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Par Sébastien Fontenelle - 17 mars 2010

Laurent Joffrin Sauve (Encore) « La Gauche »

Le quotidien Libération énonçait, dans son édition d’hier, que si que tu votes pas, c’est un peu comme si que tu votais pour le parti pénique.

Car en effet, pour le quotidien Libération : « Même s’ils n’utilisent pas les mêmes moyens, les électeurs qui n’ont pas voté dimanche et ceux qui ont choisi les listes lepénistes sont le révélateur d’un même mouvement de désaffection politique ».

Et d’ailleurs : « Les cartes de ces deux votes protestataires se recoupent ».

(Ainsi, en région Paca : le taux d’abstention est monté, ce dimanche, à 55,1 %, mais le parti pénique a récolté 23,0 % des « suffrages exprimés » [1].

Et ça, n’est-ce pas : c’est bien la preuve que Libération a raison, de juger que « ces deux votes » se valent [2].)

Sur un tel sujet, naturellement - comme sur tout sujet lui permettant d’exhiber qu’il est de gauche, of course, mais de droite [3] : le barbicheux big boss de Libération, Laurent Joffrin, a des choses à dire, et ne s’en prive pas.

Dans son édito d’hier, Laurent Joffrin - qui d’autre part ne manque jamais une occasion de caqueter que les « socialistes » sont de « gauche » (te dire si le gars prend son lectorat pour une espèce de club des neuneus) -, coucassait [4] ainsi qu’« au lendemain d’un succès spectaculaire », cette « gauche » (dont le siège est rue de Solférino) doit « prendre en compte » le vote pénique et l’abstention, où Laurent Joffrin devine l’« amère évidence » qu’il « existe, hors les murs, une masse de citoyens qui, sous des formes diverses, disparates, confuses, sont entrés en dissidence ».

(Car, tu le sais : Laurent Joffrin est (aussi) un poète - comme souvent les gens qui ont des petits poils sur le menton.)

Laurent Joffrin, qui a des informateurs au sein de cette « masse de citoyens », est catégorique : ces dissident(e)s qui ne votent pas (ou qui votent pour le parti pénique, mais ça revient au même, j’espère que tu l’as maintenant compris) « se recrutent pour l’essentiel dans les classes populaires » [5].

Dès lors : s’ils veulent gagner « la présidentielle prochaine », les « socialistes », codèque Laurent Joffrin, doivent, d’ici 2012, reconquérir les « classes populaires » [6].

Et bien sûr : Laurent Joffrin a quelques idées qui devraient (grandement) faciliter cette reconquête.

Premièrement : il faut, écrit Laurent Joffrin, que les « socialistes » « soignent enfin la pulsion marchande qui leur a fait tenir au fil des ans des positions que même Claude Bébéar trouvait "caricaturalement thatchériennes" ».

Je rigole, bien sûr : Laurent Joffrin est le gars qui porte en sautoir qu’il a été naguère l’un des plus affûtés « instruments de la victoire du capitalisme dans la gauche », et tu penses bien que c’est pas demain la veille qu’il va renoncer à cocailler que, vu de la big bosserie de Libération ?

« Le capitalisme est l’avenir de la gauche ».

Laurent Joffrin, certes, concède qu’il faudra que les « socialistes » fassent, pour gagner « la présidentielle prochaine », quelques propositions, « en matière sociale » (et que « c’est » même « la priorité ») : Laurent Joffrin sait parfaitement que ça ne mange pas de pain, que dans la vraie vie les « socialistes » pensent, comme lui, que, « oui, il y a des vertus dans le risque, dans l’entreprise », et que « oui, il y a des vertus dans la concurrence », et que, d’ailleurs, pour ce qui serait d’une quelconque amélioration, « en matière sociale », du sort des « classes populaires » ?

Tu te la prends, Gaston, et tu te la roules, Gaston, et tu te la mets au fondement - suivant la recette que Lionel Jospin cuisit naguère pour Vilvorde [7].

Puis enfin, Laurent Joffrin en arrive à l’essentiel de ses propositions pour une assurée victoire des « socialistes » en 2012 : « Pour la réussir, il faudra » aussi trouver, « dans le domaine de la sécurité et de l’immigration, des projets justes et efficaces ».

Clousse-t-il.

Et donc : Laurent Joffrin nous dit là que pour gagner « la présidentielle prochaine », les « socialistes » vont devoir, dans les deux années qui viennent, reconquérir, non pas tant, finalement, les « classes populaires » qui ne votent pas, que les « classes populaires » qui votent pour le parti pénique - lequel, ainsi qu’on sait, fonde l’essentiel de sa propagande sur deux thèmes, l’immigration et la sécurité, qui dans les discours des Pen, father et daughter, ne vont jamais l’un sans l’autre et sont liés comme la cause l’est à l’effet.

Puis Laurent Joffrin, très posément, théorise que pour mener à bien la reconquista des « classes populaires », les « socialistes » vont devoir, désormais, dire tout haut les mots que les Pen disent aussi tout haut, et qui par conséquent sont d’après Laurent Joffrin les seuls mots que les « classes populaires », décidément bien connes, aiment qu’on leur dise, et que lui-même, d’ailleurs, s’empresse d’accoler au sein d’une même proposition : SÉCURITÉ, IMMIGRATION.

C’est parfaitement répugnant, mais ce n’est pas si nouveau que Laurent Joffrin le prétend : la méthode à Joffrin, c’est, en réalité, la méthode à Besson.

La méthode à Kozy.

La méthode à ces gars du régime, tu sais, qui depuis trois ans nous parlent obsessivement d’IMMIGRATION et de SÉCURITÉ - puis vont s’étonnant que les Pen récoltent les fruits de leurs semis.

Notes

[1] Et certes : en Île-de-France, l’abstention a été de 56,1 %, plus élevée qu’en Paca, donc - mais le parti pénique n’a pris que 10,1 % des suffex. Mais bon : n’allons pas, s’il te plaît, abîmer la belle histoire que nous raconte Libération.

[2] Donc, c’est bien comme on vous disait, mâme Dupont : « FN et abstention », même combat. Et bien évidemment : vous faites selon vos envies, ma bonne petite mémère. Si que vous avez pas envie d’aller voter : vous allez pas voter. Il va de soi. Mais nous, voyez : ça nous ferait quand même salement ch***, de faire comme les gens qui votent pour le parti pénique.

[3] Ainsi que dirait l’ami Fred Alpi.

[4] Comme tu sais : je sors jamais sans ma liste de cris d’animaux.

[5] Lesquelles, décidément, sont d’une à peine croyable effronterie.

[6] En résumé : Laurent Joffrin nous révèle que les « classes populaires » négligent de voter pour les « socialistes », mais que si on réfléchit trois minutes, on s’aperçoit que ça serait quand même bien que les « classes populaires » votent pour les « socialistes ». On dira ce qu’on voudra : c’est pas donné à tout le monde - au moins dans « les classes populaires » - de raisonner à de si hautes altitudes.

[7] Nonobstant : ça serait bien que tu votes quand même pour les « socialistes », Gaston.

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