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Par Xavier Frison - 22 septembre 2011

« Les gens ont besoin d’aide »

Jane Lynn fait partie de ces milliers d’habitants de la région de Fort Worth dont le quotidien a été bouleversé par le forage d’un puits de gaz de schiste à deux pas de chez elle. Elle raconte son calvaire ordinaire.

Lunettes distinguées, cheveux poivre et sel, Jane Lynn, 48 ans, s’assoit d’un geste preste dans ce café-frontière entre les communes de Grand Prairie et Arlington, où elle vit, à l’est de Fort Worth. À 500 mètres de là, dans son quartier résidentiel densément peuplé, Chesapeake débarque un beau jour de l’année 2009. La société fait le tour du voisinage pour louer le terrain et le sous-sol des propriétaires du coin. « Contrairement à pas mal de Texans -je suis du New Jersey-, je ne savais rien du forage, encore moins de la fracturation hydraulique », avoue Jane, qui loue les entrailles de son jardin pour 12 600 dollars et des promesses de royalties dont elle ne verra jamais la couleur. Les ennuis, eux, vont commencer.

« Il y a d’abord eu la pollution due aux myriades de camions pendant la construction du puits, se souvient-elle. Et puis, nous avons peu à peu commencé à être malades, mon mari, ma fille de 11 ans et moi. Des choses que nous n’avions jamais eues. Maux de tête, fatigue chronique, … Moi je fais de la cataracte depuis deux ans, je suis trop jeune pour ça ! » Un jour de « fracking », de fracturation hydraulique, quand l’air se poudre de sable et d’une odeur difficilement supportable, le mari de Jane se met à saigner du nez. Son voisin aussi. Comme pour chaque personne touchée par ces mystérieux symptômes, impossible de prouver légalement la responsabilité des forages alentours dans ces soudaines pathologies....

Mais le pire est à venir. Le 11 avril dernier, en pleine nuit, un énorme orage s’abat sur Arlington et endommage le puits du voisinage, situé à deux blocs de la maison de Jane. « Immédiatement, une odeur atroce que je n’avais jamais connue a envahi toutes les pièces. C’était irrespirable. Nous avons appelé les urgences, qui n’ont pas su nous dire quoi faire. » 48 heures après l’incident, Jane se met à trembler de tout son corps et souffre d’une épouvantable rage de dents. Depuis ce jours, les quelques poules de la famille ne produisent plus d’oeufs.

« Je cherche toujours à savoir ce qu’il s’est passé ce soir là », lâche Jane, les bras ballants. « Personne ne sait. » Chesapeake dit n’y être pour rien. Aucun test sur la qualité de l’eau, de l’air ou de la terre n’est effectué. Comme s’il ne s’était rien passé. D’ailleurs, six nouveaux permis de forage ont été accordés à l’industrie du gaz par la mairie d’Arlington, malgré la manifestation de quelques opposants, peu nombreux. « Les gens sont si apathiques par rapport à ce problème ici, si vous saviez... », constate Jane. « J’ai fait du porte-à-porte dans mon quartier pour sensibiliser mes voisins, qui rencontrent pourtant les mêmes problèmes que nous. L’un d’eux m’a accueilli par un « Putain de Démocrates !’ Ca n’a pourtant rien de politique, c’est de santé publique qu’il s’agit ! Mais que voulez-vous faire ? » Jane pense désormais à quitter le Texas. « Les gens ont besoin d’être protégés ici, ils ont besoin d’aide. Mais j’ai l’impression qu’on ne pourra pas faire machine arrière. »

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