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Par Florent Lacaille-Albiges - 14 septembre 2012

Sanofi : les salariés contre la purge

À Toulouse, le 13 septembre, les employés de Sanofi ont manifesté contre les plans de licenciement prévus par la direction qui visent, en premier lieu, la recherche. Reportage.

« Ici Sanofric ». Dès les abords de l’Oncopôle de Toulouse, la lutte des travailleurs de Sanofi est visible. Il pleut sur Toulouse ce jeudi 13 septembre à 9 heures, quand le car de la CGT de Sanofi Vitry-Alfortville arrive dans le centre de recherche de Toulouse menacé de fermeture depuis le 5 juillet. Mais les sourires apparaissent sur toutes les lèvres quand sortent 30 militants de l’Ile de France et de la Normandie, descendus pour soutenir le centre de recherche de Toulouse. Trois cars arrivent peu après de Montpellier : « À Montpellier on fait grève tous les jeudis pour soutenir les collègues. Aujourd’hui c’est Toulouse et une partie de Montpellier qui sont touchés, mais on ne sait pas où ça s’arrêtera », confie Gabriel, militant de SUD Chimie.

Chez Sanofi, les plans de restructuration sont en effet courants ces dernières années. Pascal Delmas, responsable de la CFDT de Sanofi Toulouse, explique : « On a toujours vécu des plans de restructurations au fur et à mesure des ventres et des rachats. Mais depuis quelques années, on a très mal vécu les fermetures à Milan, à Budapest et aux Etats-Unis. On a l’impression que les gens sont jetés à la rue. »

« Fermetures »

À 32 ans, Clément travaille à Montpellier, il a déjà traversé trois plans de reclassement. Il témoigne : « En 2001 je suis arrivé chez Sanofi à Vitry, on m’a dit " bienvenue, tu pourras faire toute ta carrière ici ". Mais en 2008, Sanofi a fermé les filières de chimie à Vitry et j’ai dû partir à Romainville, puis la direction a annoncé la fermeture de Romainville. J’ai été reclassé à Montpellier pour apprendre trois mois après que le site était touché par des licenciements. J’espère ne pas être touché. »

La direction de Sanofi n’a toujours pas précisé les plans de licenciement. Depuis juillet, le centre de recherche de Toulouse est menacé de fermeture ainsi que la partie recherche du centre de Montpellier, mais le plan risque de concerner plus de salariés. Mickey de Vitry raconte : « À Vitry on nous a annoncé qu’on était 10 de trop. Le côté humain n’existe pas. » Plusieurs salariés parlent de l’installation d’un climat anxiogène : « À Montpellier le climat varie entre la tristesse et l’inquiétude », explique Aline, déléguée syndicale CFDT. « Ceux qui font à la fois de la recherche et du développement ne savent pas où la direction va placer la limite, ajoute-t-elle. On estime qu’il y aura 200 licenciés. »

« Jeudis de la colère »

Alors les travailleurs de Sanofi organisent la lutte. « Le 5 juillet, on est sortis spontanément, et depuis on a décidé de sortir tous les jeudis », raconte Nathalie, 42 ans, chercheuse à Toulouse qui précise qu’elle n’est pas syndiquée. Depuis juillet, 10 « jeudis de la colère » ont été organisés. Ce 13 septembre, ils sont un peu plus de 800 à manifester à Toulouse, et des rassemblements ont lieu devant presque tous les autres sites de Sanofi : 200 à Montpellier, autant à Chilly-Mazarin, 120 à Vitry… Les salariés ont reçu le soutien des organisations de gauche : « Avec le Front de gauche, on a organisé des permanences tout l’été pour soutenir les Sanofis », explique Myriam Martin, porte-parole de la Gauche Anticapitaliste et toulousaine.

Le Front de gauche est en effet très présent. Eric Corbeaux, responsable du PCF et du Front des luttes accuse : « C’est le cancer financier et pas le coût du travail qui détruit l’industrie ». Eric Coquerel, secrétaire du Parti de gauche, parle d’un « cas exemplaire ». « Sanofi gagne 23 milliards en trois ans et dans le même temps, ils suppriment 4000 postes. Le gouvernement doit s’en mêler pour mettre fin à ce plan de licenciements et interdire les licenciements boursiers », ajoute-t-il. Christian Picquet, élu au conseil régional de Midi-Pyrénées et président de la Gauche Unitaire, rappelle d’ailleurs que l’Assemblée nationale doit étudier un projet de loi déposé par le groupe Front de gauche sur l’interdiction des licenciements boursiers.

On note également la présence de militants de Lutte ouvrière et du NPA. La venue de Philippe Poutou a même été annoncée, mais ce sera pour une prochaine fois. Les députés de Toulouse et de Montpellier sont venus pour une conférence de presse. Christophe Borgel, député PS de la circonscription, est sévère avec « un des groupes les plus rentables du CAC 40 » mais il « refuse de prendre position avant de connaître le détail du plan ».

Externalisation de la recherche ?

Bien que le détail du plan soit inconnu pour l’instant, les syndicats soupçonnent une stratégie d’externalisation de la recherche. « Le groupe veut se recentrer sur ce qui rapporte le plus : les vaccins parce qu’ils sont les leaders mondiaux ; les biotechnologies parce que c’est peu réglementé et que ça se vend cher ; et enfin les médicaments sans ordonnance et la vente dans les pays émergents parce qu’il n’y a pas de fixation des prix », explique Pascal Collemine, délégué CGT du centre de recherche de Vitry. Danielle, retraitée du centre de production de Romainville, complète : « La direction de Sanofi veut supprimer le recherche dans le groupe et se concentrer sur le rachat de brevet à des start-up financées par les aides de l’Etat et où les chercheurs sont mal payés. » « Un raisonnement à court terme, d’après Thierry Bodin, coordinateur CGT de Sanofi, d’ici quelques années les brevets vont devenir de plus en plus chers et l’expertise interne aura été détruite. »

Face à ce risque, les salariés envisagent des alternatives. Dans la manifestation, certains imaginent la nationalisation de Sanofi afin de créer un pôle public de pharmacie. Et d’autres rappellent qu’encore récemment les principales entreprises qui composent Sanofi (Sanofi, Rhône-Poulainc et HMR) étaient toutes sous contrôle public.

Nota Bene :

Photo : AFP/Pascal Pavani

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