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Par Bernard Langlois - 18 août 2010

La colère et la honte

Le texte que vous lirez ci-dessous n’est pas de moi …

Il est d’un honnête homme, d’un citoyen, d’un républicain qui, comme tant d’entre nous, ne supporte plus ce que le voyou de l’Elysée et sa clique ont fait de notre pays.

Autant, et peut-être plus encore que nous, tant Rémi Thivel (c’est son nom) est familier de l’air des cimes. Ce Pyrénéen est en effet guide de haute montagne, et, outre ses « notes d’actu » comme celle qui suit, vous pourrez voir sur son site de superbes photos …

Il écrit donc ceci :

Voici des images tournées dans une obscure république où un petit homme sans esprit, soutenu par une bande de copains patrons de presse, barons de la finance, empereurs du pétrole et du béton a fini par prendre le pouvoir, au bénéfice de discours populistes, basés sur l’opposition entre les différentes classes sociales, la peur de l’autre et des recettes simplistes dignes des meilleures brèves de comptoirs.

En trois ans, le messie gigotant sur son trône a pris le contrôle direct des télés et radios publiques où les humoristes trop satiriques ont été muselés. Il vidéo-surveille, traque, relève l’ADN d’une large partie de sa population, garde à vue tout suspect, tente de démanteler les garde-fous d’une justice qui devrait faire la part belle aux puissants.

Son équipe et lui pillent petit à petit tous les biens collectifs. Ils les refilent à leurs copains des groupes privés dont ils ont longtemps côtoyé les conseils d’administration. Le discours, aussi bien huilé que faux, consiste à dire que la concurrence fait baisser les prix. Pourtant, la vie n’a jamais été aussi chère. Toute autre proposition de modèle économique est immédiatement taxée d’ultra-gauchisme aux relents staliniens. Cela permet de faire oublier que lorsqu’on dîne ensemble ou que l’on voyage sur les mêmes jets privés, on arrive aisément à s’entendre pour maintenir les prix hauts et continuer s’engraisser entre gens de bonne compagnie, sur le dos de salariés sous pression, devenus une variable d’ajustement entre toutes.

Ils rognent sur la santé, ne reversent pas les taxes pour mieux creuser le trou de la sécurité sociale et ainsi peu à peu justifier sa privatisation, car vous comprenez, ça ne peut plus durer. Ils nous pondent régulièrement des enquêtes démontrant que l’éducation nationale ne fait pas son boulot et que les profs du public sont tous des fainéants. Nous ferions bien de confier nos gamins aux écoles privées.

Ils rejètent tout système de répartition, la vie c’est chacun pour soi, la réussite consiste à en avoir une plus grosse que son voisin. Il faut être toujours plus rentable, plus performant. Il convient de garder un maximum de gens juste au-dessus du seuil de pauvreté, sous contrats précaires, travaillant le dimanche, la nuit, vivant dans des logements insalubres hors de prix. Le travailleur pauvre est idéal car il ne se révolte pas, lui au moins a un travail, alors il est docile, il pourrait tout perdre.

Une bonne dose de société du spectacle par accompagner tout ça et le tour est joué : des séries policières en permanence édulcorent l’image des forces de l’ordre. Des reality show pitoyables font en sorte que tout se vaille, tout se ressemble. Des journalistes passifs sans répartie interviewent nos gouvernants. Des people sans talents sont censés devenir nos modèles. Tout pour rendre nos cerveaux disponibles. Le bonheur passe désormais par une consommation compulsive d’objets souvent inutiles et obsolètes sitôt achetés.

Aujourd’hui, le petit homme trépigne car il a beau avoir choisi une poupée (sans voix) comme épouse pour impressionner le populo, il a beau faire plein de moulinets avec ses petits bras, multiplier les voyages dans des jolis avions tous neufs pour visiter les grands de ce monde, rien n’y fait : il n’est plus très populaire, et ça, c’est insupportable. Près à tout pour parvenir à ses fins, peu soucieux de bafouer le fonction présidentielle et de s’asseoir sur la République, il n’a pas d’autre solution que de tapiner à l’extrême droite, comme il l’avait fait pour son élection, en attisant alors la haine dans les banlieues qui s’étaient enflammées.

