Plutôt déçu par l’article "les nouvelles fractures de la gauche" dans le Politis de la semaine du 22-28 fev.
On a d’abord l’impression qu’on va lire une analyse raisonnée sur un des clivages qui structurent la gauche. On s’attend à y lire entre autre un rappel sur les luttes républicaines pour la laïcité, luttes ayant en particulier opposé radicaux et catholiques. Denis Sieffert, qui signe l’article ne fait pas ce choix. Rien non plus sur les bases conceptuelles de la laïcité à la française, en une phrase complètement insuffisante : la République et son école se donnent pour objectif d’apprendre à refuser les enfermements. Denis Sierffert fait allusion à la loi interdisant le port de signes religieux dans les établissements scolaires, mais... aucun argument n’est rappelé. J’aurais aimé que soient explicitées les causes de l’engagement en faveur de cette loi de personnalités au dessus de tout soupçon quant à leur engagement à gauche (par exemple Mélenchon).
Mais non : derrière cette annonce ô combien alléchante, c’est un édito expliquant pourquoi les laïques se trompent et sont tous plus ou moins des intégristes de la République. Personne ou presque n’est présenté autrement ! Expliquant aussi que l’attachement à la laïcité mène presque inévitablement à l’oubli de la question sociale ! Et insinuant que réclamer la laïcité, rien que la laïcité, mais toute la laïcité, c’est se ranger au côté de Finkielkraut (l’odieu personnage !), et être (la plupart du temps) un peu sioniste. Clairement, l’amalgame est fait entre les défenseurs de la laïcité et ceux qui ont été trop loin jusqu’à en oublier certains fondamentaux...
Si l’on en croit l’article, la réthorique de combat est uniquement du côté laïque.
Si le procès des laïques est bien mené, rien sur les excès de certains partisants de la "laïcité ouverte" ou de certains représentants autoproclamés de certaines "minorités".
Mais cela avait déjà mal commencé dans l’intro où le divorce du congrès de Tours de 1920 est présenté comme "un schisme entre révolutionnaires [...] et réformistes" ! Il est complètement faux de dire que les défenseurs de "la vieille maison" (la SFIO de Jaurès) étaient "réformistes" (le courant pivertiste était même pas mal "extrémiste"). S’il est exact que Blum a théorisé "l’exercice du pouvoir" avant "la conquête du pouvoir", ce qui entre parenthèses permit le front populaire, la SFIO reste un parti marxiste révolutionnaire ! Enfin, l’affirmation qu’il faut ("à certains égards") voir le clivage actuel "PS/autre gauche" comme une continuation de la séparation de 1920 est pour le moins hazardeuse...
Je n’attendais pas de Politis la négation implicite de l’existence de ma famille politique (républicains réellement de gauche se réclamant de l’héritage de Jean Jaurès) et de son implication dans les collectifs antilibéraux.