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Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 23 janvier 2012

Laurent Chemla : « Megaupload n’a jamais défendu l’internet libre »

Quatre jours après la fermeture de site de téléchargement Megaupload, les Anonymous annonceraient de nouvelles représailles. Analyse des enjeux de cette affaire planétaire avec Laurent Chemla*, un des pionniers du web français.

Après l’annonce, jeudi 19 janvier, de la fermeture du site de téléchargement Megaupload par la justice américaine et l’arrestation de ses dirigeants pour « violations de droits d’auteur », « association de malfaiteurs en vue de commettre racket » et « blanchiment d’argent », les réactions se sont multipliées. Nicolas Sarkozy saluait le 20 janvier la fin de « profits criminels » du site internet, tandis que la commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, Neelie Kroes, se disait préoccupée par les conséquences globales de l’action unilatérale des Etats-Unis. Laurent Chemla est informaticien, fondateur de Gandi Domaine, le premier « bureau d’enregistrement » de nom de domaine français, et auteur de Confessions d’un voleur (2002, Denoël). Il analyse les enjeux de cette affaire internationale, pour l’économie de la culture et la liberté du net.

Que représente Megaupload dans le paysage internet ?

Photo : chezyann - CC by-nc

Laurent Chemla : Megaupload est une hérésie d’un point de vue économique comme idéologique. Internet est à l’opposé du minitel, où une entreprise diffusait de l’information vers le public, avec une distinction entre celui qui a le droit de diffuser et celui qui ne peut que recevoir. Sur internet, tout le monde est autant auteur que consommateur. C’est le principe du « peer to peer ».

D’un point de vue économique, le « peer to peer » ne coûte pas de bande passante, car chacun émet quelques données depuis son ordinateur. Le peu que chacun émet permet à tout le monde de recevoir beaucoup.

Le principe de Megaupload, au contraire, est de centraliser le contenu sur un même lieu. Cela oblige à rajouter des gros tubes vers ce centre. Il faut construire de grosses autoroutes que l’opérateur doit rentabiliser en faisant payer indirectement à ses clients.

Une logique de création de monopole se développe, à l’opposé du principe d’internet. Tout ce qui est centralisateur sur internet n’existe que pour créer des business. Il n’y a aucune autre raison. D’ailleurs Megaupload n’a jamais été, à ma connaissance, un défenseur d’un internet libre et non marchand. Ils sont dans une démarche économique tout à fait capitaliste.

Des rumeurs difficilement vérifiables annoncent que les Anonymous menaceraient de fermer Twitter, Facebook, YouTube (option peu probable pour ces trois sites), les sites de l’ONU ou les réseaux de divertissement PlayStation NetWork et Xbox live si Megaupload n’est pas rétabli dans les 48 heures. Peuvent-ils le faire ? Qu’en pensez-vous ?

Megaupload en chiffres

- 15 millions de Français et 100 millions d’internautes dans le monde se rendaient chaque mois sur Megaupload.

- Depuis les début du site en 2005, ses recettes sont évaluées à 175 millions de dollars dont 42 millions de dollars perçus par Kim Dotcom, principal actionnaire du site.

- Un trafic égal à 4% du trafic mondial d’Internet

On peut toujours faire tomber un site, quel qu’il soit. C’est très facile avec quelques outils accessibles à n’importe qui. Je ne partage pas personnellement cette façon de faire. C’est pousser l’État à plus de volonté de contrôle. Mais la réaction des Anonymous n’est pas une défense de Megaupload. C’est une réponse à un acte disproportionné des États-Unis qui imposent au monde leur vision économique du marché.

Cette action tombe dans un moment assez particulier. Les États-Unis viennent de laisser tomber un projet de loi similaire à Hadopi en France, face au mécontentement des utilisateurs et des grands groupes économiques. Au même moment, le FBI, par une action purement juridique arrive, sans qu’il y ait besoin de quelque loi que ce soit, à fermer un site qu’il considère comme illégal.

Mais que cette décision a permis aux Etats-Unis d’impliquer les polices de dix pays pour arrêter et fermer le site, là on doit commencer à se poser des questions. C’est à ça que les Anonymous réagissent.

Comment envisager une juste rémunération de la création dans cette nouvelle économie dans le cadre du web ?

Cette question de la rémunération des auteurs est un non-sens économique. Toutes les études indépendantes ont toujours prouvé que le partage était favorable aux auteurs et aux artistes. Les gens qui partagent le plus sont ceux qui consomment le plus.