En plein chassé-croisé, au moment où tout le monde a le poste branché sur l’autoroute des vacances, il nous sort une carte aussi nauséabonde que connue, celle des boucs émissaires : pour l’heure, les jeunes de banlieues et les roms. Voici nouvellement crées des sous-catégories de Français, présumés coupables. Il menace de leur retirer la nationalité, une proposition aussi démagogique qu’inapplicable. Il ne sait même plus ce qu’il raconte : le droit international interdit de fabriquer des apatrides, la plupart des Français n’ont en effet pas de double nationalité. La constitution stipule que les Français sont égaux en droit quelle que soit leur origine mais peu importe, l’impact médiatique est là, la solution est simple, on s’occupe enfin de nous.

Les jeunes des banlieues cassent, brûlent, insultent. Tous les clichés sont bons à exploiter. Allons nous régler le problème en les stigmatisant encore un peu plus, en leur déclarant une « guerre nationale » ? L’objectif est clair : répandre la graine du désordre, afin de justifier toutes les dérives sécuritaires.

Puis il y a les roms, éternels parias. Le petit homme propose de détruire leurs camps illégaux. Parfait pour semer le trouble dans nos campagnes et rallier les fachos. Il oublie juste que presque tous les camps sont illégaux car seulement 20% des communes répondent à l’obligation faîte par la loi de mettre à disposition un terrain pour les gens du voyage. Alors on en fait quoi d’eux ? On brûle leurs caravanes ? On les chasse comme en Italie ou des milices de voisinages s’organisent ?

Surtout, après eux, qui ? Les homosexuels qui portent atteinte aux bonnes moeurs ? Les handicapés qui servent à rien ? Les vieillards qui creusent le trou de la sécu ? Ceux qui votent à gauche de la droite dure ?

Lorsque nos grandes puissances se goinfrent en pillant les ressources d’un tiers-monde toujours plus pauvre, sans que les populations ne bénéficient de quoi que ce soit, entretenant des régimes corrompus, doit-on s’étonner que des gens cherchent à fuir, aspirent à une vie meilleure en tentant de rejoindre nos pays ? Qui souhaiterait quitter sa famille et les siens pour s’expatrier à l’autre bout du monde, parce que c’est ça ou la famine, ça ou la torture ? A quel désespoir faut-il être livré pour embarquer sur une frêle embarcation vers l’Europe au péril de sa vie en laissant ses proches ?

Le petit homme aux instincts guerriers et ses copains marchands d’armes sont en Afghanistan. Il faut se préoccuper du sort de la femme musulmane (juste quand elle est loin alors). Il faut lutter contre les terrorismes, que nous entretenons par ailleurs par des ventes d’armes obscures. Tout est bon à prendre en business. Quelques bavures de temps en temps, 50 villageois tués la semaine dernière, permettent d’attiser le ressentiment. Pourtant, tout afghan opposé aux forces internationales est qualifié d’insurgé, de terroriste. Il fut un temps dans d’autres contrées où nous appelions plutôt ce type de combattants des résistants. Le terrorisme a bon dos : personne ne dit trop fort que gisent en Afghanistan plus de 1000 milliards de dollars de lithium, l’énergie de l’avenir pour alimenter nos ordinateurs, nos iPhone, et nos prochaines bagnoles.

En témoigne ce film, aujourd’hui dans son propre pays, même la femme et l’enfant ne sont rien si leur couleur de peau ne convient pas.

Il y a des jours où j’ai envie de chialer...

Rémi Thivel

(Merci à Bernard Rodenstein)

Commenter (20)

Commentaires de forum
  • Anne Lamoise 18 août 2010 à 16:53

    Moi aussi Rémi, j’ai envie de chialer et d’ailleurs je chiale. La bande de copains était là, depuis un bon moment, attendant qui pourrait être assez cynique pour faire des remakes nauséabonds. Tant d’hommes se sont battus et sont morts pour faire face à cela, et pas plus tard qu’hier, puisque j’étais déjà vivante, mon grand père racontait encore le cauchemar des chemises brunes. Et j’étais fière, ne comprenant pas encore tout pourtant, mais portée par l’amour de cet homme que j’adorais, de l’aider à lacer ses chaussures sur mesure d’estropié sous les matraques des miliciens.
    Hier encore, avant que cet Ubu inculte vociférant n’accède à son siège par les urnes, ce climat abject commençait déjà à s’installer, et certains de se moquer de ces oiseaux de mauvais augure (dont j’étais) subodorant que le fascisme réaménageait dans les esprits vidés par les programmes télé.

