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Par Sébastien Fontenelle - 8 mars 2012

Nos Ami(e)s Les Journalistes

Il y a des fois, je sais pas si tu l’as noté, où nos ami(e)s les journalistes sont extraordinairement réactifs.

Par exemple, si tu leur montres, d’une part, un Oussama ben Laden, de chez Al-Qaida, puis, d’autre part, un bagagiste barbu et musulman de Roissy ?

Nos ami(e)s les journalistes vont mettre moins de vingt secondes à nous informer, au terme d’une exigeante investigation, de ce qu’il serait quand même très étonnant que le bagagiste barbu et musulman de Roissy ne soit pas un terroriste d’Al-Qaida, vu qu’il est, petit un, barbu, comme Oussama ben Laden, et, petit deux, musulman, comme Oussama ben Laden - convenez, mâme Dupont, qu’on est là très au-delà du simple faisceau de présomptions ?

De même : si tu leur présentes un Tariq Ramadan mahométan, nos ami(e)s les journalistes vont très vite pointer que le gars est forcément un prédicateur fondamentaliste, surtout s’il explique qu’il n’est pas du tout un prédicateur fondamentaliste - puisque nous savons, petit a, qu’il est mahométan, et, petit b, que les mahométans sont d’une insondable fourberie, et enfin, petit c, qu’en même temps qu’ils nous font des grands sourires et des salamalecs à n’en plus finir, les mahométans de la série Ramadan enregistrent dans leurs caves des cassettes de soixante minutes où ils appellent (en arabe) leurs « frères » à profiter de ce qu’on dormira pour venir cette nuit nous égorger, Allahouuuu akbar.

(Quel salaud, ce Tariq Ramadan.)

Mais, d’autres fois : nos ami(e)s les journalistes sont un peu moins prompt(e)s à se rendre à certaines évidences.

Même : on dirait presque qu’ils y mettent de la mauvaise volonté - tellement ils tortillent du cul, lorsque vient le moment de constater que deux plus deux font quatre.

Par exemple, si tu leur montres, d’une part, un(e) Pen, de chez l’extrême droite, puis, d’autre part, un chef sortant de l’État français (CSDL’ÉF) flanqué d’une compagnie de gros penseurs de gouvernement (GPDG) - et si tu leur fais voir que ça fait maintenant des tas d’années que le CSDL’ÉF et ses GPDG de proximité disent, dans le meilleur des cas, exactement la même chose que les Pen, father & daughter ?

Nos ami(e)s les journalistes, loin d’en tirer l’enseignement que le CSDL’ÉF et ses GPDG d’entour ne sont pas (du tout) d’une droite moins extrême que celle des Pen, considèrent plutôt qu’il serait indigne de véritables pros de l’info (coco) de relever que ce verre de whisky (coupé d’eau) que tu leur montres avec insistance contient du whisky (coupé d’eau) - et qu’à leur avis, et après enquête, c’est plutôt du Canada Dry, et qu’à leur avis, dans ce cas précis, deux plus deux font plutôt trois (ou trois virgule cinq, grand maximum), mais quatre ?

Certainement pas : gardons-nous des conclusions hâtives, le journalisme est aussi une science de l’exactitude.

En 2007, quand le CSDL’ÉF s’est porté candidat à l’élection présidentielle, l’une de ses premières priorités, au tout début de sa campagne, fut de lancer vers Mohammed, et dans sa si particulière syntaxe, ce roide mais concis message : « Si que t’es pas content que t’es en France, Mohammed, tu peux l’aimer ou si que tu la quittes, Mohammed. »

Et bien sûr, nos ami(e)s les journalistes, qui ne sont quand même pas complètement débiles, ne manquèrent pas de relever que cette hardie formulation ressemblait d’assez près au vieux slogan frontique narrant que la France, Mohammed ?

« Tu l’aimes, ou tu la quittes. »

Mais plutôt que d’en tirer la précipitée leçon que le candidat Kozy récitait là un psaume d’extrême droite, nos ami(e)s les journalistes observèrent, avec beaucoup de (re)tenue, que le candidat Kozy excellait à « décomplexer » son camp, et qu’avec lui, enfin, la droite républicaine (à ne pas confondre avec l’extrême) allait de nouveau pouvoir appeler un chat, un chat, et un bougnoule, un bougnoule - et au cul, la bien-pensance, nous n’en avons que trop soupé.

Puis, n’est-ce pas : le candidat Kozy promettait que sitôt qu’élu son premier grand travaux serait de réformer la France, et cette enivrante annonce allait droit au coeur de nos ami(e)s les journalistes, qui venaient précisément de passer deux dizaines d’ans à déplorer que personne n’ait encore osé la réformer [4].

