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Accueil du site > L’hebdo > Résistances > Le dernier combat de Philippe El Shennawy, après 37 ans de prison

Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 22 juin 2012

Le dernier combat de Philippe El Shennawy, après 37 ans de prison

Condamné à près de soixante ans de prison pour plusieurs braquages, un détenu de la maison centrale de Poissy a cessé de s’alimenter depuis un mois. Ses proches le disent déterminé à aller « jusqu’au bout ».

Il est entré en prison en 1975 et doit en sortir en août 2032, à l’âge de 78 ans. Philippe El Shennawy, condamné pour des braquages avec prises d’otages, et plusieurs évasions et délits, a épuisé ses derniers ressources judiciaires. Le 18 mai, la cour d’appel de Versailles lui a refusé une confusion significative de ses multiples peines. Depuis, il a cessé de s’alimenter. « Ce n’est pas une grève de la faim », précise Benoît David, de l’association Ban public, dont Philippe El Shennawy est le président d’honneur. Ce dernier n’a réellement plus d’espoir.

Une vie derrière les barreaux 

Depuis son incarcération à l’âge de 21 ans, en 1975, Philippe El Shennawy n’a passé que trente mois à l’extérieur, dont une vingtaine en cavale. Il n’a pas de sang sur les mains. Mais a passé sa vie « emmuré » pour une accumulation.

Condamné à perpétuité en 1977 pour un vol à main armée avec prise d’otages sur l’avenue de Breteuil, à Paris, il est aujourd’hui âgé de 58 ans et totalise trente-sept années de détention pour plusieurs condamnations différentes. 

En 1991, il bénéficie d’une libération conditionnelle, quatorze ans avant la fin de sa peine de prison à perpétuité. Mais il est réincarcéré pour avoir bravé une interdiction de séjour à Paris pour rencontrer son fils. Six ans plus tard, il profite d’une permission de sortir pour s’enfuir. Plusieurs délits durant sa cavale lui valent des nouvelles condamnations.

Ce scénario se répète en 2004, lorsqu’il s’évade à nouveau, de l’unité pour malades difficiles de Montfavet, où il est enfermé. « C’était une tête dure, il refusait ses conditions d’incarcération, alors on l’abreuvait de tranquillisants pour essayer de le faire taire », raconte son avocat, Julien Dubs, dans une vidéo. Durant cette seconde cavale, il se rend de nouveau coupable de plusieurs infractions aux biens, et de vols à main armée.

Acharnement

Ses cavales et ses braquages lui ont valu une sombre notoriété et la sévérité des tribunaux. Ses méfaits sont jugés un à un et les condamnations sont additionnées au delà de trente ans.

Ses proches décrivent un homme intelligent et déterminés, qui mérite aujourd’hui de caresser l’espoir de recouvrer la liberté. « Il avait trouvé une sérénité ces dernières années, motivée par la confusion des peines que nous demandions à hauteur d’une vingtaine d’années » de réduction de peine, raconte Julien Dubs.

Alors, quand la cour d’appel de Versailles ne lui accorde que cinq ans de confusion de peine, en mai dernier, ses derniers espoirs s’évanouissent. « Il subit un acharnement administratif, car il a toujours revendiqué ses droits de détenu. Il est craint parce qu’il ne ferme pas sa gueule », dénonce Benoît David, mettant en doute l’honnêteté des « expertises » psychiatriques sombres qui collent à la peau de Philippe El Shennawy.

Il a cessé de prendre toute nourriture depuis le 25 mai, pour la 8e fois. « Sa dernière », assurent ses proches. « Cette fois, il n’en peut plus. Puisqu’on veut l’exécuter de façon administrative. Puisqu’on veut l’éliminer. Il a décidé de mettre à exécution sa peine », assure Laurent Jacqua, écrivain et ex-détenu, qui l’a rencontré en prison. « Ce qu’il vit est insupportable. Qui serait capable de supporter un tel enfer ? »

Perpétuités réelles

Un millier environ de détenus purgent des peines longues, selon l’association Ban public. Condamnés à perpétuité ou à des peines qui se cumulent dans le temps, ces détenus accomplissent des « perpétuités réelles » derrière les barreaux. « Dans les conditions de détention que l’on connaît en France, il est inimaginable de rester enfermé plus de vingt ans. Il existe d’autres moyens de les empêcher de commettre des délits », interpelle Laurent Jacqua. « Ça n’a de sens ni pour lui ni pour la société », regrette Benoît David, en évoquant le parcours carcéral de Philippe El Shennawy.

Alors ils espèrent pouvoir ouvrir un débat sur les longues peines et les périodes de sûreté, dont le nombre est en augmentation. Sous la pression politique et médiatique, les magistrats ont la main lourde. En 2006, une dizaine de détenus avaient déjà tenté d’éveiller les consciences en s’adressant à l’administration pénitentiaire pour demander le rétablissement de la peine de mort et le droit « d’en finir une bonne fois pour toutes plutôt que de crever à petit feu »

Pour Philippe El Shennawy, il reste une alternative : le pourvoi en Cassation ou à la Cour européenne des droits de l’homme, où il a déjà fait condamner la France pour des fouilles à nu abusives. Une nouvelle demande de confusion de ses peines pourrait aussi être déposée s’il avance des éléments nouveaux. Mais il n’a plus la force d’attendre les années de procédures incertaines. Il reste à ses proches la possibilité d’enquérir une grâce présidentielle. Un dernier espoir.


