Les citoyens qui ne se retouvent pas dans la construction européenne atuelle, et qui pour l’essentiel ont soutenu le non en 2005, ont besoin d’un texte de ce genre. L’argumentation introductive en faveur de candidatures communes aux prochaines élections européennes est excellente.
La suite est ce que nous ne voulons pas et ce que nous proposons pour l’Union européenne : 2 pages sur la question démocratique, 5 pages sur la solidarité entre Européens (droits sociaux, économie et services publics), 1.5 pages sur l’écologie (dont l’agriculture), et 1.5 page sur les relations Nord-Sud. Il y a manifestement un déséquilibre, une grande faiblesse sur l’écologie.
Au delà de la place accordée aux différents aspects qui est révélatrice des priorités, quelques remarques sur le fond :
la partie sur la démocratie oublie ou traite mal plusieurs points. Ainsi l’égalité des citoyens implique de respecter le principe un citoyen une voix : le nombre de députés européens par Etat membre doit être strictement proportionnel à sa population (avec cependant un minimum d’un député), alors que le poids des citoyens varie aujourd’hui selon leur pays d’attache de un à treize.
Les pouvoirs du Parlement européen doivent non seulement être renforcés, mais pour respecter la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et pour donner un sens réellement démocratique à la représentation populaire, les pouvoirs du Parlement doivent être étendus à tous les domaines de compétence de l’Union. D’autre part, la Commission ne peut disposer de pouvoir sans être responsable politiquement.
Le droit individuel et collectif à une information indépendante et à informer doit être respecté et garanti, par exemple par un budget européen contrôlé par le Parlement et par une réglementation adéquate de la propriété des moyens d’information qui ne permet pas d’empire médiatique privé.
Le droit d’initiative populaire doit être exprimé en pourcentage du nombre d’électeurs et non en valeur absolue, et concerner : 1) l’initiative législative pour 0,5% des électeurs européens (0,5% des électeurs imposent au parlement la discussion d’un projet de loi) ; 2) l’initiative d’un référendum d’abrogation d’une décision déjà approuvée autrement que par référendum (traité, directive, règlement) pour 1% des électeurs (le peuple peut ainsi obtenir la tenue d’un référendum) ; 3) l’initiative législative référendaire pour 2% des électeurs (le peuple peut ainsi obtenir la tenue d’un référendum sur un projet de directive ou de traité européen). Les signatures devraient dans tous les cas provenir d’Etats membres représentant au minimum la moitié de la population européenne.
Il faut clairement limiter la pratique des lobbies qui devront s’enregistrer, révéler leur financement et les intérêts qu’ils défendent, et déclarer tout contact pris avec un membre des institutions européennes.
Le texte est très faible sur l’alterdéveloppement et l’écologie qui est presque réduite à une conception environnementaliste. Sur la politique agricole, 1) il faut interdire la culture de plein champ d’OGM ; 2) Les pratiques agricoles polluantes (pesticides, engrais chimiques) doivent être découragées, et il faut au contraire réserver les subventions à l’agriculture non polluante ; 3) il est essentiel de préserver la sécurité chimique et biologique et de mettre fin à la perte de biodiversité ; 4 ) la propriété intellectuelle obéit à l’interdiction du brevetage du vivant ; 5 ) il faut favoriser les circuits de distribution courts pour l’agriculture (comme pour l’industrie).
Sur l’environnement, 1) les ressources naturelles sont des biens communs de l’humanité et doivent rester hors du champ marchand des traités commerciaux ; elle doivent être gérées par des politiques publiques. L’eau est un bien commun inaliénable dont l’accès à tous est un droit fondamental, et la gestion publique et citoyenne. 2) Les politiques énergétiques et de transport doivent être traitées séparément. 3 ) Il est inutile de limiter par la loi la longueur minimale du transport aérien, la taxation de toutes les ressources énergétiques fossiles à un même niveau (et donc en particulier et contrairement à la situation actuelle la taxation des carburants aériens et maritimes) est sans doute suffisante. 4) La part des taxes environnementales dans le volume global de taxation locale, nationale et européenne doit passer à 30% d’ici 2030 et à 50% d’ici 2050.
La question du nucléaire doit clairement faire l’objet d’un paragraphe séparé, comme tous les points de désaccord persistants (comme cela est très bien fait dans la partie sur les processus pour changer la construction européenne). S’il est nécessaire de rappeler la formule des collectifs antilibéraux de 2006, il faut présenter en quelques mots les différentes positions. De plus tout le monde s’accorde sur quelques principes généraux, qui doivent s’appliquer entre autres au nucléaire : la taxation des ressources fossiles et donc non renouvelables comme le charbon, le pétrole, l’uranium ; la prise en compte des impacts sur l’environnement à court et à long terme des activités humaines, en intégrant les déchets produits et les risques technologiques majeurs.
La partie sur les rapports Nord-Sud n’est sans doute pas à mettre dans la partie sur le nouveau modèle de développement. En effet, nous n’avons pas, en tant que pouvoir européen, à indiquer aux non Européens quel doit être leur modèle de développement. En revanche nous devons définir pour nous un nouveau modèle de développement. Nos relations avec les non Européens participe plutôt du concept de solidarité, qui inclut bien sûr la paix. Cette partie sur les rapports internationaux devrait donc soit être intégrée à une partie "solidarité" intégrant aussi les aspects sociaux et services publics, soit être indépendante. Il faudrait en outre ajouter les points suivants :
1) Le principe de souveraineté alimentaire doit être garanti face à la liberté de commerce et l’Union européenne doit soutenir ce principe dans les négociations internationales.
2) L’UE doit garantir le droit d’asile dont il conviendra de réformer les critères, en y ajoutant notamment la notion de réfugié climatique, et définir une politique d’immigration conforme aux conventions internationales et au respect des droits humains fondamentaux (en premier lieu par l’abolition du "Pacte européen sur l’immigration et l’asile").
3) L"UE doit assurer une intégration sociale et culturelle des immigrés, dans le respect de leur culture d’origine, en développant une politique d’éducation et de formation. Les racines de l’Europe ont toujours eu un caractère métissé, auquel a largement contribué la présence des migrants : la violence exercée sur ceux-ci à nos frontières est inacceptable.
4) L’UE s’inscrit dans le respect absolu du droit international, y compris de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du traité de non-prolifération nucléaire. Elle joue un rôle actif dans la promotion d’un désarmement mondial.
En conclusion, le texte de Roger Martelli est une excellente initiative, qui reste à améliorer pour représenter toute la richesse de ceux qui sont pour une autre Europe, démocratique, solidaire et écologique.