    A lire aussi "le fascisme, un encombrant retour" d’Eugenio Montale.

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  • Lumière Noire 18 août 2010 à 17:09

    Merci Rémy.

    De la part d’une dame d’Afrique Noire et de France.

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  • Bernard Langlois 18 août 2010 à 17:30

    @Anne Lamoise : Ne serait-ce pas plutôt un livre de la philosophe italienne Michela Marzano ?

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  • Anne Lamoise 18 août 2010 à 18:07

    En effet : fatal error ;)

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  • Anne Lamoise 18 août 2010 à 18:09

    Eugenio Montale est l’auteur de la citation au début du livre...

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  • Bernard Langlois 18 août 2010 à 18:27

    Citation que voici :

    "N’exige pas de nous la formule
    qui puisse t’ouvrir des mondes,
    mais quelque syllabe difforme,
    sèche comme une branche.
    Aujourd’hui, nous ne pouvons que te dire ceci :
    ce que nous ne sommes pas,
    ce que nous ne voulons pas."

    Eugenio Montale ,
    (Ossi di seppia - 1925)

    Et que l’on trouve sur un excellent blog, avec ce commentaire :

    Cette citation ouvre le livre de Michela Marzano que je viens de recevoir... et cette phrase du préambule nous donne le ton : "Fascisme. Le mot qui dérange. Il a été balayé d’un revers de main par les élites médiatiques comme un mauvais souvenir qui n’est plus d’actualité dans un régime démocratique ; il a été écarté avec suffisance par un certain nombre d’historiens soucieux de ne pas faire d’amalgame et de limiter l’emploi de ce terme pour qualifier le régime de Mussolini..."

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  • Bernard Langlois 18 août 2010 à 18:39

    J’ajoute que, sur ce même blog, à la date du 17/08, vous trouverez aussi un très beau petit film …

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  • PhilOGM 18 août 2010 à 21:06

    Merci pour ce texte. Il ne faut pas abandonner !
    Aujourd’hui, le réseau des enseignants du primaire en résistance a lancé un appel à l’insoumission à la politique de Sarkozy.
    Vous retrouverez cet appel ici :

    http://resistancepedagogique.org/site/

    S’en emparer, l’appliquer...

    Bon courage à toutes et tous !

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  • yves bureau 19 août 2010 à 08:44

    merci Rémi Thivel pour ce beau texte que j’aurais aimé écrire. Avec des personnes comme vous et Bernard Langlois et bien d’autres que je ne connais pas j’ai un peu moins honte d’etre français

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  • André Weill, pèlerin de Jérusalem 19 août 2010 à 08:45

    Car pour les civils (...les français), nous sommes des parias. Plus ou moins explicitement, et avec toutes les nuances qui vont du mépris à la commisération, les civils (... les français) se disent que pour avoir été condamné à une telle vie, pour en être réduits à de telles conditions, il faut que nous soyons souillés de quelque faute mystérieuse et irréparable. Ils nous connaissent chapardeurs, et sournois, boueux, loqueteux et faméliques, et, prenant l’effet pour la cause, nous jugent dignes de notre abjection.

    Primo Levy," Si c’est un homme"

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  • ptit frèr 19 août 2010 à 22:41

    T’es pas le seul.

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  • Jean-Yves Vlahovic 19 août 2010 à 23:15

    Merci René Thivel, pour avoir écrit ce texte où tout est dit et dans lequel je me retrouve pleinement. Merci à Bernard Langlois de jouer ce rôle de passeur, plus que jamais indispensable de nos jours, pour nous permettre de réfléchir, de résister et d’espérer.
    Je fais aussi partie du réseau "résistance pédagogique 1er degré", et je transmets ce texte limpide à tous mes contacts.
    Le lire, s’en imprégner, s’en emparer, oui, et se donner rendez-vous le 4 septembre pour lutter contre le fascisme latent et le 7 septembre pour refuser la pseudo retraite que le PPR veut nous imposer pour des raisons d’économie. Projet qui va bien au-delà d’un problème catégoriel propre aux "vieux", mais qui sera un des piliers du modèle de la société mercantile et oppressive que ce ramassis de pétainistes veut nous fourguer à tout prix.