- Lettre de Philippe El Shennawy, le 7 mars 2011 :

« D’une certaine façon, je suis en ce moment de vie à la croisée des chemins… Dans quelques jours, j’aurai 57 ans et je me sais encore assez d’énergie et de volonté pour entreprendre quelque chose de positif dans la mesure où une perspective à très court terme se profilerait. Par contre, si la situation et les incertitudes devaient perdurer, il sera plus logique et plus sain d’y mettre un terme de soi-même. Rassurez-vous, …, il ne s’agit pas là d’un discours de désespéré, loin de là. Je suis simplement fatigué. »

(Source Ban public)


Nota Bene :

Photo : CC photoverulam

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Commentaires de forum
  • daaazibao 18 janvier 2013 à 11:22

    Petit rappel des faits :

    1970 : premier holdup à 16 ans.
    1972 : condamné pour la première fois à 3 ans de prison pour vol avec violence.
    1975 : Philippe El Shennawy change de dimension en opérant un braquage à main armée avec prise d’otages. Avec un complice, il séquestre les employés d’une banque pendant plusieurs heures, avenue de Breteuil à Paris, et exige 6 millions de francs. La rançon est payée et ne sera jamais retrouvée2 !
    1977 : il est condamné à la perpétuité.
    1986 : cette peine est réduite à 20 ans et il bénéficie d’une libération conditionnelle en 1990 !
    Dès sa sortie, il commet un nouveau braquage à Limoges (pour lequel il sera condamné en 1993).
    1997 : il bénéficie d’une permission de sortie ! Il en profite pour s’évader et braquer à nouveau une banque, le Crédit agricole de Rouen. Après 5 mois de cavale, il est à nouveau arrêté.
    2004 : il s’évade à nouveau, mais cette fois dans un flot de violence. Sous la menace d’une arme, El Shennawy et son complice ligotent quatre infirmiers et en prennent un autre en otage. Et lorsque le malheureux a réussi à s’enfuir, les deux criminels ont alors pris en otage un couple de Marseillais, pour se faire conduire à Paris3.
    2004 : les braquages se succèdent : 3 holdups dans des banques des Pyrénées-Atlantiques au cours desquels des employés et des clients sont mis en joue. Et traumatisés à vie.
    La Caisse d’épargne de Pontacq est braquée à deux reprises en septembre et novembre 2004. Jean-Michel Bonis, l’employé de banque braqué deux fois, a raconté lors du procès :
    « Aujourd’hui, j’ai peur tout le temps. Je vis avec un stress permanent. Je ne tournerai jamais la page »4.
    Deux fois, le malheureux employé a vu une arme pointée sur lui. Deux fois, à quelques semaines d’intervalle, il a vu sa mort en face.
    2005 : El Shennawy est enfin arrêté alors qu’il faisait des repérages autour d’une banque avec une voiture volée. On a retrouvé à son domicile un véritable arsenal, ainsi que de fausses cartes de police et de fausses pièces d’identité5.
    2008 : condamné à 13 ans pour vol à main armée, enlèvement et séquestration.

    Alors souhaitez vous le rencontrer sur votre chemin ????

    Pour moi le monde sera un peu plus sûr s’il reste où il est, lui et ses copains...

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  • 31 janvier 2013 à 09:17

    oui, moi cela me fait peur, je préfère qu’il reste en prison. Il n’a visiblement montré aucune preuve d’assagissement... que fera -t-il en sortant ? Sur ce site, je n’ai lu aucune information sur les victimes et les méfaits... la liberté ne peut être accordée que si on est sûr que la personne ’n’est pas dangereuse. Si Mr Hollande le libère, il sera responsable personnellement de ses prochains délits

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  • 31 janvier 2013 à 09:19

    Et ses victimes alors ? Et la sécurité des honnêtes gens ?

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  • Victorien 31 janvier 2013 à 17:21

    Nous n’avons pas à démontrer que le système pénal français à ses failles, c’est une constatation évidente. Cependant si Philippe El Shennawy n’a pas de sang sur les mains il ne faut pas oublier les faits : des braquages au cours desquels des employés et des clients sont mis en joue. Et traumatisés à vie.

    « Il est plus facile de mourir, que de vivre la peur au ventre. » La demande d’une grâce n’est pas forcément mieux adapté, à mon sens, que la prison à perpétuité.

    Si il s’avère que Philippe El Shennawy est "déterminé à aller jusqu’au bout", alors que son combat soit celui de servir la société dans laquelle nous vivons, et non de profiter de ses failles et critiquer son système.

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