Le fait de calculer la notoriété [d’un contenu sur internet] en termes de manque à gagner est une pure illusion des majors qui utilisent cet argument pour pousser les politiques à faire des lois d’exception pour eux, mais ça n’a jamais été une réalité. Tous les comptes publiés par les majors montrent qu’au contraire leurs bénéfices ont tendance à augmenter, même si leurs chiffres d’affaires diminuent. On a en plus la démonstration avec Megaupload - qui a fait 175 millions de dollars de bénéfices - que les gens sont prêts à payer des justes sommes.

Les gens sont prêts à payer mais ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent. Ils veulent simplement trouver facilement le contenu trop souvent indisponible en téléchargement légal. Ce sont les sites pirates qui répondent en premier à cette demande. On ne me fera pas croire que quatre majors au monde ne sont pas capables de se mettre d’accord pour ne pas mettre l’ensemble des œuvre de leurs catalogues à disposition.

Au départ, on pouvait mettre cela sur le compte de la « bêtise » des majors qui ne comprenaient pas les nouvelles technologies et restaient arc-boutés sur un ancien modèle. Mais aujourd’hui, je n’y crois plus du tout. Une grande partie de leurs bénéfices venaient du pouvoir qu’ils avaient sur le réseau de distribution, de leur imposer des choix d’artistes ou de diffusion en disant par exemple « si vous voulez le dernier Mickaël Jackson, vous serez obligé d’éditer tel ou tel musicien ».

Ce pouvoir qu’ils avaient à l’ère de la musique physique, ils veulent le conserver dans le nouveau monde. Cela implique que tout ne soit pas disponible tout le temps pour tout le monde : il faut recréer un phénomène de rareté pour pouvoir imposer au public des choix, qui ne sont pas des choix artistiques mais le choix des majors.

Message de la justice américaine sur le home page de Megaupload.com
Message de la justice américaine sur le home page de Megaupload.com

Nota Bene :

* Laurent Chemla est actionnaire minoritaire de Politis, un journal détenu à 65 % par l’association des lecteurs Pour Politis.

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Commentaires de forum
  • Enfin un peu de raisonnement dans ce sens ! Tout à fait, Megaupload centralise, là ou avant il y avait une toile. Mais il y a un grand absent, comme dans quasiment tous les articles : Qui met les fichiers sur megaupload ? Comment fonctionne megaupload ? On nie depuis le début de l’affaire les communautés entières qui ont fourni et qui fournissent le contenu et qui diffuse les liens de téléchargement (sans oublier ceux qui l’utilisait pour leurs données personnelles) On ne pouvait pas rechercher sur megaupload, avec google on peut mais c’est limité car les fichiers n’ont pas forcément le bon nom. La diffusion se faisait soit par les biais de sites (qui touchent le revenu publicitaire) ou de forums (ou là les contributeurs ne touchent pas le revenu publicitaire). Paradoxalement on connait mieux les contributeurs et on saisi mieux les réseaux de partage avec un système centralisateur, vu que les "uploadeurs" (ceux qui mettent les fichiers sur les serveurs et les diffusent) sont visibles. L’éthique de ceux ci existe, on retrouve sur certains forums l’interdiction des "cash-links" et du "spoil" pour éviter d’imposer des pages de pub pour obtenir un lien ou de diffuser le lien d’un autre. La logique est la même que les liens torrent, qui étaient aussi centralisés par des sites de diffusion.

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    •  

      Nan mais c’est quoi ce délire de "communauté" ? Oui en effet, des hordes de no-life illettrés uploadent des trucs (des grosse daubes à 99%) et se chicorent sur des forums au lieu de sortir se promener, what about ’em ?

      Eh, tu as lu l’article ? On s’en fout de vos "communautés" on veut du P2P ok ? On n’a *pas* besoin de vous, c’est une bonne nouvelle, vous allez pouvoir faire autre chose !

      L’éthique ? Il nous parle d’éthique, le gars. Nan mais ROTFL !

      Ya-t-il d’autres mots qu’il faut vous aider à définir ?

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  • Laurent Coq 26 janvier 2012 à 10:16

    Laurent Chelma,

    Toujours à chanter la même chanson en dépit de la réalité qui ne cesse de se dégrader pour les PETITES STRUCTURES DE PRODUCTION, dont vous ne parlez jamais. Avec vous, ce sont toujours les méchantes majors qu’il faut sanctionner, et qui grâce au P2P ne peuvent plus saigner l’artiste.