De telle sorte qu’en même temps qu’ils relevaient de loin en loin, dans la logorrhée campagnarde du candidat Kozy, quelques échos d’une propagande qui pouvait parfois ressembler un peu, c’est vrai, à celle du FN (comme par exemple quand le candidat Kozy promettait de bouter l’étranger, puis de réduire l’immigration, puis de la ramener au niveau acceptable d’un Saoudien par quinquennat, puis de virer les sans-papiers par bourriches de 28.000), nos ami(e)s les journalistes continuaient, principalement, d’ovationner son iconoclasme - et la « magie » d’une campagne où se devinait la promesse que les jours des retraites à taux plein (liste non exhaustive) étaient, cette fois-ci, bel et bien comptés, allézi, monsieur le bientôt chef de l’État français, Donnez-Nous Aujourd’hui Nos Réformes Quotidiennes.

Après quoi, nos ami(e)s les journalistes exigèrent que l’élu (comme prévu) chef de l’État français s’arc-boute sur son programme de réformes, et pointèrent, c’est vrai, que sa manie de faire des lois durcissant les conditions d’accueil des immigré(e)s pouvait a volte donner l’impression d’être directement prise dans le sac poubelle de chez les fafs, de même d’ailleurs que la bizarre fixette islamophobe de ses ministres für Staatssicherheit [5] - mais jamais nos ami(e)s les journalistes n’énoncèrent nettement que le mec n’était pas moins d’extrême droite que la Pen family : nos ami(e)s les journalistes préférèrent, jusqu’aux tout derniers mois de son règne, chanter qu’il avait « négocié avec pragmatisme la loi sur le service minimum dans les transports, puis la réforme des régimes spéciaux de retraite », et qu’il avait « ensuite eu le courage », et puis-je encore vous lécher votre fesse, « de réformer les règles archaïques de la représentativité », etc.

Quand la Pen lâchait une vilenie anti-musulmane ?

Nos ami(e)s les journalistes s’en offusquaient (manifestement inconscient(e)s qu’elle ne disait plus jamais rien qu’eux-mêmes n’aient déjà cent fois répété dans leurs pathétiques dossiers sur « l’islam ») : la triste femme était, certes, de leur avis général, vachement moins diabolique que son papa, mais quand même, qu’est-ce qu’elle était pas gentille, avec les mahométan(e)s.

Mais quand un ministre für Staatssicherheit lâchait exactement les mêmes « saillies » ?

C’était soudain plus du whisky (coupé d’eau), mais du Canada Dry.

Ç’avait sans doute l’arrière-goût de l’extrême droite, mais c’en était pas vraiment - et où est-ce qu’en sommes-nous, Philippe, dans l’urgent étêtage de la dépense publique ?

Et là ?

Depuis quelques jours ?

Pareil.

Comme en 2007, le candidat Kozy et la candidate Pen disent la même chose, mais dans un cas c’est indigne, alors que dans l’autre, c’est juste que le gars veut rattraper son retard sondagier en « musclant » son discours - et n’allez surtout pas suggérer qu’il est pour de bon ce qu’il donne si fort l’impression d’être : ça serait pas convenable.

La Pen met dans sa mire « le scandale de la viande halal » ?

Dégueulasserie totale : l’haineuse harpie cherche à nous entraîner dans un « nauséabond » débat qui stigmatiserait encore les musulman(e)s - mais niet, Heinrichette, à nous, on nous la fait pas, on a une déontologie, bordel.

Kozy met dans sa mire « le scandale de la viande halal » ?

Nos ami(e)s les journalistes, s’avisant tout d’un coup que leur bavette geint lugubrement sous l’échalote, lancent dans la minute un riche débat sur la viande halal, d’où ressort principalement qu’il est quand même scandaleux que nul(le) n’ait plus tôt dénoncé le scandale de la viande halal, hein, mâme Dupont ?

(Hein, qua ça vous gâche la daube, d’apprendre qu’elle a été assassinée par Ben Laden ?)

La Pen, qui fait rien qu’à stigmatiser les musulman(e)s, siège sur 15 % d’intentions de vote ?

Branle-bas d’alerte : on a gros problème de carbu.

Kozy et ses Kozettes, qui n’ont rien fait depuis cinq ans [6] qu’à stigmatiser les musulman(e)s, restent sous les 30 % d’intentions de vote ?

Demandons-nous comment ces irréprochables réformistes vont pouvoir combler leur retard, et si leur courbe va croiser demain celle des Hollandais - ou si ça sera plutôt mercredi matin.

Il m’arrive de me demander, je l’avoue, si nos ami(e)s les journalistes ne se foutraient pas des fois de nos gueules : ça mériterait, je crois, une investigation.

Notes

[1] Achèteras-tu ce livre, ou tuerai-je le chien ?

[2] Liste non exhaustive, là encore.

[3] Hypothèse basse.

[4] Achèteras-tu ce livre, ou tuerai-je le chien ?

[5] Liste non exhaustive, là encore.

[6] Hypothèse basse.

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