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Par Bernard Langlois - Suivre sur twitter - 16 décembre 2011

Notre société fonctionne …

… comme un asile !

[J’ai connu Yannis Youlountas à l’occasion d’une campagne électorale : la présidentielle de 2007, où lui et moi avions choisi de soutenir José Bové. Ce ne fut pas une grande réussite, comme on sait ! Au moins y ais-je gagné un ami, ce philosophe et poète d’origine grecque un peu fou, qui se réclame volontiers de Nietzsche — ( les philosophes) « de désagréables fous et de dangereuses énigmes, se sont assigné pour tâche une tâche dure, involontaire, inéluctable, mais grandiose : être la mauvaise conscience de leur époque. » –, m’envoie son dernier livre [1] ; un recueil d’aphorismes et de réflexions plus élaborées dont voici un avant-goût.]

« Il n’y a pas plus grande menace pour qui veut continuer à se dresser dignement, humainement, solidairement, que l’abandon au dressage normatif qui rabaisse, avilit, asservit. Le spectacle assourdissant du monde et l’interminable répétition de ses rites d’aliénés ont exactement l’effet d’un traitement médico-psychiatrique sur la parole, l’imaginaire, la révolte et la création. Un traitement neurasthénique. Notre société fonctionne comme un asile, dans tous les sens du terme. Elle justifie sa légitimité, son intransigeance et ses rigidités, non pas pour conduire à l’émancipation et au bonheur de ses membres, mais pour les protéger contre eux-mêmes en entretenant la peur. La peur de tout et de tous. »

[Yannis vous donne rendez-vous sur son blog.]

Notes

[1] Derrière les mots, Les Editions Libertaires, 10 €

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Commentaires de forum
  • Arpeggia 16 décembre 2011 à 16:00

    L’a raison Yannis (coucou Yannis !).
    Sauf qu’on ne saurait faire l’économie de la question du pourquoi l’homme, l’humain, aime tant à se faire peur. Cf son appétence singulière pour les actu trash, les films, les livres, les jeux d’horreur et de violence... sans même parler des va-t-en guerre !
    Dès lors l’acceptation docile et au quotidien d’un seuil minimal de "peur" infligée n’a rien d’étonnant.
    Par ailleurs, Yannis reste très optimiste sur le genre humain. Je lis, sur son blog, cet extrait de son bouquin : Un jour viendra l’an neuf. L’an neuf où le vieux piège sera déjoué, la piqûre refusée et l’asile déconstruit. L’an neuf où les fœtus se débattront pour naître. L’an neuf où la vie sera dehors, partout et au-delà. L’an neuf où la parole, l’imaginaire, la révolte et la création seront libérés. L’an neuf où nous n’aurons plus peur.
    Oui, la parole, l’imaginaire, la révolte et la création seront libérés, mais peut-être aussi les plus bas instincts, et si comme le souligne Yannis il n’y a rien de plus fort que la synergie des faibles en colère, je dois dire que l’homme, dans sa globalité, me fait de ce fait même terriblement peur aussi et il n’est pas vain à ce moment de rappeler qu’on doit aussi protéger les forts contre les faibles .
    Quoiqu’il en soit, il est bon de lire ces lignes de YY : un dignostic juste sur le fonctionnement toujours actuel de nos sociétés, c’est à dire un demi-siècle quand même après La Boétie, quoique sous la forme insidieuse du "bonheur", de la sécurité...
    Alors l’on peut, l’on doit, envers et contre tous, et en attendant l’an neuf, s’appliquer à soi-même cette simple religion : l’unique homme providentiel de chacun, c’est lui-même. Sa seule famille, c’est l’humanité. Sa seule patrie, c’est la Terre.
    Oui. Car le discernement, au delà, nous manque parfois. Et de plus en plus.

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    •  
      Cathy Fritzen 17 décembre 2011 à 15:00

      Je vous recommande le superbe recueil de poèmes de Yannis " Poèmes insoumis" (peut-être difficile à trouver...) publié en 2001 par le Cercle des poètes tarnais. En voici un aperçu :

      Chaque pas
      Parfois à contresens, refusant la flexion
      Qu’imposent bienséance, discipline et fonction,
      Vers l’horizon lointain, lit de nos soleils noirs,
      Utopie pour certains ou bien rêve d’espoir

      Qui fait battre nos cœurs, anime nos poitrines,
      Lueur d’un jour meilleur, sans bourreau ni victime,
      Sans possession, sans pleurs, sans faim et sans troupeau
      Bêlant stupidement pour quelques oripeaux,

      Chaque pas nous arrache à la statue de pierre
      Qui, ombre quotidienne, menace, meurtrière,
      Guettant l’immobilisme, l’ennui, la suffisance,
      Pour livrer notre corps aux moules d’apparence.