    Cette attitude continue d’ignorer le désastre que l’avènement de la musique gratuite a provoqué sur toute l’industrie musicale, et le risque majeur qu’il fait courir à la diversité artistique. C’est bien simple, quand une chose devient gratuite, elle ne perd pas simplement de sa valeur marchande, elle perd de sa valeur tout court. C’est une vérité élémentaire.

    La musique n’a tout simplement plus la même valeur aux yeux des internautes. On se fout de savoir comment les disques sont financés, comment les artistes sont rétribués, comment les tournées sont organisées (quelle paradoxe quand même : le disque n’a jamais été aussi central à la vie d’un musicien alors même qu’il ne vend plus du tout).

    On se fout de savoir qu’il devient quasiment impossible pour un musicien (et notamment ceux qui continuent de jouer des musiques de niches qui ne sont pas diffusées sur les grands médias) de vivre de sa musique. Mais rien à voir bien sur avec le téléchargement illégal, et le P2P qui est l’alfa et l’omega de la liberté.

    La gratuité n’est pas la liberté.

    Vous dites que les musiciens sont aujourd’hui beaucoup plus rétribués sur les concerts qui se sont multipliés. C’est faux. Les gros concerts au Stade de France peut-être. Mais les petits structures qui produisent des concerts le savent bien, il est aujourd’hui impossible de vendre un plateau de rock avec un seul groupe. Il faut dorénavant que les soirées affichent, trois, quatre groupes différents, et avec des tickets deux fois moins chers. Si c’est gratuit, c’est encore mieux. Je vous laisse envisager la manière dont les musiciens sont rétribués pour leurs prestations.

    La vérité, c’est que faire de la musique aujourd’hui est redevenu un chemin de croix. Les jeunes sont de face à un terrible goulot d’étranglement quand il arrive sur un marché complètement saturé dont les sources de financement se sont totalement taries, et ils doivent accepter les pires conditions si ils veulent se produire. Les organisateurs, les tourneurs, les patrons de salles ont tout le loisir de les faire jouer pour trois fois rien. C’est cela la réalité de la musique aujourd’hui, je la constate au quotidien.

    Je ne vous parle par des majors et de la daube qu’on sert sur M6. Je vous parle de toute la diversité et la richesse musicale qui sont gravement menacées. Je parle de ce que devenir musicien veut dire. Des années de dur labeur et d’abnégation pour maîtriser un instrument, développer une personnalité, construire des réseaux, monter des répertoires, produire des disques à perte… la majeur partie des musiciens aujourd’hui en sont réduis à produire leurs disques eux-même ce qui engendre une grande ségrégation sociale, autrement dit, les musiciens issus des milieux modestes qui réussissent aujourd’hui, ils sont très très rares, même dans les musiques dites populaires.

    Maintenant que quasiment toutes les petites structures de production ont mis la clef sous la porte (pas les majors), et que l’artiste n’a plus d’autre choix que de se vendre lui-même, il doit dorénavant s’occuper de la production, de la promotion, du touring, de sa présence sur le net, etc. Dans ces conditions, ce sont les meilleurs en marketing qui s’imposent et qui vous vous en doutez ne sont pas toujours - loin s’en faut - les meilleurs musiciens (ceux-là ne font que ça).

    Bref, je pourrais continuer encore longtemps sur les nombreuses manifestations de cette tragédie, mais parfois, j’ai l’impression que c’est complètement vain, et que décidément, le chantre du P2P que vous êtes et tous ceux qui collectent gratuitement des teras de données qu’une vie entière ne suffira pas à écouter sont complètement sourd à cette réalité. C’est un comble pour des gens qui se disent les plus grands amateurs de musique.

    Laurent Coq.

    PS ; nous en avons déjà discuté sur mediapart, les études dont vous faites référence ne prouvent absolument pas que les plus grands échangeurs de fichiers sont aussi les plus grands consommateurs. Elles disent qu’un tout petit nombre d’entre eux achètent un fichier tous les mois. Là encore vous semblez totalement réfractaire à la réalité. Pourtant les offres de musique légales à des tarifs tout à fait raisonnables sont disponibles depuis des années sur le net… et ne décollent pas. Croyez-vous que lorsqu’un produit est disponible gratuitement, on va réussir à vendre le même à côté ? Mais au fait, c’est quoi le juste prix pour un disque ? j’ai souvent souvent posé cette question, et j’attends toujours une réponse.

