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Par Thierry Brun - Suivre sur twitter - 23 juin 2011

PSA liquide en douce

La direction se défend de toute fermeture mais une note interne laisse craindre des licenciements massifs.

Le jour même de la publication d’une note interne par la CGT — le 9 juin —, révélant la possible fermeture de trois sites  [1] de PSA Peugeot Citroën, dont celui d’Aulnay-sous-Bois, la direction du groupe entend mettre un terme à la polémique montante, dans une « mise au point » adressée aux médias. L’industriel « tient à affirmer que la fermeture du site d’Aulnay n’est pas un sujet d’actualité. L’usine produit la nouvelle Citroën C3, lancée en octobre 2009, et qui est le véhicule le plus vendu de la gamme ». Convoqué par Éric Besson, ministre de l’Industrie, le PDG du groupe, Philippe Varin, promet officiellement que PSA n’a pas décidé de la fermeture du site d’Aulnay. Pour faire bonne mesure, il jure que la note révélée par la CGT n’est qu’un « document préparatoire datant d’il y a près d’un an », un « brouillon » qui ne « constitue en aucun cas un relevé de décision ». Un comité central d’entreprise « exceptionnel », prévu le 23 juin, est censé « faire une mise au point sur le sujet ».

Belle langue de bois, car la direction a convoqué l’ensemble des syndicats au siège parisien du groupe quelques jours plus tard, et pas seulement pour qu’ils subissent les engueulades du directeur industriel, Denis Martin. Ils ont été interrogés sur l’origine de la note, mais ils ont aussi profité de l’occasion pour poser quelques questions à Philippe Varin sur l’avenir du site d’Aulnay. « Je refuse de faire tout pronostic au-delà de 2014 », s’est emporté le patron de PSA, qui se refuse aussi « à confirmer l’assemblage d’un nouveau véhicule sur Aulnay ». On est loin des promesses faites au gouvernement !


Sur le terrain, Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT à l’usine PSA d’Aulnay, confirme que la direction applique déjà sa stratégie : « On sacrifie Aulnay pour surcharger Poissy et Mulhouse. Il s’agit d’économiser les salaires de 3 500 salariés et d’user jusqu’à la corde les autres. » Le syndicaliste ajoute que les quatre pages de la note révélée par la CGT annoncent la destruction « au bas mot de 15 000 emplois alors que PSA a battu le record de ventes mondiales de véhicules et a fait 1,2 milliard de bénéfices l’année dernière ».

Depuis, un document de travail d’une centaine de pages, que Mediapart s’est procuré  [2], confirme l’étude d’une vaste réorganisation de la production du constructeur automobile en France et en Europe. « Le calendrier est précis. On annonce la fermeture de l’usine d’Aulnay en 2012, après la présidentielle et les législatives, puis le passage de deux équipes à une équipe en 2013 et la fermeture en 2014 », résume Jean-Pierre Mercier. Il est même prévu « de produire des stocks supplémentaires en prévision de conflits sociaux suite à une annonce de fermeture. C’est la politique type de Peugeot, déjà appliquée à Molex. Un des fournisseurs du site d’Aulnay, Magnetto Automotive, fait de la surproduction et stocke ses pièces en dehors du site ».

La fermeture du site d’Aulnay a été budgétée dans les notes du groupe. Le plan social est estimé à 184 millions d’euros, et la vente du terrain rapporterait 306 millions. « En fermant, il gagne de l’argent grâce à une opération immobilière ! », dénonce Jean-Pierre Mercier, qui ajoute : « Fermer Peugeot Citroën à Aulnay, c’est faire crever la ville et le département, car c’est le dernier site industriel conséquent. C’est aggraver la misère et le chômage. » Les conséquences sociales de la fermeture ne figurent sur aucune des notes.


[1] Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Sevelnord près de Valenciennes (Nord) et Madrid (Espagne).

[2] « PSA : les documents qui liquident Aulnay », publié le 14 juin.

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