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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 6 juillet 2012

BCE : un geste dérisoire pour rassurer la zone euro

La Banque centrale européenne vient d’abaisser son principal taux directeur pour tenter d’atténuer les effets d’une récession qui gronde déjà. Les explications de Nicolas Béniès, économiste et membre de la Fondation Copernic.

La finance craint les mois d’août. Après l’explosion de la première crise financière en août 2007 et le rebondissement de la crise de la dette en août 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a voulu une énième fois « rassurer les marchés », jeudi 5 juillet. Elle a baissé son principal taux directeur à 0,75 %, son plus bas niveau historique. 

Source : BCE / AFP

Une mesure avant tout symbolique, qui ne permettra pas de juguler la profonde récession qui s’annonce sur la zone euro, selon l’économiste Nicolas Béniès, membre de la Fondation Copernic. 

Quels sont les effets recherchés par cette baisse du principal taux directeur de la BCE ? 

Nicolas Béniès : C’est un signal envoyé aux marchés. La Banque centrale européenne montre qu’elle aidera les banques à ne pas faire faillite. 

Il s’agit aussi de répondre à une situation de récession très profonde et synchronisée, qui touche toute la zone euro. Certes pas encore dans les termes de la définition légale – selon laquelle il y a « récession » lorsque le PIB baisse pendant deux semestres consécutifs –, mais, en France, la croissance devrait avoisiner 0 % au premier semestre, et le chômage est en augmentation. La zone euro est devenue l’épicentre de la crise qui a débuté aux États-Unis en 2007. 

Avec un taux directeur extrêmement bas, on espère que les banques et les institutions financières qui ont des problèmes de liquidités pourront emprunter de l’argent à la Banque centrale européenne. Et ce, afin d’alimenter ensuite les entreprises et les ménages. Car, aujourd’hui, la tendance est au remboursement des dettes, au « désendettement », plus qu’au recours à l’emprunt. Cela accentue le repli de l’activité. 

De plus, depuis la crise, les banques ne se font plus confiance les unes les autres. Elles ne se prêtent plus mutuellement de liquidités, car le risque de faillite bancaire est très fort. La BCE tente de prendre la place de ce « marché interbancaire » pour éviter à court terme que les banques soient à court de liquidités et fassent faillite. 

Car, aujourd’hui, quasiment toutes les grandes banques de la zone euro peuvent faire faillite, en même temps. Cela créerait une situation explosive. 

Le véritable enjeu est celui du rachat de la dette publique par la BCE ? 

Ce qui est proposé aujourd’hui, c’est que la BCE achète de la dette déjà émise sur le « marché secondaire ». Pour diminuer le poids des marchés et de la spéculation sur la dette actuelle. 

Les États nations pourront aussi intervenir pour sauver les banques comme ils l’ont fait après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Mais, aujourd’hui, les sommes envisagées sont 10 fois supérieures à celles qui ont été mises en œuvre après la crise des subprimes. 

Le véritable problème est que les États ont laissé les banques poursuivre leur activité comme avant la crise. Les problèmes qui étaient réglés à court terme après la faillite de Lehman Brothers se sont donc aggravés. Les marchés financiers exercent toujours une mainmise sur l’ensemble de l’économie. Si bien qu’aujourd’hui, avec la crise des dettes souveraines, ils menacent la zone euro d’implosion. Car il y a un écartèlement jamais vu au sein de la zone euro entre les taux d’intérêt des différents pays sur les marchés financiers. À moyen terme, l’Allemagne a des taux proches de 0 %. La France emprunte à moins de 2 %, ça ne s’est jamais vu. À l’inverse, en Italie, en Espagne, au Portugal, ou en Irlande du Sud, les taux d’intérêt restent très élevés, autour de 7 %. On sait bien que cela posera des problèmes de paiement des intérêts de la dette et un déséquilibre qui ébranle la cohésion de la zone euro. 

Quel devrait être le rôle de la Banque centrale européenne ? 

Elle devrait être la prêteuse en dernier ressort. Pour répondre aux besoins de financement des États, comme la Banque de France l’avait fait jusqu’aux années 1980, ou comme le fait la Banque fédérale américaine. En finançant directement les besoins de financement des États, la BCE pourrait répondre à la situation actuelle des pays en difficulté (Grèce, Italie, Espagne, Irlande, etc.). Cela les sortirait de la mainmise des marchés financiers.

Cela suppose une autre structuration de la finance. C’est une question essentielle qui est posée, y compris aujourd’hui par certains économistes proches du Medef, qui estiment qu’il faut réglementer les marchés financiers, car ils s’inscrivent dans une logique à court terme et bloquent totalement l’investissement productif. 

Le monde capitaliste est réellement entré dans une nouvelle phase de sa crise, qui est plus profonde que la crise précédente, avec toutes ses dimensions : financières, économiques, sociales, culturelles – parce qu’il y a une vraie crise des valeurs. Ce qui va se produire maintenant, avec l’augmentation du chômage et les restructurations d’ensemble des industries, ce sont des destructions extrêmement profondes. 

Comme le dit l’adage : « On est dans une situation telle d’incertitude, que cela rend la panique rationnelle. » Ceux qui ne sont pas paniqués aujourd’hui sont des fous.

Nota Bene :

Photo : AFP / Keld Navntoft

Le président de la BCE, Mario Draghi, à Copenhague le 30 mars 2012.

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