    Laurent Coq.

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    •  
      26 janvier 2012 à 18:35

      Blablablabla

      Toujours la même rengaine de merde sans le moindre fait.

      Dis, tu veux pas aller pleurnicher au près de la fnac ou de virgin megastore qui coulent tous les petit disquaire alentour comme les auchan et consort coulent tous les petit épiciers ?

      Non bien sur, c’est plus facile de s’en prendre au autres qui n’ont pas les ordre d’avocat et de pognon pour se défendre...

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  • 26 janvier 2012 à 15:41

    Monsieur Chemla,
    Vous voyez les choses sous l’angle du consommateur de contenu numérique, soit. Mais, avant d’évacuer la question de la rémunération de la création de façon aussi désinvolte, vous êtes vous jamais penché sur la manière dont la redistribution financière se fait quand on voit les choses en tant qu’artiste ? Ou vont-ils ces fameux droits que l’on veut tant protéger ? Ils ne se résument pas à une idée vague et simpliste du droit d’auteur. La production musicale et audiovisuelle implique un grand nombre d’intervenants, artistiques ou techniques, qui ont le droit de gagner leur vie honnetement et légalement. Il ne s’agit pas de gens qui se goinfrent sur le dos des consommateurs depuis des décennies. Leur travail est régi par des contrats, des conventions collectives, etc... Comme le votre, peut être. Et ils sont indispensables à la production du contenu numérique que vous téléchargerez, légalement ou non. A quand une discussion raisonnable et constructive qui prend cela en compte ? Dans tout ce qui est écrit sur le numérique, l’artiste est systématiquement pris en otage entre les majors et les consommateurs. Beaucoup en meurent. Avec votre aide...
    Nicolas Rageau, musicien

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  • Hub 27 janvier 2012 à 14:28

    L’entretien avec Laurent Chemla est intéressant. Les commentaires aussi. Et j’ai l’impression qu’il s’agit d’un dialogue de sourds. Comme entre Laurent Chemla et Laurent Coq.

    Laurent Chemla a raison sur le principe pour la copie/téléchargement. Ma discothèque compte une bonne centaine de cd copiés. Pour 1200 à 1500 cd originaux... et je remarque la même chose chez mes amis : les bons copieurs font les bons acheteurs. Idem pour les téléchargements. Mais le téléchargement en classique ou jazz est resté confidentiel alors que le marché de ces genres s’est pourtant effondré. Exactement à la mesure de la variété où on télécharge comme des sauvages.

    Laurent Coq, tu oublies un point essentiel. En 1981 la loi Lang a instauré le prix unique du livre. Grâce à quoi nous avons encore des librairies à peu près partout. Cette loi ne concerne que le livre et pas le disque. Grâce à quoi il ne reste qu’environ 200 disquaires indépendants en France.

    Grâce à quoi je suis infoutu, moi mélomane, de trouver des disques classiques dans ma métropole régionale : il n’y en a plus ailleurs qu’à la FNAC qui propose un assortiment classique de quelques centaines de références tout au plus dont beaucoup de compils et réimpressions. J’ai beaucoup acheté voici quelques années via abeillemusique.com mais les labels n’ont même plus la correction d’être fidèles et je ne sais pas par qui ils sont distribués quand il rompent leur contrat ni où diable on peut trouver leurs productions. Tel label que j’aime beaucoup est maintenant diffusé par X que je connais : mais ce distributeur de taille internationale n’est tout simplement PAS présent dans ma région !

    Trouver un disque est devenu une galère sans nom. Je n’ai même plus dans ma ville une adresse où je puis commander un disque et être assuré de l’obtenir de façon à peu près certaine. Moi qui obtenais en une semaine le plus confidentiel des 33 tours import dans le chef-lieu de canton (800 habitants) où je vivais dans les années 70 ! Je profite de mes voyages à Paris et Amsterdam pour faire le plein. Le vendeur est content. Mais une pile de 10 ou 20 disques, c’est rien pour une année en comparaison des 200 disques/an que j’achetais naguère.

    Laurent Coq, tu oublies un autre point essentiel. Vers 1980 il y avait 200 à 300 musiciens professionnels de jazz en France. Aujourd’hui vous êtes entre 3 000 et 4 000 ! Même si le "marché" s’est développé, il ne s’est pas multiplié par plus de dix... Je pourrais parler du classique de la même façon, du baroque idem ou de la musique ancienne ibidem. Pour le rock on est dans la folie : le nombre de musiciens s’est plutôt multiplié par plus de cent.