      Un pas libre, insoumis, sans tambour ni drapeau,
      Un pas vif dans la nuit, le froid et les crapauds,
      Pour traverser la lande et les marais salants,
      Et rejoindre au matin la mer ou l’océan.

      La, sur l’étendue bleue, émettre un dernier vœu,
      Celui d’avoir été et d’être encore un peu
      Un homme à côté d’autres, ni servant ni recteur,
      Ni sujet et ni apôtre, simple contradicteur.

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      •  
        Cathy F. 19 décembre 2011 à 20:17

        Petit rectificatif pour être tout à fait exacte.
        Le dernier vers est :
        "Ni sujet ni apôtre, simple contradicteur."
        Le recueil "Poèmes insoumis" est disponible sur le blog de Yannis. (6,10€ franco de port). Vous trouverez aussi ses autres ouvrages.
        A tous, des voeux de chaleureuses fêtes, loin de ce bastringue Noëlesque !

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        •  
          Bernard Langlois 19 décembre 2011 à 21:28

          Et réciproquement, Cathy !

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  • colin Henri 17 décembre 2011 à 16:26

    Bernard Langlois je ne peux que te remercier pour tes sujets qui ne me mettent pas toujours à l’ aise mais qui me permettent d’ avancer dans ma réflexion , même si souvent c’ est désespérant quand on se projette dans l’ avenir . Les commentaires et les liens sont vraiment une richesse à découvrir .

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  • EdithE 20 décembre 2011 à 16:58

    merci pour ce partage qui résonne en moi :
    ne pas avoir peur, avancer, pas à pas, dignement.
    ne plus être lâche. mais savoir, parfois, attendre le moment propice, oui.
    en pas blesser, ne pas forcer, ne pas imposer sa raison propre
    par contre garder sa cohérence, toujours
    pour tout ce qui est notre portée, à chacun.
    il y a bien assez à faire dans les petites choses de la vie,
    sans éclats, dans l’ombre....
    sans chercher à faire la leçon
    se mettre à la place de l’autre, ne plus se chercher des excuses.
    Plus nous serons nombreux, plus nous serons efficaces à construire un monde pour tous.
    Néanmoins il ne s’agit pas d’attendre d’être nombreux pour se manifester...
    il faut bien que quelques uns déblaient ce chemin difficile pour que d’autres puissent s’y engouffrer et continuer la route.
    Nos enfants.
    Comment faire ?
    Chacun, en son âme et conscience, le saura s’il s’interroge.
    EdithE lecturespartage.blogspot.com

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  • EdithE 22 décembre 2011 à 23:16

    et je continue.... phrase lue sur le blog de M.Yannis Youlountas :
    Mais nous n’avons pas besoin d’espoir pour entreprendre, pour lutter, pour résister. Conditionner nos actes à la perspective d’un résultat, c’est s’appliquer une logique de spéculateur.
    je suis bien d’accord, mais je dirai également :
    Avoir de l’espoir donne une couleur à nos actes mais il faut aussi savoir travailler en "noir et blanc",
    Ne pas avoir d’espoir ne doit pas nous paralyser,
    Mettre de l’espoir dans nos actes nous permet parfois de puiser au fond de nous les ressources nécessaires pour avancer,
    la manifestation de l’espoir est contagieuse, contamine l’entourage,
    mais l’espoir est une béquille qui ne doit pas devenir indispensable,
    et si les espoirs sont déçus, que cela renforce notre détermination après avoir vérifié le bienfondé de l’obstination "gratuite",
    que la déception, sentiment bien humain, nous conduise à chercher le chemin, à parfaire nos outils
    tout cela est bien sûr possible dans l’équanimité.*
    les chemins pour gravir la montagne sont divers ; chacun choisit le sien, utilise le carburant ou la nourriture qui lui sied.
    EdithE
    lecturepartages.blogspot.com (j’avais oublié le "s" à partageS)

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  • Y.Y. 23 décembre 2011 à 21:29

    Très touché par ce que je lis. Ένα μεγάλο ευχαριστώ σε όλους. Merci à tou-te-s, à commencer par notre irréductible Bernard que je ne manque pas de venir lire de temps en temps pour découvrir ses bons mots face à l’actualité, mais aussi vérifier son état de forme ! Toujours aussi vigoureux l’énergumène ! Ouf !

    Voilà ce que je viens de ramener de Grèce, où j’étais encore la semaine dernière :
    http://www.netoyens.info/index.php/contrib/19/12/2011/athenes-decembre-2011

    Cher Bernard, permets-moi d’embrasser tes surfeuses plus voluptueusement que toi.

    Amitiés belles et rebelles !

    Γίαννης

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