Votre débat sur "les indignations sélectives" dans ce dernier numéro de Politis me gêne un peu. Méfions-nous comme de la peste de cette manie bien-pensante de généralisation systématique.
"Bien entendu, que l’indignation soit sélective ne délégitime pas la cause du peuple tibétain." Mais c’est pourtant ce que vous faites.
"Bien entendu aussi, le combat idéal qui prendrait soudain en charge toutes les causes justes à travers le monde n’existe pas, et sans doute il ne peut exister." Et c’est précisément pourquoi ce débat entre initiés ne sert strictement à rien. Juste à se donner bonne conscience à bon compte. En justifiant toutes nos impuissances.
Est-ce parce qu’on traite un problème que l’on oublie tous les autres ? Faut-il à chaque fois établir un catalogue exhaustif des misères du monde ? À trop vouloir en faire, on finit par noyer tous les poissons. Et nos indignations ne sont plus que stériles postures.
Un autre travers anesthésiant consiste à mettre en exergue un point de détail secondaire qui finira par obscurcir le problème principal. Un exemple : la mise en cause dans le cas présent de RSF et de Robert Ménard. Franchement, je me fous du premier comme du second. Je suis même assez d’accord avec les critiques qu’on leur adresse.
Mais sont-ils là une priorité ? Toutes ces critiques sont absolument d’AUCUNE UTILITÉ, sinon celle de détourner l’attention de l’important. Une énième discussion d’initiés aussi efficace qu’une réunion de "collectifs unitaires" s’engueulant sur une mille-et-unième motion de défiance.