Le Monde publie - c’est là -, sous la forme d’une « lettre aux autorités de l’Inde », une émouversante pétition pour les « implorer (...) de continuer à protéger » Taslima Nasreen, « écrivain », qui « doit une fois de plus subir la haine et la rage de fanatiques qui ne pardonneront jamais à une femme d’être libre et de le dire ».
Très bien.
Les signataires de cette pétition déclarent : « Nous sommes des citoyens du monde, (...) attachés aux droits des femmes et à la liberté d’expression ».
Très, très bien : c’est beau comme du Paulo Coelho.
Mais de qui s’agit-ce, précisément ?
Se trouvent, parmi les « citoyens du monde » qui ont signé cet appel, Caroline Fourest, « journaliste », Élisabeth Badinter, « écrivain », Jean Glavany, « député », Bernard-Henri Lévy, « philosophe » (ne ris pas, s’il te plaît), ou encore Jean-Luc Mélenchon, « sénateur ».
Ces proéminents personnages ont de commun, notamment, que leur attachement « aux droits des femmes et à la liberté d’expression » est, disons, fluctuant.
Mélenchon, par exemple, a montré naguère (beaucoup) moins d’empressement à réclamer « aux autorités » de la 中華人民共和國 qu’elles protègent les « droits des femmes » du Tibet qu’il n’en met aujourd’hui à « implorer » Sonia Gandhi : sa prose a même pu laisser penser que son avis sur « la liberté d’expression » des Tibétain(e)s avait de vagues airs de récitation propagandaire.
De même, BHL compatit moins directement au sort des femmes de خان يونس qu’à celui de Taslima Nasreen : son impulsion, quand les « autorités » d’Israël font dans Gaza du hachis de civil(e), serait plutôt de leur communiquer que leur moralité lui force l’admiration.
De même, bis : Caroline F. et Jean G. se font de « la liberté d’expression » une conception toute particulière, où elle ne s’étend pas (du tout) jusqu’au fourbe mahométan Ramadan, que ces deux-là aiment (aussi) portraiturer en manipulateur, dès lors qu’il pousse l’effronterie jusqu’à penser trop loin des passages qu’ils ont cloutés.
Puis enfin, pour être complètement complet, ce raffiné petit monde aurait dû narrer qu’il est, certes, follement attaché « aux droits des femmes », hein - mais qu’il ne faut pas non plus qu’elles outrent l’émancipation jusqu’à revendiquer de s’habiller, d’un voile, suivant leurs goûts, parce que là, tu comprends, là, tes droits, tu te les prends, et tu les fous au...
(Non parce que, Fatima, faut pas non plus exagérer : si vraiment tu veux t’habiller librement, « pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes », comme te l’a si délicatement suggéré Badinter [1] ?)
Repeat after me : pétition, piège à...