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La semaine du climat

jeudi 10 décembre 2009, par Denis Sieffert


Le moins que l’on puisse dire, c’est que par son enjeu – l’avenir de la planète – et par sa dimension – 192 pays réunis dans une même enceinte, mais aussi des milliers de militants de la société civile –, le sommet de Copenhague sur le climat a une forte légitimité à occuper la une de nos journaux. Il y a cependant toujours quelque chose de troublant quand un événement vampirise tout. Et quand nous autres, journalistes, sommes priés de revêtir l’uniforme. Un seul sujet, une seule information. Symbole de cette mondialisation forcenée, l’étrange idée d’un éditorial unique (traduit de l’anglais, nous dit-on incidemment), publié le même jour par cinquante-six journaux de quarante-quatre pays. Les mots et les arguments ont été pesés et choisis à notre place par on ne sait quelle plume anonyme. C’est elle qui nous dit l’ampleur de la menace et nous enjoint d’unir nos efforts « pour prendre des mesures décisives », faute de quoi « le changement climatique va ravager notre planète et, ce faisant, perturber fortement notre prospérité et notre sécurité ».

Sans abuser de la sémantique, gageons que le vocabulaire est nettement d’inspiration « nordiste ». Qui donc, dans ce bas monde, est réputé « prospère » ? Résumons-nous. La planète sera « ravagée » – on imagine immédiatement un paysage d’après tsunami, englouti, submergé. Quelque chose comme la Route de Cormac McCarthy. Voilà pour le Sud. Quant à nous, pas de panique ! Tout au plus, notre « prospérité » s’en trouvera-t-elle « perturbée ». Tout comme notre « sécurité » – un mot qui renverrait presque à d’autres débats, franco-français, et que l’on ne s’attendait guère à trouver ici. Même cette « justice sociale » que le Nord doit au Sud est évoquée en des termes un rien caricaturaux.

Le « monde industrialisé », nous dit-on, va devoir « racler » « ses fonds de poche » pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique. Pauvre monde industrialisé ! Ce qui n’incite guère à la solidarité, et semble oublier les pauvres du Nord, de plus en plus pauvres. Le tonitruant cri d’alarme de nos régions s’époumone et s’essouffle en consensus mou. C’est d’autant plus fâcheux que Copenhague, selon nous, pose surtout une question sociale et politique. Le problème scientifique semble, lui, résolu. On entend bien ici ou là les derniers coups de feu de snipers isolés qui tentent de nous expliquer que l’activité humaine n’est pas la cause principale du réchauffement climatique. Mais, pour ceux-là, la bataille est perdue. On regrettera Claude Allègre, qui a l’art de faire rapidement adhérer son auditoire à la thèse qu’il combat. Plus finauds, quelques-uns de ses substituts parviennent encore à insinuer le doute dans les esprits. Mais, à la différence de leur illustre maître en désinformation, ils admettent qu’une cure de « sobriété » et un peu moins d’émissions de CO2, de toute façon, ne peuvent pas faire de mal. Ce qui affaiblit leur argumentaire. Quant bien même subsisterait-il un doute, un raisonnement de simple logique, du type « pari de Pascal », devrait inciter les États à suivre les recommandations des scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), que Pierre Radanne rappelle dans ce journal.

Si le doute scientifique n’est plus guère permis, quelles seront les pierres d’achoppement à Copenhague ? En gros, c’est la crainte des États de devoir affronter leurs opinions publiques qui subiraient le double contrecoup de contraintes individuelles et de restructurations industrielles massives. Leur crainte est d’autant plus compréhensible qu’ils exigeraient des restrictions, des comportements moins aveuglément consuméristes, sans rien changer à l’ordre social, sinon dans le sens d’une aggravation. Comment convaincre de renoncer à la bagnole alors que l’on ferme des gares et renchérit les tarifs SNCF ? Que l’on éloigne les postes et les hôpitaux, et parfois les écoles, de certaines agglomérations rurales ? Bref, le sommet de Copenhague pose d’énormes questions politiques.

