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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 3 juillet 2012

Logement d’urgence : premier accroc pour la ministre Duflot

La toute nouvelle ministre du Logement a annoncé la fermeture des places d’hébergement hivernal… tout en militant contre une politique « au thermomètre ». Un premier renoncement, pour les associations du secteur.

C’est son premier accroc de ministre. Jeudi 28 juin, Cécile Duflot, ministre en charge du Logement, annonçait la fermeture, sous trois jours, des 2 650 places d’hébergement hivernales qu’elle avait maintenues ouvertes au-delà de la trêve, sur les 16 500 places ouvertes en période hivernale selon le ministère (19 000 places selon les associations). La ministre s’en remet aux services intégrés d’accueil et d’orientation (Siao) pour proposer «  systématiquement une solution de relogement adaptée aux personnes et aux familles […]  : logement accompagné, accueil dans une structure pérenne d’hébergement ou à l’hôtel »

Pour la Fédération nationale d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), c’est un premier coup de canif aux engagements de l’ex-secrétaire générale d’Europe Écologie-Les Verts, qui promettait le 22 mai d’en finir avec la gestion de l’hébergement hivernal « au thermomètre ».

Elle annonçait sur Canal+ une prolongation du dispositif hivernal pour l’hébergement d’urgence :

La Fnars milite, au sein d’un collectif de 33 associations de terrain, contre « l’hypocrisie » d’une gestion saisonnière de la crise du logement. « Les SDF meurent plus l’été que l’hiver, en particulier à cause des chutes thermiques », rappelle ainsi la Fondation Abbé-Pierre, cité par l’AFP.

Arbitrage de Bercy

Cécile Duflot réaffirme pourtant sa volonté de « rompre avec le système saisonnier ». Trois centres d’hébergement de la région parisienne, « où les besoins sont les plus pressants », restent ouverts après le 1er juillet, et le ministère réaffirme que des solutions seront proposées à tous les sans-logis.

Mais ces déclarations n’ont pas suffi à rassurer les associations. « L’absence de crédits complémentaires » rend plus qu’incertaine la probabilité que tous les sans-logis soient orientés vers une solution acceptable, selon la Fnars, qui prévoit que les personnes hébergées jusqu’alors se retrouvent à l’hôtel ou dans la rue.

Les associations critiquent surtout la « brutalité » de la décision de Mme Duflot. « Des annonces subites, pour la Croix-Rouge française, alors qu’une rencontre était prévue le 5 juillet avec le collectif des associations unies ».

De quoi nourrir quelques inquiétudes sur la gestion de la « crise majeure » de l’accès à l’hébergement, pour l’association Droit au logement (DAL), car cette décision émane selon elle d’un arbitrage du ministère du Budget, qui aurait refusé à Cécile Duflot la rallonge qu’elle demandait. « Tout n’est pas joué, estime Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, contacté par téléphone, mais on voit s’éloigner l’objectif du droit à l’hébergement. C’est malheureux que [Cécile Duflot] ait cédé sur cette histoire pour des raisons budgétaires. C’est avec l’argent des riches qu’il faut faire des économies, pas sur le dos des sans-logis. » 

« Pousser le bouchon » 

Le mécontentement remonte aussi des centres qui ont dû subitement fermer leurs portes. À Neuilly-sur-Marne, une vingtaine d’occupants du foyer d’urgence de Ville-Évrard craignaient d’être mis à la rue. Ils sont finalement hébergés dans un autre centre maintenu ouvert, à Pantin, dans des conditions qu’ils jugent « insatisfaisantes », sans avoir de certitude de pouvoir y rester. « Il faut voir les conditions de vie indécentes dans ce centre d’hébergement, prévient aussi Jean-Baptiste Eyraud. Ils vivent avec parfois moins de 2 m2 par personne. »

Ils se sont donc mobilisés collectivement pour tenter d’obtenir des droits et « pousser le bouchon », raconte Guillaume Farny, un des porte-parole du groupe : «  Il faut reconnaître que les personnes du CEFR [qui gèrent certains centres d’hébergement d’urgence] font ce qu’ils peuvent. Ils sont coincés : ils ont développé certaines pratiques inacceptables, mais ils ont réalisé la prouesse de nous trouver des places. Mais ce n’est pas à ces gestionnaires d’inventer des solutions. Il faut des solutions politiques courageuses. »

En la matière, tout n’est pas dépendant des moyens financiers, assure Jean-Baptiste Eyraud. « Il faut appliquer la loi et réquisitionner les logements vides », demande-t-il. En France, selon les chiffres de l’Insee cités par le DAL, 2,4 millions de logements sont vides.

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