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Par Bernard Langlois - Suivre sur twitter - 17 août 2012

Peau de lapin ! …

… une histoire balzacienne, contée par la comtesse de Ségur.

Passée la mi-août (quand c’est qu’"y a de la joie pour les matous", savez ?), commence la grande foire annuelle du livre, que clôture la distribution des prix.

Déjà vos journaux recensent à tout va. Le nombre de nouveaux romans serait en légère baisse, mais rassurez-vous, il en reste largement assez (900, environ) pour caler toutes les commodes bancales d’un brocanteur en gros.

Combien, sur le tas, méritent vraiment qu’on s’y plonge ?

Les spécialistes de la critique nous donneront leurs avis dans les jours et les semaines qui nous séparent des agapes chez Drouant : on sait que leurs jugements n’ont pas tous la pureté du cristal, tant sont lourds les enjeux financiers, pressants les éditeurs et croisés les intérêts de tout ce petit monde.

Je reçois assez peu de romans et ceux qu’on m’adresse n’ont généralement pas vocation à participer à la course aux prix.

Tel celui-ci, dont je vais vous toucher deux mots.

Il parlera, dès son titre [1] , aux gens comme moi, assez âgés pour avoir connu l’homme qui passait sous les fenêtres en criant : « Peaux, marchand d’peaux ! » C’est en effet de pelleterie dont il est question ici, c’est-à-dire du traitement industriel des dépouilles de cet animal prolifique (à qui l’on doit aussi la myxomatose, mais ce n’est pas le sujet) : du ramassage au nettoyage, grattage, séchage, teinture et que sais-je encore ? de ces fourrures recherchées, qui sans atteindre le prix du vison, rapportèrent de belles fortunes à ceux qui eurent le courage de s’y colleter.

Car voyez, fallait pas être né avec un poil (de lapin) dans la main.

Le pays creusois, dont la terre misérable ne suffisait pas à nourrir ses natifs, a fourni nombre de maçons (qui bâtirent notamment le Paris haussmanien). Ceux qui survécurent à la dureté de la tâche et ne cédèrent pas aux dépenses frivoles finirent par rentrer au pays avec assez de bien pour y élever de belles maisons, voire des châteaux, mais cette fois pour eux-mêmes et leur famille.

D’autres firent dans la fourrure, pour de semblables endurances et un même résultat.

Ainsi des pelletiers, dont l’histoire nous est ici comptée. L’auteur (ou l’auteuse, comme il vous plaira, c’est une dame), qui vit en Creuse depuis un bail, s’est passionnée pour cette histoire, dont elle a d’abord tiré, après consultation de moult archives, un livre savant [2] avant de nous en cuisiner un roman, dont je fais le pari qu’il vous plaira.

Rien de technique ou d’assommant : inspirée du vrai de vrai, avec ses joies, ses peines, ses amours et ses trahisons, la vie d’une famille qui s’est élevée, en deux générations et grâce à nos peaux de lapin, de la glaise natale à la vie de château ; et que la troisième (génération) s’est consciencieusement employée à ruiner … Comme on dit : « Le grand-père créa, le père développa, les fils dilapidèrent. »

Une intrigue balzacienne, donc. Racontée d’une plume légère, d’un style — comment dire ? — rostopchinien ! Je ne me moque pas : c’est avec un grand plaisir enfantin, elle écrivait bien, n’est-ce pas, la Comtesse ?, que je me suis retrouvé, lors de certaines scènes champêtres, en compagnie de mes copines d’enfance, Madeleine et Camille, dans les allées bien tenues du parc du château de Fleurville …

Essayez donc d’aller aussi y pousser votre cerceau, vous m’en direz des nouvelles !

Notes

[1] Peau de lapin, Claire Barbier, éditions de la Veytizou, 284 p. 22,95 €.

[2] Histoire de la pelleterie dans le pays de Crocq, éditions de Conseil général de la Creuse, 2008.

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Commentaires de forum
  • Janick 18 août 2012 à 10:56

    Rostopchinien ou pas c’est bien joliment dit.

    Répondre à ce commentaire

  • colin Henri 19 août 2012 à 11:16

    Quel talent ! ça nous donne une furieuse envie de le lire . Merci

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