Les objectifs définis par les scientifiques pour limiter le réchauffement climatique heurtent la logique même des politiques libérales qui prévalent en Europe. Si la réalité des déséquilibres sociaux n’est pas absente du sommet, elle se présente sous la forme quasi exclusive d’une aide de 140 à 300 milliards (selon les chiffrages) d’euros des pays du Nord vers les pays en développement. Mais où donc iront ces sommes ? Il n’y aura pas de solution au problème climatique sans une remise en cause de l’ordre social actuel. Beaucoup d’écologistes font le pari que l’impératif climatique constituera un aiguillon pour ces changements. On peut émettre des doutes sur la validité de ce raisonnement. Mais, là encore, les incertitudes ne doivent pas justifier l’inaction. Redoutons seulement le scénario d’un succès en trompe-l’œil, qui ne serait pas suivi d’effets. C’est aussi la crainte que nous inspire le tapage médiatique. L’oubli après l’engouement. C’est la contrepartie ordinaire des roulements de tambour, genre « un seul éditorial », journée de la pensée unique. Le risque, c’est une « semaine du climat », une fois l’an.

3 Messages de forum

  • La semaine du climat 11 décembre 2009 05:11, par iti maison

    tres bonne synthese notre model economique etant base sur la production et la consomation a outrance il est certain que nous polluont , produire toujours plus pour allimenter la pompe qui graisse l ensemble des rouages a tout niveau. Mettre en avant l heritage que nous laisserons a nos enfant ( une planette ravager) eetc etc .... decrire un avenir si sombre .... ect ..ect mobiliser et canaliser les esprit dans une seule direction pour essayer de resoudre les problemes que nous connaissons et dont nous sommes tous responsable Certe oui tous ,nous sommes tous fautif car nous etions tous ignorant tout simplement les media distille les infos qui permette et qui engendre une certaine manipulation des masse .A CE JOUR ON NOUS CULPABILE TOUS simplement parce justement nos dirigeant et ceux d avant non pas pris l une orientation de developper un model economique raisonable apres guerre mais uniquement sur le profit pensant que ce systeme avait l avantage de resoudre les probleme de cette epoque qui n est pas si lointaine que cela tout simplement nous avions decouvert le moyen ideal LA POMPE CHADOC ENERGIE CONTINU cela aurait pu etre une bonne chose si nous avions ete capable de mettre un seuil au developpement et application de nos decouverteet progres l ( predateur de toute les especes animal dont nous sommes issus semble etre une aberation de la nature) j ai une pensee pour darwin je sais pas pourquoi,,,, la selection naturelle n extiste plus on rien compris et je fais moi aussi partie de la charette .Quant a la terre de toute facon elle sera bruler et absorber par le soleil alors.......le veritable probleme a regler dans l urgence et ailleurs encore fautdra t il ouvrir les yeux bon courage atous

  • La semaine du climat 12 décembre 2009 21:43, par Coulepas

    Vous dites que c’est, après le matraquage, un raisonnement de simple logique qui sied, genre pari de Pascal... Mais "il vaut mieux faire comme si cela existait"(les guillemets ne garantissent pas la lettre, ils isolent seulement la proposition) c’est le principe même de la superstition, cest à dire l’adhésion à des conseils maternels du genre : fais pas çà, ça porte malheur ! On cède à une vague sorcellerie blanche, à un surnaturel quotidien, c’est du niveau du tarot de Marseille, du marc de café, de l’horoscope et de la boule de cristal. Et on marine là-dedans depuis près de trente ans, depuis le sida, en gros. Je passe sur la vache folle, les grippes à répétition, celle d’aujourd’hui. L’âge médical de Knock, c’est le triomphe du maternalisme. Rien de plus séduisant pour le féminisme que la théologie de la grâce prédestinée chez Calvin. Mais Leroy-Ladurie nous rappelle que Pascal écrit bien après Calvin, pendant la contre-réforme. Il essaie de détourner vers Rome les superstitieux qui ont reconnu chez les huguenots des thèmes comme la chance, le travail, le puritanisme, qui fonderont la modernité que nous subissons toujours davantage, mais qui maintient l’Amérique au Moyen Âge, mentalement...

  • La semaine du climat 16 décembre 2009 23:08, par franck2012

    Plus embarrassant dans le concert unanimiste des médias, ce monopole réchauffiste, les quelques voix dissidentes qui se sont faites entendre ont résonné bien au delà de leur auditoire restreint. Vous pouvez n’en avoir cure, mais le débat est bel et bien lancé, et sur des bases que vous n’attendiez pas. Copenhague marque la fin d’un débat interne aux écologistes. Les erreurs stratégiques, les programmes imbéciles commis par les différents partis écologistes européens, ils vont les payer plein pot. Quant aux politiques environnementales, si jamais elles écloses se sera avec leur participation, mais plus jamais avec leur seul concours. Ne vous en déplaise l’outrance à des limites et la fête est finie.

    Bien à vous *

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