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Par Lorraine Soliman - 19 juillet 2012

Mieko Miyazaki : le koto réinventé

De l’instrument traditionnel, Mieko Miyazaki tire des sonorités originales inspirées par le jazz.

Importé de Chine et adopté au Japon au début du XVIIe siècle, le koto était initialement un instrument réservé aux non-voyants. «  Si tu peux voir, tu ne peux pas être joueur de koto professionnel, précise Mieko Miyazaki. C’était comme ça au départ. Seule une personne suffisamment riche pouvait s’offrir un enseignement privé du koto sans être elle-même aveugle, à condition d’entretenir littéralement son professeur (aveugle) et de devenir son accompagnateur à vie. C’est pour cela que le koto est une culture de musique de chambre, pas de musique de scène. »

C’est sur ces considérations historiques que Mieko Miyazaki commence le récit de son parcours musical hors norme. Issue d’une famille de mélomanes, elle est inscrite dès la maternelle dans une école fondée par le compositeur Ryuichi Sakamoto. C’est là qu’elle apprend les rudiments de la musique, le piano et la composition. «  Je baignais alors dans une culture euro-américaine, car il ne faut pas oublier que la société japonaise est très complexée, traumatisée, et aujourd’hui encore dans le rejet de son histoire et de tout ce qui la lui rappelle », souligne-t-elle.

Un jour, elle découvre le koto via une émission de télévision, et c’est le coup de foudre. Une attraction « paradoxale » pour la culture et l’histoire japonaises qu’elle explique justement par l’envie spontanée de « comprendre qui [elle est] et d’où [elle] vien[t]  ». C’est ainsi qu’à l’âge de 9 ans elle commence à suivre les enseignements de Sashiko Tamura sensei (professeur, en japonais), puis de Tomiso Huruya sensei. Avant d’entrer dix ans plus tard à la Tokyo National University of Fine Arts and Music, d’où elle sort diplômée en 1992.

Jusque-là, Mieko Miyazaki continue d’évoluer dans deux univers parallèles : d’un côté, le koto encore largement associé aux répertoires traditionnels japonais ; de l’autre, Bach et Glenn Gould. Quand le vent de la bossa-nova souffle jusqu’à ses oreilles adolescentes, elle se découvre de nouvelles émotions, s’achète une guitare, file « en pèlerinage » au Brésil et s’empare d’un univers harmonico-rythmique qui la hante. « C’est sans doute à cette époque-là que mes oreilles se sont ouvertes à l’harmonie jazz », indique-t-elle. Depuis lors, on ne peut plus compter les voyages de Miyazaki et les crossover kotoïstes qui en ont découlé.

L’artiste découvre la France en 1998, invitée par le Grand Orchestre de Paul Mauriat, où elle croise le violoniste Manuel Solans et l’accordéoniste Bruno Maurice. Le Miyazaki Trio verra le jour quelques années plus tard, offrant une musique passionnante et parfaitement inédite. C’est aussi à Paris, où elle s’installe en 2005, que la kotoïste rencontre le guitariste Nguyên Lê, la chanteuse Huong Thanh et le joueur de tabla Prabhu Edouard, avec lesquels sont enregistrés deux superbes disques, Fragile Beauty (Act, 2008) et Saiyuki (Act, 2009). Le travail auprès du contrebassiste de jazz Michel Benita est une autre acrobatie merveilleuse, à 13 et 4 cordes. Sans oublier une collaboration inouïe avec les polyphonies corses de Voce Ventu.

Mais d’où Mieko Miyazaki tient-elle cette science du contrepoint et de la combinaison sonore ? « De nos jours, la plupart des kotoïstes s’accordent sur la gamme occidentale. Moi, je n’utilise que les anciennes gammes du Japon, les pentatoniques. J’ai inventé une manière de créer des harmonies à partir des pentatoniques, avec des altérations et des tensions comme dans le jazz. » Cette technique fait de Mieko Miyazaki une pionnière dans son art, de même que l’invention d’un koto pliable (et voyageur !) aux qualités sonores inaltérées. L’excellent joueur d’erhu Guo Gan, avec qui elle forme un duo « asiatique », l’a récemment « approuvé », c’est très bon signe…

Nota Bene :

Mieko Miyazaki En concert le 27 juillet, aux Nuits Atypiques de Langon (33). Nen Nen Sui Sui avec Guo Gan, Daqui.

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