    En cette période noire, il ne nous reste qu’à résister jusqu’à plus soif...

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  • Alexandra M. 20 août 2010 à 04:13

    Dis nicolas à quel moment t’as perdu ton âme ?
    On s’est tous unis en 2002 pour s’élever contre ton compère alias jean-marie et nous voilà en 2010 avec le scénario qu’on redoutait vivre avec un être tel que lui au pouvoir, quel message tu veux nous transmettre ? A nous et au reste du monde ?...

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  • Toufoulekan 20 août 2010 à 20:26

    Pas mieux :rien à ajouter ! Chapeau !!! Et merci à Rémi .
    Résistance !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Merci à B.L pour les tuyaux et les liens ...
    PS : ça serait bien si tu étais autorisé à nous livrer quelques pages des livres dont tu parles.

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  • LEBOEUF 21 août 2010 à 15:39

    fallais voter l’original..................

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  • Bernard Langlois 21 août 2010 à 16:46

    @LEBOEUF : L’appel à la violence tombant sous le coup de la loi, je ne peux vous … suivre ; et je censure donc votre précédent message (j’ajoute que l’emploi de MAJUSCULES dans le corps du message, ce qui revient à brailler, est contraire à la netiquette).

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  • Lulu 23 août 2010 à 10:35

    J’admire les gens qui osent affirmer leur opinion. Malheureusement, je reste très pessimiste quant à l’engouement des français pour se bouger un tant soit peu. On bavarde, on se révolte mais en chuchotant et quand il s’agit, dans une entreprise privée de se remuer un peu ne serait-ce que pour défendre son propre travail et conserver ses acquis, on le fait en louvoyant, en prenant la précaution de ne pas déranger le voison qui travaille et qui s’est mis des bouchons d’oreille et sur la pointe des pieds. Et alors, dans cette situation d’indifférence, on se décourage, on va retenir le moindre conseil qui nous découragera d’aller plus loin et on va courber l’échine. Ailleurs, il n’y a rien, ni encore personne et très peu... Alors....
    Ceci dit, j’encourage les jeunes à bouger, je bouge moi-même ... mais je pense encore trop ne regarder que mon nombril. Bon courage à ceux qui en veulent.... !!!

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  • Yves C. 23 août 2010 à 11:11

    Je dis un grand bravo à l’auteur et je soumets à votre réflexion un texte de Martin NIEMÖLLER.

    Quand ils sont venus chercher les communistes,
    Je n’ai rien dit,
    Je n’étais pas communiste.
    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
    Je n’ai rien dit,
    Je n’étais pas syndicaliste.
    Quand ils sont venus chercher les juifs,
    Je n’ai pas protesté,
    Je n’étais pas juif.
    Quand ils sont venus chercher les catholiques,
    Je n’ai pas protesté,
    Je n’étais pas catholique.
    Puis ils sont venus me chercher,
    Et il ne restait personne pour protester

    MARTIN NIEMÖLLER,

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  • 25 août 2010 à 10:52

    Merci pour cet article, il traduit ce que je ressens et je vois ; ça fait du bien de se sentir moins seul, quel pouvoir avons-nous à part les urnes et les manifs, difficile de ne pas se sentir enfermé comme un rat...

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  • Citoyenne du monde 26 août 2010 à 23:51

    Merci à l’auteur et toutes les personnes qui soutiennent cette position combien partagée. Une réflexion me vient à cette étalage de dérapage . Dans mon pays (le Maroc), on justifie parfois la monarchie par comparaison à des républiques non moins monarchiques, claniques, corruptrices et autoritaires. Celle de Moubarak ou celle de Bourguiba pour ne citer que celles là. On pourrait maintenant rajouter celle de Sarkozy.

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