées d’eau et de soleil ? Il est à craindre que beaucoup se dessèchent et tombent, diminuant fortement les récoltes. Dans le centre de la France comme au Sud. Le danger est là, au jardin comme dans les grands vergers où un traitement chimique de plus ne rendra pas miraculeusement de la vigueur aux bourgeons abîmés. Les variations climatiques sont une menace de plus en plus précise contre la production agricole. Et il n’y a rien à faire, sauf à agir pour mettre un frein aux émissions de gaz à effet de serre.

Les serres en plastique sauveront les salades, la mâche et quelques navets. Mais pour les arbres fruitiers, il n’existe guère de remèdes, pour l’amateur comme pour le professionnel. Et tous ceux qui comptent sur leurs jardins pour survivre, pour faire face à la crise, n’ont rien pu faire. Parce que depuis des années, les climatosceptiques battent les estrades en répétant que les écologistes et les amoureux de la nature ne sont que des catastrophistes professionnels. Parce que, soulagés par les nouveaux prophètes du bonheur du développement sans fin, les politiques, tous les politiques, sont trop heureux de les écouter et de ne rien faire. Le soleil illumine mon jardin glacé, pris au piège des modifications climatiques, et je ne peux rien faire pour la flore et la faune. Ni sauver les abeilles mortes et tous les insectes qui avaient cru au printemps.

Nota Bene :

Photo : PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

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Commentaires de forum
  • dav 4 février à 06:45

    Je ne suis pas climatosceptique, mais concernant les oiseaux migrateurs je m’interroge : sentiraient-ils, du fin fond des contrées lointaines où ils migrent, la douceur revenir en avance ici ?

    Les fruitiers, eux, sont bien évidemment trompés, enracinés qu’ils sont.

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  • Claude-Marie Vadrot 4 février à 09:54

    C’est plus compliqué que cela : d’une part les scientifiques n’ont pas encore tout compris dans le mécanisme des migrations ; d’autre part ce n’est pas seulement la douceur qui guide les migrations, c’est la quantité de nourriture disponible. Enfin, les oiseaux partent de moins en moins loin, donc reviennent de plus en plus tôt. Un exemple : les scientifiques suisses qui suivent la même cigogne depuis 11 ans grâce à une minuscule balise satellite ont constaté qu’il y a dix ans, elle passait l’hiver au sud du Maroc et dans le nord du Mali ; sa destination finale est peu à peu remontée et depuis trois ans, elle hiverne prés de Madrid.

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  • Romain 8 février à 00:13

    Cet article me met les larmes aux yeux. Notre si belle nature dévastée par ce monde fou, au moins en partie... Résistons...

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