Si j’en néglige trop, hélas, j’en feuillette la plupart, j’en lis plus à fond quelques-uns. En vrac, carpes et lapins, au risque de vous plaire.
L’imposture de l’écoblanchiment. ce n’est pas d’hier que la grosse machine capitaliste récupère et recycle jusqu’aux coups qu’on lui porte (ou qu’on essaye de) … On a vu comme ses pubards avaient su s’emparer et détourner nos plus beaux slogans du joli mois de Mai ! Tout pareil avec la défense de l’environnement.
L’écologie a le vent en poupe ? Nous nous ferons écolos, pour mieux continuer à vous vendre nos saloperies. Tel le loup qui se vêt de la peau du mouton pour s’introduire dans le troupeau. L’écoblanchiment (greenwashing en anglais) est la nouvelle technique de marketing qui vise à donner une image écolo à des entreprises, des industries, des pratiques commerciales qui ne le sont guère. Champions (parmi d’autres), Monsanto et ses pesticides qui « protègent les plantes » ou Mitsubishi et ses 4X4 « fabriqués au pays des accords de Kyoto » ! Mais encore, Total ou Renault, la lessive « écologique » Le Chat, toute la grande distribution qui s’est jetée sur le commerce « solidaire »…
[Jean-François Notebart,Wilfrid Séjeau, Ecoblanchiment, quand les 4X4 sauvent la planète, Les Petits matins, 184 p., 18 euros]
#_#_#_#_#_#_
Sous les tropiques. Une somme, un monument, que vous mettrez du temps à visiter, mais qui se lit sans souffrance, malgré la diversité des disciplines abordées.
L’auteur est un botaniste et biologiste, spécialiste de l’architecture des arbres et de l’écologie des forêts tropicales humides, qu’il a fréquenté de bas … en haut, puisqu’il a dirigé, sur le “ radeau des cimes ”, pendant près de vingt ans, les missions scientifiques sur les canopées tropicales. Ce qui vaut au lecteur, outre des analyses savantes sur « les basses latitudes » et des hypothèses audacieuses sur l’origine des inégalités entre elles et les zones tempérées, des pages très vivantes sur le vécu quotidien et les nuits animées (et humides !) au sommet des grands arbres de la forêt primaire, brrrr ! Nombreux crobards et photos en prime qui illustrent le propos de ce savant, et explorateur, passionné et passionnant.
[Francis Hallé, La condition tropicale, Actes Sud, 575 p., 29 euros.]
#_#_#_#_#_#_
L’utopique d’Alger. Il était trop conservateur pour la gauche, trop libéral (au sens politique) pour la droite.
Il rêvait contre toute raison d’une Algérie libre dans un ensemble français (« néocolonialiste ! », lui rétorquait Ferrhat Abbas, « bradeur d’empire ! », accusaient les tenants de l’OAS …). Jacques Chevalier, ancien député-maire d’Alger, engagé dans sa jeunesse aux Croix de Feu, mais secrétaire d’Etat de Mendès France (dans un ministère où siégeait Mitterrand, à l’Intérieur) : drôle de destin que celui de cet ambitieux (mais pas arriviste), homme de dialogue, de convictions. Homme du milieu aussi (au sens de médiateur), il meurt jeune d’un cancer du poumon, après avoir choisi, après 1962, de continuer à vivre dans l’Algérie indépendante.
[Michèle Barbier, Jacques Chevalier, député-maire d’Alger, La dernière utopie, Rive Neuve, 206 p., 18 euros.]
(A suivre …)