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    •  
      Laurent Coq 28 janvier 2012 à 00:57

      Oui Hub, tu as raison sur bien des points. Mon problème n’est pas avec les gens qui achètent et parfois copient ou échangent. Après tout, nous faisions déjà ça avec nos cassettes. Mon problème, c’est faire comprendre à une génération (les moins de 25-30 ans, dont je pressens peut-être à tord que tu ne fais pas partie) qui n’a JAMAIS rien payé pour écouter sa musique que ce n’est pas viable à très court terme.

      La musique va considérablement s’appauvrir, et l’offre se standardiser (c’est déjà ce qui se passe). Cite moi un artiste de l’envergure d’un Stevie Wonder, d’une Prince, d’un David Bowie, d’un McCartney (etc.) qui a émergé ces dix dernières années. Pas des gens qui étaient là avant et qui ont su utiliser les nouveaux moyens qu’offre Internet pour se développer (genre Radiohead), mais des artistes qui ont éclos ces dix dernières années, depuis l’explosion d’internet, et que l’on voit se développer de disque en disque et poser un œuvre comparable aux références mentionnées plus haut... Personnellement je n’en vois pas, et je crains que le système que nous connaissons ne permette pas de les voir émerger.

      Ils existent, c’est certain, mais dans un situation où l’offre est devenue gratuite et pléthorique, sans qu’il ne soit possible de faire jamais la distinction entre tous les fichiers que l’on télécharge, quand en plus on n’a plus de pochette, on ne sait plus qui joue quoi, d’où ça vient, et bien la musique perd de sa valeur, et dans ce contexte devient une commodité comme l’eau (et encore on la paye l’eau) ou l’air qu’on respire. Et si jamais quelqu’un a le tord de demander une compensation pour la musique, alors il s’oppose aux libertés, il devient l’ennemi, il met en péril un modèle qu’il ne faut surtout pas remettre en question.

      Je ne suis pas idiot, et je comprends bien qu’un retour en arrière n’est pas possible. Quand bien même il le serait, il ne serait pas souhaitable. Je constate simplement que beaucoup d’acteurs de la filière proposent des alternatives très intéressantes et bon marché (et je ne parle pas de Itunes qui est en train de faire à la distribution numérique ce que la Fnac a fait aux petits magasins de disques), et qu’ils ne réussissent pas à s’imposer. C’est comme si la musique était devenu un droit. "C’est mon droit de télécharger gratuitement et je vous emmerde".

      C’est cette attitude que je déplore et que je retrouve de plus en plus souvent. Mais je reste optimiste, et je suis certain qu’il y a des jeunes qui commencent à réaliser que cette gloutonnerie consumériste fera à la musique ce que des pratiques similaires ont fait aux ressources naturelles.

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      •  
        Hub 29 janvier 2012 à 21:50

        "Une génération qui n’a jamais rien payé pour la musique."

        Bon, tu as raison, j’ai l’âge d’être ton père. Et l’impression que chaque génération a tenu des propos voisins des tiens sur la nouvelle génération. Je pourrais ainsi te retrouver un magnifique texte qui est une exécution capitale de la copie sur cassette qui a tué le marché du trente-trois tours, assassiné la jeune création et conduit les ACI (auteurs compositeurs interprètes) à la déchéance et à l’oubli...

        Tu recherches le Wonder, Prince, Bowie d’aujourd’hui. Connais-tu mieux les Brassens, Ferré, Ferrat, Brel ou Nougaro de maintenant ? Connais-tu davantage les van Gogh, Monet et Picasso de notre nouveau siècle ? Ou bien si on recherche en vain le Mozart de notre temps, si on regarde la platitude de notre littérature actuelle, je pense que c’est pour des raisons autres que commerciales ou économiques. Des raisons que j’aurais bien du mal à décrire...

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        •  
          FraSel 31 janvier 2012 à 12:29

          Article et commentaires très interessants.

          je suis tout à fait d’accord avec Chemla : Megaupload est une entreprise, rien à voir avec le partage sans profit

          à propos du problème de la rémunération des artistes et de la diffusion de la musique par réseaux P2P : en Italie, par example, il existe un mouvement qui s’appelle "Scambio Etico" (échange éthique) qui propose de partager seulement des oeuvres qui ont été publiées au moins 18 mois avant

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